SCÈNE XVI DE MERCY, LOUISE
(Louise s'assied sous l'arbre et travaille à sa broderie.)
DE MERCY, à part. Comme il y va!
LOUISE. Je n'y comprends rien, mais à quel propos vous a-t-il ainsi cherché querelle?
DE MERCT. Que sais-jc!.. Un mol dont je m'étais permis de rire, je crois..,
LOUISE. Il paraissait si doux, si paisible.
DE MERCY. Une faudrait pas le juger sur le contenu de sa valise... venir ici avec des sabres et des pistolets !... C'est un homme de précaution !
LOUISE. Je ne veux pas l'épouser... un duelliste ! grand Dieu!
DE MERCY. Le fait est qu'avec un mari comme celui-là vous n'auriez jamais un moment de repos... Eh puis, croyez-moi, il ne serait pas bon pour Monsieur votre père d'avoir un gendre aussi querelleur. . . Au contraire, il lui en faudrait un, ami du repos, d'humeur paisible, et dont la société douce et tranquille calmerait ses instincts belliqueux.
LOUISE. C'est vrai.
DE MERCY. Il lui faudrait un gendre qui, orphelin, sans famille, le considérerait comme son père, ne vous éloignerait pas de cette maison où vous êtes née et dont vous êtes la joie et l'ornement.
LOUISE. Hélas ! je ne le connais pas celui dont vous me parlez ! . . .
DE MERCY. Si, Mademoiselle, vous le connaissez.. .Celui-là ne vous a entrevue qu'un instant. . . comme dans un songe, mais pendant Cet instant vous lui êtes apparue^ belle, charmante, parée de tant de grâces et de tant d'attraits... et pourtant si simple et si modeste, qu'il a senti pénétrer dans son cœur un amour, qui aurait pu faire le charme de savie... mais qui en fera le désespoir !
LOUISE, se levant et laissant échapper sa broderie. Monsieur !
DE MERCY. Oh! ne craignez rien de cet aveu!... Oui, j'ai eu tort. . . Je n'ai pu rester maître de mon secret.. . Mais, que vous importe, Mademoiselle!.. (Avec tristesse.) Demain, je serai loin d'ici, et vous ne penserez plus à moi.
LOUISE, baissant les yeux. Monsieur !
DE 3IERCY. Oh ! je sais toute l'aversion que vous avez pour mon uniforme... un militaire cela fume, cela va au café. . . c'est vrai, mais c'est le désœuvrement et l'ennui qui en sont cause. . . Après tout, il ne faut pas trop leur en vouloir, ils sont si heureux, en se mariant, de faire à leur fiancée de si légers sacrifices.
LOUISE. Est-il bien certain que vous ne passeriez pas toutes vos soirées au café?
DE MERCY. Moi!. .Jtfais je n'y vais jamais... jereste toujours chez moi.
LOUISE. Vraiment?. . Et qu'y faites-vous donc ?
DE MERCY. De la tapisserie.
LOUISE, riant. Ah ! ah ! ah ! ah 1... Vous dites cela pour plaisanter ? . .
DE MERCY. Je parle sérieusement, et^, tenez, la preuve, c'est que j'ai là dans ma poche une paire de pantoufles que je fais pour un de mes camarades. . . C'est la douzième, tous les capitaines du régiment vont bientôt en avoir... La voici.
(Il tire une tapisserie de sa poche.) DUO.
LOUISE
Cette tapisserie, Monsieur, sans flatterie.
Est faite on ne peut mieux ; Vraiment, je le confesse.
Je n'ai point cette adresse.
Le point est merveilleux.
DE MERCY, à part.
Mon Dieu, qu'elle est jolie!
Je n'ai, je le parie, Jamaiiivu plus beaux yeux!...
Beauté, candeur, jeunesse, Je ressens votre ivresse, 0 pouvoir merveilleux !
Reprenez votre ouvrage, Il est fait à ravir.
DE MERCY
Hélas ! je vais partir !
Mais votre douce image, Dont mon cœur s'enivra, En tous lieux me suivra!
LOCISE.
Pourquoi partir?... Restez eocore
DE MERCY
Eh quoi ! c'est vous qui m'eu priez ?
LODISE.
Vous aviez dit que vous m'aimiez 1
DE MERCY
De tout mon cœur je vous adore.
LODISE.
Eh ! bien, de votre affection, Oui, qu'une promesse m'assure.
DE MBRCY.
Laquelle ?
LOUISE
Devinez.
DE MERCY
Je j ure De donner ma démission.
{Louise lui tend la main, que de Meraj baise.) REPRISE DE L'ENSEMBLE.
DE MERCY
C'est elle qui m'en prie, Quittons l'infanterie, Habitons ces beaux lieux.
{A part.) G charmante maîtresse!
Je te verrai sans cesse, Quel bonheur radieux !
LOUISE
C'est moi qui vous en prie,
Quittez l'infanterie.
Ici vous serez mieux.
{A part.) J'ai reçu sa promesse;
Je pourrai^ douce ivresse.
Toujours vivre en ces lieux.
DE MERCY. 0 mademoiselle, que je suis heureux ! LOUISE. Mais, d'abord, obtenez le consentemenl de mon père. DE MERCY. Je cours le lui demander.
LOUISE. Mais ce duel?
DE MERCY. Soyez sans inquiétude. . . Monsieur Bayard me fera des excuses.
LOUISE. 11 faut être prudent. Un homme qui voyage avec des sabres et des pistolets I
DE MERCY. Le voici.