‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 2 sur 99 · SCENE II MADAME, MONSIEUR · texte numérisé non relu

SCENE II MADAME, MONSIEUR

MONSIEUU- (Ilei.lre avec (in pncpict noir sous le bras. ApTcevinil IMatlame, îipari.) Ma fciimie !

MADAME, à part. Lui!. . Au moins, faisons tout pour k retenir.

MONSIEUR, bauf. .le le croyais dans la chambre!... Tu ne

songes donc pas à ta loilelte... Quel costume as-iu choisi?

MADAME. Que veux-tu que je fasse d'un costume?

MONSIEUR. Commcnl!... Mais tu sais bien que nous allons ce soir au bal de madame d'Argy... Tu vois, moi, j'ai loué un domino noir. Je ne suis pas fâché d'intriguer un peu ton amie de pension, la sémillante madame de Villeneuve.

MADAME. Pardon, mon ami, je ne te couiprends pas... N'as-lu pas écrit loi-même, hier, à madame d'Argy que j'étais malade et que nous n'assisterions pas à son bal?

MONSIEUR. Ahl... J'ai écrit que... Je l'avais complètement oublié.

MADAME. Comme c'était aimable à toi de ne vouloir aller nulle part ce jour-là!... (Lui tendant la main.) Je te remercie de ton bon souvenir.

MONSIEUR, à part, très-étonné. De mOU SOUVCUlr ! (Haut,

en lui prenant la main.) Quelle charmante petite mainl

MADAME. Tu l'éiais donc rappelé que c'était aujourd'hui l'anniversaire du jour oii nous nous sommes vus pour la première fois?

MONSIEUR, 'a part. Du diable si je m'en doutais. (Haut, lui baisaui la main.)'Chére Amélie !

MADAME. Pour moi, il m'eût été tout à fait impossible de sortir ce suir. Je me sens réellement souffrante... (Un silence.) Si tu liens absolument à aller à ce bal, je ne \oudrais pas...

MONSIEUR. Ah ! lu sais comme on s'amuse chez madame d'Argy... On ne va là que pour le coup d'oeil.

MADAME. Ses bals sont magnifiques. Cependant n'eûl-il pas été charmant de passer noire chère soirée, là, tous les deux, bien seuls? Nous aurions causé du passé... el enfin (iiaissaui les yeux) de l'avenir.

MONSIEUR, à part. Si encore je n'avais pas pris de billet, ni loué ce domino !

MADAME. Regarde... notre échiquier est tout dressé.

MONSIEUR. A propos, j'ai réfléchi sur la dernière partie que lu m'as gagnée hier... Sais-tu que si, au lieu de découvrir mon roi, j'avais avancé ma reine^ j'aurais peut-être...

MADAME. Cela n'empêchait pas le mat au coup suivant. Tu as le droit d'être fier de ton élève; c'est elle maintenant qui te donne des leçons.

MONSIEUR. Quelle plaisanterie !... Tu me donnes desleçons^ toi?

MADAME. Mais certainement, Monsieur!

MONSIEUR. C'est ce que nous allons voir, Madame! (A part.) Au diable l'Opéra !

MADAME. Ainsi... tu restes?

MONSIEUR. Est-ce que l'on peut quitter une femme aussi gentille que toi.

MADAME. Mon bon Georges ! (Battant des malus.) Quel bonheur !

(Ils approchent la table auprès du feu et se mettent à jouer.)

MONSIEUR. .\ nous dcux^, mon pro esseur... Tu peux commencer !... Je ne sais quelle idée j'avais d'aller à ce bal. Ce Sera une cohue!... Et puis il fait un temps!...

MADAME. En effets il pleut à verse.,. A la reine!

MONSIEUR. On est si bien chez soi !.., Je plains les malheureux qui se croient obligés, parce que c'est mardi-gras^ d'aller au bal de l'Opéra... Les vois-tu d'ici monter en fiacre avec leurs parapluies,

MADAME. 11 faut se respecter bien peu pour aller aujourd'hui à ces bals-là... Au roi!...

MONSIEUR. Aussi, qui Cit-ce qui y va?

MADAME. Veux-tu me permettre de recommencer?

MONSIEUR. Non... non... c'est joué.

MADAME. Eh bien, échec au roi !

MONSIEUR. Ah ! saperlolte! mon roi est malade.

MADAME. Tu es mal, mon pauvre ami.

MONSIEUR. CV?t cependant vrai. (A part.) Mais qui peut m 'avoir c'rril?

MADAME. Je vais te donner ta revanche.

MONSIEUR, à part. Ma foi, je n'y tiens plus, (il se lève. Haut.) Eh mais!... je ne nie trompe pas... Oui!... c'est bien aujourd'hui...

MADAME, se levant. Qu'as-tU donc?

MONSIEUR, se parlant à lui-même. Quel cnnui !.■. Je ne peux cependant pas me dispenser d'y aller.

MADAME. Où veux-tu douc aller, mon ami?

MONSIEUR. Au bal que donne ce soir mon ministre, parbleu!... C'est encore heureux que j'y aie pense.

MADAME. Comment!... Tu vas...

MONSIEUR. Mon Dieu, ma chère enfant, je suis désolé de te quitter ainsi, mais c'est une corvée que je ne peux esquiver... Mon directeur m'a fait comprendre que le ministre n'avait pas été sans remarquer que je n'avais paru à aucune de ses soirées. Celle-ci est la dernière de la saison. Il faut absolument que j'y fasse acte de présence.

MADAME, à part. Ah! le men'eur ! (Haut.) Que c'est désagréable !

MADAME, le faisant asseoir auprès d'elle. Non... reste !...Tiens, je ne sais ce que j'ai ce soir, mais je me sens toute triste.

MONSIEUR. Tu penses bien que je ne vais faire qu'entrer et sortir.

MADAME. Je t'en prie, Georges, mon ami, ne me quitte pas !...

MONSIEUR, à part. Se douterait- elle?

MADAME, à part. Mon Dieu'... comment faire pour le retenir?... (Haut.) Veux-tu que je le joue une mélodie de Schubert... Tu sais, celle que tu aimes tant... On va servir le thé; si lu veux fuQier eu le prenant... Oh ! cela ne me gênera pas...

MO>'siEUK. Y penses-lu?... me faire prendre une pareille habitude... (Se levant.) Il est minuit.

MADAME, tristement. Tu veux donc y aller ?

MONSIEUR. Puisque je ne puis faire autrement.

MADAME, lui prenant la main. Mon ami.

MONSIEUR. Tu n'es pas raisonnable,

MADAME. Je t'en supplie !

MONSIEUR, sérieux. Amélie! — Cette insistance devient...

(Il regarde la pendule.)

MADAME. Oh! ne craignez rien.. . vous arriverez à temps... chez le ministre.

MONSIEUR. Il faut que je m'habtlle...

MADAME. Voulez-vous quo je sonne pour qu'on vous apporte voire costume... officiel?

MONSIEUR. NûU;, merci.

MADAME. Suis-je de trop chez vous? (Monsieur se lait. En s'en allant.) Oh! je n'aurais jamais cru cela de lui !!... MONSIEUR, Amélie!

(Madame sort.)

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