Petit-Pierre
Il y a trente-deux ans, — déjà trente-deux ans et il me semble que c'était hier ! — un matin, comme nous cherchions, à son banc, dans notre classe du lycée Bonaparte, un de nos camarades les plus chers et que nous ne retrouvions pas, ce jour-là, à la place accoutumée, quelque voisin, connaissant l'histoire de l'absent, nous dit :
— Il est parti. Il ne reviendra pas.
— Et pourquoi?
— Parce qu'il est allé, à Bruxelles, rejoindre son père exilé!
Je revois encore la classe, les gradins, la chaire du professeur, le poêle de faïence, la
jl PAUL PARFAIT
grande fonelre vitrée, par où nous apercevions un bout de jardin, à travers un grillage, — et les camarades aussi, que je n'ai plus revus: Goubié, 1 e peintre des fêtes hippiques, qui dessinait déjà des chevaux sur ses cahiers d'écolier; Boissy d'Anglas, qui est devenu ambassadeur ; Hallopeau, qui est un savant, un médecin éminent; Glausel, le petit-fils du maréchal; de Nervo, le petit-fils de l'historien de Barante, et Aguado, et Devin, et tant d'autres que la vie a emportés je ne sais où et qui ont oublié, sans nul doute, le lycée Bonaparte, les classes de 1852 et le camarade alors parti pour Bruxelles et vivant, là-bas, comme son père, en exil. Celui-là, je devais le retrouver ; et le voisin de collège allait devenir, plus tard, un ami. C'était Paul Parfait, le fils de cet homme d'honneur et de talent qui eut la gloire de collaborer avec Théophile Gautier et le devoir de représenter pendant et depuis de longues années les électeurs d'Eure-et-Loir. M. Noël Parfait, simple^ ment et sans phrases, avait pHs le chemin de Bruxelles. Lorsque j'allai, pour la première fois, en Belgique, le propriétaire de Thôtel Bragard me dit en me conduisant à une chambre