‹ Petit romanceroChapitre 20 sur 55 · ROMANCE DE BLANCHE DE BOURBON · texte numérisé non relu

ROMANCE DE BLANCHE DE BOURBON

{Primavera y Flor de romances, t. I, .p. 223.)

ON A Marie de Padîlla, ne vous montrer pas triste; si je me suis marié deux ibis, ^i^r j e Fai fait pour votre profit et pour mon- ^gj trer du dédain à dona Blanca de Bourbon. J'envoie à Médina Sidonia, poui; qu'elle m'y brode un pennon. Il sera de la couleur de son sang, et le travail de ses larmes. Ce pennon, dona Maria, je le fais faire pour vous (2).

Et il appelle Inigo Ortez, un excellent chevalier;

(i) Ce romance ne s'éloigne pas trop de la donnée historique sur laquelle on peut consulter Ayala {Cronica, t. I, p. 328). Le vieil historien, qui ne s'émeut guère, parle avec émotion de la pauvre reine : « Et cette reine, dit-il, dona Blanca, était du lignage du roi de France, de la fleur de lis de Bourbon qui ont pour armes un écu avec des fleurs de lis, comme le roi de France, et une bande de gueules dans Técu. Et elle était âgée de vingt-cinq ans quand elle mourut, et elle était blanche et rose et de bonne grâce et de bon entendement, et elle disait chaque jour ses heures très-dévotement, et elle souffrait grande pénitence dans les prisons où elle fut et supporta tout avec patience. » Suivant Ayala, un berger prédit à Pedro le Cruel que le mal qu'il faisait à la reine serait chèrement expié. Le châtiment se fit attendre sept ans. 11 fut représenté par Du Guesclin.

(2) C'est don Pedro qui parle. Il avait du vivant de Blanche épousé aussi dona Juana (le Castro.

SUR l'histoire d'espagne. 63

il lui dit d'aller à Médina, pour donner fin à l'œuvre. Inigo lui répond: — Je ne ferai pas cela. Qui tue sa dame outrage son seigneur. — Le roi irrité se retira dans sa chambre et confia l'affaire à un massier. Celui-ci vint à la reine et la trouva en oraison. Quand elle vit le massier, elle vit sa triste fin. Cet homme lui dit : — Madame, le roi m'envoie ici pour que vous mettiez votre âme en ordre à l'égard de : celui qui l'a créée, car votre heure est arrivée et je ne la puis retarder. — Ami, dit la reine, je vous pardonne ma mort; si le roi mon seigneur fordonne, faites sa volonté. Que l'on me permette de me confesser, sinon je demande pardon à Dien. — Ses larmes et ses plaintes attendrirent le massier; d'une voix faible et en tremblant elle commença à parler ainsi : — O France, ma noble terre, ô mon sang de Bourbon! Aujourd'hui j'accomplis dix sept ans, j'entre dans ma dix-huitième année. Le roi ne m'a pas aimée ; je m'en vais avec les vierges. Castille, dis, que t'ai-je fait? je ne t'ai pas fait tralûson. Les couronnes que tu m'as données sont de sang et de soupirs. J'en trouverai une dans le ciel qui sera de plus de valeur. — Quand elle eut dit ces paroles, le massier la frappa. La cervelle fut par morceaux semée parmi la salle.

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