‹ Petit manuel de l'amateur de livresChapitre 43 sur 72 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

du plat : ces saillies sont les mors du livre. Elles sont nécessaires pour loger les cartons, qui ont été tout exprès coupés légèrement en biseau du côté de la saillie dont je parle; comme c'est le long de cette saillie que le carton est attaché à la couverture du dos par une bande de veau ou de maroquin sur la quelle il se meut, les mors s'appellent tn souYeni cl tarnièr es.... Enfin, aux deux extrc mités du dos, vous voyez un .petit rouleau couvert de fil de couleurs alternées : cet ornement, qui est la tranchefile (ou le tranchcfil), répond à un but d'utilité, car il sert à bien assujettir les cahiers et à donner plus tl> consistance à la couverture, lorsque le livre, serré dans les rayons de la bibliothèque, en sera tiré avec effort. »

Malgré ces bonnes raisons, nombre de relieurs d'à présent ne tranchefilent plus leurs livres, si ce n'est pour les reliures de luxe : les tranchefiles, toutes différentes de ce qu'elles étaient jadis, ne sont d'ailleurs plus aujourd'hui que de menus et insignifiants ornements, préparés d'avance, qu'on colle pour la forme en tête et en queue des livres. On

f-A RELIURE. 141

lonnc particulièrement le nom de comètes à •os tranchefiles artificielles, lorsqu'elles sont I! oton, au lieu d'être en soie. C'est sous la ranchefile de tête que s'adaptent les minces rubans de soie ou de coton appelés signets, anciennement sinets, destinés à servir de marques au livre. Jadis ces rubans, quand ils Haient nombreux, étaient adaptés à une tige 3U Iringletle de méiRlnommve pipe ou pi ppeK

«)n appelle coiffe le rebord ou repli que orme l'extrémité de la peau du dos des ivros, en tête et en queue.

Les gardes sont des feuilles de papier placées au commencement et à la fin des livres, pour en garantir, en garder les premiers et les derniers feuillets. Elles se composent de feuilles de papier blanc, souvent aussi de feuilles de papier marbré ou de papier de i'«>"ilcur% désignées, d'après leurs teintes et

1. Le mot pipe a servi également à désigner les boutons de métal placés sur la couverture d'un livre et destinés à retenir les agrafes du fermoir.

2. Ou encore d'étotle, innovation qui fut apportée aux reliures de luxe durant le dix-huitième siècle. L'étoffe dont on se servit le plus fut le tabii^, sorte de tissu de soie très léger. On se servit aussi, pour remplacer le papier peigne, de

leurs dessins, sous les noms de peigtie, escoi got, queue de paon^ etc. Un de ces feuille i de garde est appliqué et collé sur chaqi; plat intérieur du livre.

Les livres reliés sont cousus,. avec du fil de lin, sur des ficelles, appelées nerfs ou nervu res^ qui font, ou plutôt sont supposées faire saillie sur le dos des volumes. Ces ficelles, en effet, n'émergent plus, grâce au grrrquage^ : opération très usitée, qui consistr tracer, au moyen d'une scie à main dite grecque^ sur le dos des cahiers d'un livre assemblés et serrés dans un étau, de petites rainures ou encoches nommées grecques^ elles aussi, destinées à loger les ficelles autour desquelles le livre sera cousu. Les saillies, appelées également nerfs ou nervures, qu'on remarque sur le dos des volumes reliés, ces minces saillies transversales qui semblent correspondre aux ficelles, sont donc le plu

papiers frappés^ gaufrés, repoussés, papiers métallique" or et argent, papiers à semis d'or, à fleurettes ou étoiles, elr 1. Il est d'usage d'écrire grecqiiage, grecgure, pluti que grécage^ grécitre : cf. Lenormand etMAiGNE, op. cil pp. 129 et 130; Blaxchon, VArt et la Pratique en reliure pp. 36 et 40; etc.

LA HELIUHE. 143

souvent simulées. Les espaces compris entre dles et où l'on inscrit, où Ton pousse le nom de l'auteur, le titre de l'ouvrage et le chiffre de tomaison, sont les entre-nerf^ ou entrenervures, les compartiments j comme on les appelle encore.

