BAPTISTE, ROSE
(Rose est en grande toilette. Bapli>le apercevant Rose, lui offre le plumeau. Rose se met à rire, il s'aperçoit de son erreur et <a chercher son bouquet.)
BAPTISTE. Madame, j'ai rhonneuf... Je suis monsieur Pivert, l'ami de votre père; vous savez, le futur que vous attendez aujourd'hui.
ROSE, à part. DieU le bel homme!... (Haut en faisant la révérence.) Je suis bien le vôtre. Si on s'asseyait?
BAPTISTE. 0 belle dame! devant vous? jamais je ne me permettrai...
(Il va se planter derrière le canapé où Rose s'est assise, et met sous son bras une serviette qu'il trouve sur une chaise. Rose se retourne pour le chercher; il met la serviette dans sa poche et vient s'asseoir près d'elle sur 1j canapé, en étendant son bras par dessus son épaule.)
ROSE, se retirant. Oh monsieur! pas si vite, je votisprie... Ce n'est pas avec une dame du monde comme moi qu'on prend de ces manières-là...Gomme vous y allez, vous! Ah bien !... vous m'apportez des nouvelles du père? On dit que le bonhomme souffre de la goutte.
BAPTISTE. Mais non, madame, si elle lui faisait mal, il serait peut-être assez raisonnable pour s'en passer... pour moi ça ne m'a jamais rien fait.
DE MADAME D'ERMLLY 37
ROSE, s'éventant. Moi, je préfère rhui!e de noyaux ou le parfait amour.
BAPTISTE. Oh! moi, maintenant, je siffle, le malin, un litre de blanc, histoire de s'refaire le tempérament.
ROSEj jouant de l'éventail. Comment que vous trouvez le pays?
BAPTISTE. C'est un bon endroit^ le vin n'y est qu'à huit et il est fièrement meilleur que celui de chez nous. C'est pas à comparer. Voyez-vous, le nôtre, conmie ça, il n'a pas l'air méchant... c'est du petit bleu, quoi !... mais c'est z'un vin qu'est traître!... ah! malheur!
ROSE, à part. A-t-il de l'esprit c't'ètre là! (TT.int.) Vous en avez dec'te chance, vous, d'habiter ainsi toujours Paris... On dit qu'il y a au jour d'aujourd'hui de très-belles places?
BAPTISTE. Mais z'oui... il y a la place de l'Odéon, la place Saint-Sulpice, la place du Palais-Royal...
ROSE. Vous aimez à rire, je vois ça...
BAPTISTE. Mais vous n'engendrez pas non plus la mélancolie, vous I... Vous n'êtes pas comme ces dames qui dînent chezmonsieur Pivert... (Se reprenant.) Cbeznous, queçavous a un air pour vous demander tant seulement une assiette... Oui, vous avez un minois qui m'revient... aussi, foi de Baptiste, je n'irai pas par quatre chemins pour vous dire que j'ai z'un sentiment pour vous, et que je suis venu de Paris tout exprès pour vous faire z'une déclaration. Hum !... écoutez... (Il prend son bouquet et se met à genoux.) Me v'Ià à la position du premier rang. Écoulez moi ça : Belle dame, je suis monsieur Pivert, im ornitorloge qui...
ROSE. Comment que vous dites ça?
BAPTISTE. Ah ! voyez-vouS;, c'est pas facile à prononcer, faut être z'un savant comme moi... enfin c'est z'un état comme on n'en voit qu'à Paris... tenez, v'Ià ce que c'est. . .
il y en a qu'achètent des poulets pour los manger, qu'on les envoie quelquefois finira la cuisine, n'est-ce pas?... Eh bien, c'est pas ça; un ornilorlogiste... quand il achète un poulet, lui, c'est pour lui fourrer de la paille dedans... Enlin, je vous adore! (Apercevant Pivert.) Mon maître 1 (Il se lève.) OÙ me cacher?... Ah! celte armoire! (Apercevant FoUempeigne.)
Complet 1... Ah! cette chambre!
(Il ou!)iie son bouquet sur la lal)le.) ROSE, Baptiste qui s'enferme. Mais quoi donC que VOUS
avez?