ROMANCE DU ROI DON ALFONSO
{Primavera y Flor de romances^ t. I, p. 62.)
'ai quitté mon pays pour aller servir Dieu, j'ai perdu ce que j'avais du mois de mai au mois d'avril (2), tout le royaume de Castille, jusqu'au delà du Guadalquivir.
Je croyais que les évêques et les prélats mettraient la paix entre moi et mon fils, comme c'était leur devoir, mais ils ne l'ont pas fait, et n'ont fait que du mal, non secrètement, mais avec bruit, comme ferait un trompette more (3). Les parents m'ont manqué et les amis que j'avais, de leurs biens, de leurs personnes, de leur chevalerie. Que Jésus- Christ m'aide et sa mère sainte Marie ; je me recommande à eux la nuit et le jour. Je n'ai personne à qui me confier et me plaindre, puisque les amis que j'avais ne m'osent pas aider par crainte (4)
(i) M. de los Rios attribue ces vers au malheureux et savant Alfonso X lui-même [Historia de la literatura espa^ Holà, t. 111, p. 523). M. Milâ y Fontanals n'est pas de cet avis et croit qu'ils ont été composés au xv« siècle par un poCte lettre, qui se sera inspiré d'une lettre écrite par Alfonso X. à don Alonso Ferez de Gusman, (V. Vieux Auteurs castillans, t. I, p. 370.)
(2) En moins d*un an.
(3) Bien como el aûafil faz.
(4) Le texte donné par Wolf et par Duran porte medio. Je propôà^rai de lire miedo.
SUR l'histoire d'espagne. 6i
de don Sancho, ils m'ont abandonné ; donc que Dieu ne m'abandonne pas dans ce que j'ai encore à vivre.
J'ai déjà ouï parler d'un autre roi qui jadis se trouvait ainsi, et qui, dans le délaissement où il était, gagna la haute mer pour chercher sur les oades la mort ou les aventures. Ce roi fut Apollonius (i), et je ferai comme lui.
(i) Apollonius est le nom d'un personnage imaginaire dont les aventures ont eu beaucoup de vogue au moyen âge et dont un très-ancien écrivain espagnol, resté inconnu, a fait le héros d'an assez long poème. J'ai donné l'analyse de ce poëme dans les Vieux Auteurs castillans, t, 1, p. 247 et suiv.