îïâtons-nous de dire que, depuis quelques années, depuis l'invention des machines à coudra les livres, le mauvais et déplorable l>rocédé du grecquagc, qui permettait aux ouvriers, d'accord avec leurs patrons, de ne pas coudre chaque cahier dans toute sa longueur, de répartir sur deux ou trois cahiers, en sautant tantôt le milieu, tantôt les extrémités, la couture de la longueur ou hauteur totale du livre, — ce qu'on appelle coudre à Véchelle, — n'a plus de raison d'être. Aujourd'hui, avec ces nouvelles machines, comme nous le verrons plus loin en traitant de la couture, la besogne se fait à la fois plus rapidement, incomparablement mieux et à bien moilleur compte.

Il y a deux catégories principales de reliures : la reliure j)1eine, la clemi-reliure.

Un livre csl on reluire pleine lorsqu'il est tout entier recouvert de la même peau : veau, truie, basane, chag-rin, maroquin, etc. La ba>iane (de l'espagnol et portugais badana) est de la peau de mouton simplement tannée. Souple, légère, poreuse et spongieuse, la basane se ressent facilement de l'influence de la chaleur ou de l'humidité. Par suite de son bon marché, elle s'emploie pour les reliures communes et peu coûteuses. Depuis peu de temps, on fait usage d'une peau, dite pastgrain, plus légère encore et plus souple que la basane, mais bien plus résistante aussi et plus belle ; elle coûte aussi bien plus cher. Le past-grain est de fabrication anglaise.

Le c/tagrin (de l'italien zigrino, sagrin à Venise, qui fut le berceau de la reliure) provient de la chèvre, quelquefois du chameau ou du cheval. Il offre beaucoup de solidité et de résistance et convient aux livres de fati-

LA llELll'RE. 145

gu(\ On (abriquc des chagrins inférieurs avec (le la peau de mouton.

Le maroquin^ qui tire son nom du Maroc, est « du cuir de bouc ou de chèvre, apprêté avec de la noix de galle ou du sumac % » et dont le grain est très apparent. Le maroquin le plus apprécié est celui dit « du Levant », précisément parce que le grain de la peau y est plus saillant. Le véritable maroquin, utilisé pour les reliures de luxe, coûte cher : environ 180 francs les 12 peaux de 1 mètre à 1 mètre 50, tandis que la même quantité de chagrin se paye 80 francs ; aussi s'ingéniet-on à falsifier le maroquin de maintes façons, à en fabriquer avec des peaux de veau, de mouton, etc.

Libraires, bibliophiles, amateurs, tous, du reste, se plaignent de plus en plus de ces falsifications, déplorent la mauvaise qualité des cuirs modernes, et le peu de durée de nos reliures.

La peau de truie ^ très employée au moyen ; âge, finit par être « à peu près laissée aux

[ Allemands, qui s'en servirent encore pendant

1 f-ITTRÉ, op. cit.

tout le seizième et le dix-septième siècle, sans y épargner les gaufrures. Au dix-huitième siècle même, quoique l'emploi du maroquin fût devenu général en Europe, la peau de truie estampée était encore en faveur chez les relieurs d'Allemagne. Les livres ou m;i nuscrits les plus précieux ne recevaient pas d'eux une autre couverture ^

Le cuir (le Russie, qu'on emploie aussi pour les belles reliures, est remarquable par son odeur particulière, due à la hétuline, principe actif de l'écorce de bouleau, dans une décoction de laquelle on a laissé tremper ce cuir pendant une vingtaine de jours. Grâce à cette odeur, le cuir de Russie est, assurent certains bibliographes, à l'abri de la moisissure et des attaques des insectes.

Le j)archemin provient de la peau non tannée — simplement macérée dans de la chaux, puis écharnée, raclée ou raturée, el enfin adoucie à la pierre ponce — de divers animaux : agneaux, moutons, chèvres, veaux. Dans ce dernier cas, il portait jadis le nom

Page 1