Op. cit., p. 90f
122 PETIT MANIKL DE LAMATEUR DE LIVRES.
vures, planches, etc. Il consiste à transporter sur une plaque de métal le texte ou la gravure à reproduire; on encre ensuite cette plaque, et Ton procède au tirage. Ce transport, qui s'effectuait jadis par des moyens chimiques, imaginés, en d84i, par Baldermus, ^e Berlin, s'opère actuellement à l'aide de la photographie. Relativement coûteux et peu expéditif, ce procédé ne convient que pour les tirages à petit nombre : on l'emploie, par exemple, pour remplacer les pages manquantes dans un ouvrage ancien, un livre de valeur, dont on possède un double complet.
Par suite de l'usure des clichés, il advient très fréquemment que des mots ou des lignes entières, principalement les premiers ou les derniers mots. des lignes, les premières ou les dernières lignes des pages, manquent, ne sortent plus sur les feuilles que l'on tire. Vous ferez donc bien, lorsque vous achetez un exemplaire d'un ouvrage moderne, — particulièrement si cet ouvrage a atteint un chiffre élevé d'éditions, et si cet exemplaire appartient à l'un des derniers tirages, — d'en vérifier les bas de pages et les extrémités de
ii^iies, afin de vous assurer que le texte est
' nmplet.
On se sert aussi maintenant, surtout pour la composition des journaux, de machines à composer. La première de ces machines « remonte à l'Anglais Church, qui en a été le créateur, en J8'22, croyons-nous' ». Cet essai (Hait très primitif, et l'inventeur — de même, (lu reste, que beaucoup de ses successeurs, — « n'avait voulu résoudre que le problème (le la composition^ sans s'attaquer à celui de \'à justification ni même à celui de la cliMril'ution^ ». Une autre machine du mêmegenrc lut fabriquée en France par Young et Delcambre, et figura à l'Exposition de 185i, où
1. Daniel Uellet, les Machines à composer : Journal (a Jeunesse, 10 décembre 1905, pp. 46-48.
-'. Id., ibid. On entend par justification^ en lypograjiliie, « la longueur des lignes ». (Littré, op. cit.) Distribuer, c'est replacer, après le tirage, chaque lettre dans le casselin qui lui est propre, de façon à pouvoir son resservir, la lever de nouveau, dans une composition uUcrieure. Ajoutons que, dans plusieurs des machines à Composer réceiiiinent inventées, la dislrihulion est supprimée et remplacée par la refonte des caractères.
124 l'ETIT MANIEI, DE f/AMATElIR DE LIVRES.
elle obtint une médaille d'argent. Si ingénieux que fût le pianofijpp, — ainsi avait été baptisé cet appareil, — il fut reconnu trop compliqué pour être utilement employé.
D'autres machines à composer, le gérolype Gobert, par exemple, imaginées depuis, n'entrèrent pas davantage dans le domaine pratique.
C'est à un Wurtembergois, émigré en Amérique, Ottomar Mergenthaler, qu'est due l'invention de la machine le plus en usage aujourd'hui, la linotype, pour laquelle il prit un brevet, vers 1881. La linotype « compose et fond automatiquement les caractères typographiques par clichés solides de lignes entières ; elle produit donc des lignes-types, d'où, pour raison d'euphonie, le nom de linotype donné à cette machine et parfois aussi aux lignes-clichés qu'elle produit. La linotype n'emploie pas de caractères mobiles, mais seulement du métal brut, un peu de gaz ou tout autre combustible pour la fusion de ce métal, et enfin de la force motrice, un quart de cheval environ. Un seul opérateur suffit à sa mise en œuvre, et les opérations successi-
1/lMPRESSION. 1-25
ves, dont le cycle complet se reproduit pour cha(|ue ligne, sont les suivantes : l*^ composition ; 2° justification; 5" fonte par lignes entières d'un seul lingot ; 4" distribution' ».
D'autres machines analogues, ou du moins liômes fins, la monotype, la monoline, le télcttjpographe, Vélcclrotypographe Meray- Rozar, etc., ont été plus récemment brevetées, et chaque jour surgit quelque perfeclionnement, apparaît et se propage quelque nouveau système.
Tandis que les plus habiles ouvriers typographes ne peuvent guère lever plus de lôOO caractères à l'heure, ce qui est fort joli déjà et prouve une agilité merveilleuse, les machines à composer en lèvent de 4000 à 6000 au minimum ; certaines même, comme la machine Calendoli, arrivent à en mettre •'H place 10 000 par heure.
est dans les journaux, comme nous 1 avons dit, que les machines à composer sont le plus employées; pour les travaux soignés, les labeurs d'art ou d'érudition, rien encore
I. Henri Fournier, Traité de la typographie, 4°éclil., :. 2-243.
n'a remplacé la vieille méthode, le levage de la lettre pratiqué par Gutemberg et ses disciples.
La nécessité absolue de produire avant tout du bon marché fait que, de l'avis de tous les gens compétents, la librairie n'a jamais été aussi « vilaine* » qu'aujourd'hui. Et cela non pas par la faute seule des imprimeurs ou éditeurs, mais par celle du public surtout, pour qui le plus bas prix est l'argument décisif, l'unique et suprême cause déterminante du choix. c( S'il arrivait un jour, écrit Crapelct-, que le public, qui sait, quand il le veut, que plus un travail approche de la perfection, plus il a de prix et de valeur réelle, voulût n'estimer et ne rechercher que les livres d'une correction rigoureuse, et que cette qualité avant tout, comme la limpidité dans le diamant, obtînt sa faveur, e.t une juste indem-
1. L'épithète est de Jules Rigiiabd, dans/Mr^ de form* ne bibliothèque, page 6 : « On n'a jamais fait de pli
une bibliothèque, page 6 : « On n'a .jamais fait de plus vilaine librairie ».
2. Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 225.
L'IiMPRESSION. - 127
liilé des difficultés vaincues pour y parvenir, sans doute alors les libraires et les éditeurs seraient forcés de ne pas fonder la réussite de leurs entreprises sur Vunique base du vil prix de la fabrication^ et la typographie tournerait toutes ses vues et tous ses efforts vers la correction des livres. C'est au public à se prononcer ; car il a toujours les moyens de se faire servir selon ses goûts. »
Et encore^ : « Il n'est pas douteux que ceux qui ont les moyens d'acheter des livres, et qui ne considèrent que le bon marché dans leurs acquisitions, ne peuvent pas employer plus mal leur argent. Les libraires (éditeurs), entraînés par le goût du public, le servent à son gré, en épuisant toutes les combinaisons pour lui donner de la marchandise à bas prix, mais qui ne conserve pas la moindre valeur; car on n'a jamais bon marché d'un livre incorrect, altéré, tronqué, et imprimé sur du mauvais papier.... Henri Estienne dit: « L'ava- « rice, fléau plus redoutable à l'art typogra- « phique qu'à aucun autre : Avaritia inaliun