CHAPITRE XIX
Dame, en prières, quand il s’aperçut qu’on tirait doucement sur le foulard ; le cousin Tonnerieux toussa; on cessa de tirer, on cessa un moment; bientôt on fit un nouvel essai ; le foulard résistait; on tirait prudemment en prenant des temps ; le cousin Tonnerieux, la prière terminée, sans se fâcher, se retourna à demi, et sans lever les yeux dit : Il est cousu.
Qu’est-ce qu’un critique? — M. Taine, professeur d’esthétique à l’Ecole des beaux-arts, et le peintre Hugues Martin.
Le jeune M. Lagouette m’avait fait cette question : Qu’est- ce qu’un critique?
Je lui avais répondu : C’est un personnage. 11 donne pour des qualités rares les défauts qu’il se reconnaît, et signale comme des défauts abominables les qualités qui lui manquent.
Le peintre H ugues Martin a reçu cette lettre de M. H. Taine :
cpETIT MANUEL D'ART
Monsieur,
Une personne qui aime la peinture et qui, par conséquent, admire beaucoup votre talent, voudrait savoir si la lisière de forêt que vous avez exposée cette année, n° 1666, est encore à vendre, et à quel prix vous consentiriez à la céder. Veuillez, je vous prie, excuser cette dernière question, .en considérant qu’on peut à la fois goûter vivement le beau et n’avoir qu’une bourse médiocrement fournie.
H. Taine.
Pais cette deuxième lettre :
Monsieur,
J’accepte avec le plus grand plaisir le tableau au prix que vous voulez bien m’indiquer. 11 me donnera du soleil cet hiver. J’aurais plaisir à vous dire de vive voix combien de fois, dans la forêt de Fontainebleau, j’ai senti la richesse et la vitalité de la nature que vous avez si bien rendue.
H. Taine.
Pensez du bien, ô Lagouette, des tableaux jugés excellents par messieurs les critiques d’art ; surtout pensez du bien des tableaux qu’ils achètent.