ROMANCE DE L'INFANT VENGEUR
{Primavera y Flor de romances, t. Il, p. 72.)
E voilà, le voilà! D'où revient Tinfant vengeur, monté à la gineta (2) sur un cheval rapide, son manteau roulé autour du bras, pâle de couleur et dans sa main droite un javelot effilé?
Avec la pointe du dard onpercerait un ciron; sept fois il fut trempé dans le sang d'un dragon, autant de fois il fut affilé pour qu'il coupât mieux. Le fer fut fait en France, la hampe en Aragon. Il allait l'aiguisant dans les ailes de son faucon (3). Il allait à la recherehe de don Cuadros, de don Cuadros, le traître. Et il vint à le trouver auprès de l'empereur. Il avait à la main la vare (4), signe de la justice suprême. L'infant pensa sept fois s'il le frapperait ou non, à la huitième il lui lança le
(i) « Parmi les anciens romances chevaleresques, ce morceau est un des meilleurs et des mieux écrits et ne dément pas son origine. » (Note de don Agostin Duran.)
(2) Caballero a la gineta.
Monter à la gineta était une certaine manière de monter à cheval en rapprochant les genoux du corps, comme le font les Arabes.
(3) Perfilandoselo iba
en las alas de su halcon
(4) La vare, espèce de sceptre que terminait une croix, était l'insigne que les ministres de la justice tenaient à la main.
CHEVALERESQUES DÉTACHÉS. IjS
javelot. Au lieu d'atteindre don Cuadros, il atteignit l'empereur; il a traversé son manteau et sa saye qui était de couleur changeante, dans le sol pavé le dard s'enfonça de plus d'une palme. Alors lui parla le roi, vous écouterez bien ce qu'il lui dit : — Pourquoi m'avez- vous visé, infant, et pourquoi me tirez- vous, traître? — Que ton altesse me pardonne, je ne te visais pas, non, je visais le traître Cuadros, ce perfide trompeur ; de sept fils que nous étions, il n'a plus laissé que moi, et c'est pour cela que devant toi je le défie, bon roi. — Tous cautionnent don Cuadros et l'infant ils ne le cautionnent pas, non, si ce n'est une damoiselle; elle est fille de l'empereur. Elle les prit par la main et les mena dans le champ.
Aux premières rencontres Cuadros sur terre tomba, l'infant mit pied à terre et le chef lui coupa et le prenant au bout de sa lance, au bon roi le présenta. Dès que le roi vit cela, à sa fille il le maria.