‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 32 sur 99 · SCÈNE Vlll LÉOiN, CLÉMENCE · texte numérisé non relu

SCÈNE Vlll LÉOiN, CLÉMENCE

LÉON

CLÉMENCE, sans voir Léon

Ma tante !

Des grands bois j'ai suivi la lisière.

Le clair de lune bleu qui baignaii la clairière, Remplissait les chemins de rêveuses clartés.

LÉON; à part.

Elle parle à la lune.

CLÉMENCE, elle s'assied sur uu banc.

Oh ! pures voluptés !

LÉON, à pari.

La lune a le bonheur de ne pouvoir entendre Ce que chacun lui dit d'amoureux et de tendre ; Sans quoi, pour éviter ces discours ennuyeux. Elle fuirait Lien vite à l'autre bout des cieux.

CLÉMENCE, apercevant Léon.

C'est VOUS, Léon ? — Venez, que près de vous j'admire Cet infini des cieux qui doucement m'attire. Pour contempler le ciel il est doux d'être deux ! Comme moi, je le sais, vous êtes amoureux Des sublimes beautés dont mon âme est éprise. Ah ! Léon, jusqu'ici, seul vous m'avez comprise!

LÉON

Du compliment je suis on ne peut plus flatté ; Mais il est par mon oncle un peu mieux mérité.

CLÉMENCE

Mon mari ? Laissez donc. C'est un excellent homme, Mais son lourd prosaïsme à chaque heure m'assomme. Peu m'importe, après tout, qu'il n'ait aucun défaut, Si son e^prit ne peut jamais aller bien haut. Pour rélever à moi vainement je travaille, A peine s'il m'écoute et souvent même il bcâille. Ah ! mon neveu, pour moi c'est un mortel ennui Que d'avoir pour époux un homme comme lui.

LÉON

Ma tante, permettez. — Laissez-moi le défendre. Si vous le vouliez bien vous pourriez le comprendre. Que lui reprochez-vous ? De n'aimer point les vers. Mais comme lui je hais ces cerveaux à Tenvers, Tous ces fades auteurs que le bon sens déteste, Et que chacun doit fuir à l'égal de la peste ; Tous ce? petits rimeurs sans génie et sans art, El dont la seule muse est souvent le hasard. Il n'est pas soucieux d'accroître le grand nombre De ceux qui font rimer le mot sombre avec ombre. A-t-il tort? — Il chérit nos excellents auteurs Autant qu'il aime peu leurs sots imitateurs. Comme vous il se plaît, c'est moi qui vous l'assure, Au spectacle enchanteur de la belle nature. Surtout, il est sensible aux nobles sentiments Qui sont de notre esprit les plus saints aliments; C ir vous n'ignorez pas que chaque âme d'élite Garde en elle toujours sa poésie écrite; Dans ce livre secret, mon oncle, à sa façon. Sait lire en demeurant fidèle à la raison.

CLÉMENCE

En vain vous défendez un oncle prosaïque ; De connaître les gens cependant on se pique. Marcelle est comme lui.

LÉON, avec vivacité.

C'est un esprit charmant.

CLÉMENCE

Je vous croyais brouillés ?

UNE BOUDERIE 7g

LÉON

Non pas, assurément.

CLÉMENCE, avec dédain.

Et VOUS épouserez cette petite fille?

LÉON

Ma tante, pourquoi pas? Tesprit dont elle brille, Sa beauté, sa jeunesse et cent dons précieux Me rendront, je l'espère, un mari très-heureux.

CLÉMENCE, avec ironie.

Ohl vous serez surtout un époux fort commode, Fort sage, très-discret, tout à fait à la mode,

LÉON

Ma tante, en vérité, je suis un peu surpris D'un semblable discours.

CLÉMENCE, très-piquée.

Que vous avez compris.

LÉON

.Moi, pas le moins du monde. A la pauvre Marcelle Vous êtes bien sévère.

CLÉMENCE

Eh ! qui vous parle d'elle !

Mais, voici mon mari.

SGÈxNE IX Les Mêmes, FONTAINE, MARCELLE.

FONTAINE, à Léon.

Que tu me fais plaisir !

Marcelle m'a tout dit, tu combles mon désir; Je craignais qu'un caprice, un fol enfantillage, Ne vînt faire manquer cet heureux mariage.

MARCELLE

Quant à moi, je promets de ne plus disputer, Pourvu que mon cousin, trop prompt à s'emporter. Ne m'attaque, selon sa coutume constante.

LÉON, à Marcelle.

Tu commences déjà?

FONTAINE, à Lcou.

Léon!

(A Marcelle.)

Tais-toi, méchante!

Que de peine, mon Dieu ! pour les mettre d'accord. Je veux, comme Marcelle, aussi faire un elîort, Être un poète alin de complaire à Clémence. C'en est fait, dès ce soir, à rêver je commence,

Les pieds dans la rosée, allons dans ces grands bois Ouïr du rossignol l'harmonieuse voix...

M;iis ce n'est pas, je crois, assez d'être poète; Je veux être berger. Demain, je prends houlette.

CLÉMENCE

Mon ami, vous raillez.

(Regardant Fonlaiue tendremeiU.)

Je n'exige pas tant.

Mais voici sur ce point quel est mon sentiment ; Si l'on veut qu'un mari rende sa femme heureuse, Suffira-l-il qu'il ait une âme généreuse, lin cœur noble et qu'il soit actif, inielligent. Et sache avec honneur gagner beaucoup d'argent?... Que l'on vante partout ses mœurs et son mérite, Sa femme pour cela le tiendra-t-elle quitte De ce que veut le cœur?... Non pas, en vérité !... Il faut un peu de charme à la réalité. Sur le tissu grossier, qui compose la vie, Il faut, comme un fil d'or^ semer la poésie; Sans elle le bonheur nous lasse et nous déplaît^ Et le luxe lui-même à nos yeux semble laid.

Ma foi, très-bien parlé.

(A pari.)

Ma femme est éloquente, S'anime-t-elle ainsi!... vraiment elle est charmante!

(Haut.)

Je suis de ton avis, reçois mon compliment...

CLÉMEN'CE, à part.

Comme il me regarde aujourd'hui tendrement I

FONTAINE, à part.

Malgré ses quarante ans Clémence est encor belle.

CLÉMENCE, à part.

Mon mari n'est pas mal.

Léon, prenant la main de Marcelle.

0 ma chère Marcelle !

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