KELLNER, BERTHA
BERTHA. Comment c'est encore vous!... Vraiment, père Kellner, vous êtes insupportable. Lisbeth et moi nous vous avons défendu cent fois de venir ainsi tourner dans notre chambre quand nous n'y sommes pas. Nous ne laisserons plus notre clef chez vous.
KELLNER. Mou cher petit cœur, ne vous fâchez pas... c'être une surprise que je voulais vous faire... une raôss de ma bonne bière de Minich. . .
(1) Ces premiers mots, et quelques autres que nous avons laissés dans le courant de la pièce, peuvent suffire à l'interprétation de ce rôle.
.\LLEM.\ND 177
BERTHA. Je VOUS remercie de votre charmante attention, mon bon monsieur Kellner, je sais combien vous cherchez toujours à nous faire plaisir, mais, là, franchement, vous êtes trop souvent chez nous. — Il n'est' pas convenable que madame Kellner vienne ici tous les jours nous réclamer son mari, elle finira par nous en vouloir.
KELLNER, montrant le poing du côté de la porte. Ein altes ver-
riictcs muUerchen !
BERTHA. Vous m'avez donc enfin apporté mes bottines?
KELLNER. la, la, mou pichon, vous allez voir comme ça vous ira bien.
BERTHA. Non, non, je les essaierai plus tard.
KELLNER. Ce ne sera pas long.. .(Voulant lui prendre le pied.) Ah ! Quel joli petit pied !
BERTHA. Mon Dieu, laissez- moi donc!... je n'ai pas le temps de badiner, il faut que je me mette a Touvrage.
KELLNER. Vous allez travailler aujourd'hui?... un jour de fête comme celui-ci !
BERTHA. Je dois livrer mon fil demain matin... voyez tout ce qu'il me reste à faire. . . je ne suis pas près d'avoir fini. . . Ainsi, père Kellner, laissez-moi travailler tranquillement.
(Elle se met à sou rouet.)
KELLNER. la, la. — Je vais me mettre sur cette chaise el vous chanter des chansons pour vous amuser.
BERTHA, à part. Comment?. . . il reste-là !. . . Il va se mettre k chanter!., .
KELLNER. Ecoutcz Cette petite lieder. . .
(Ilcliaule.)
La, la, itou, Laitou La, la...
BERTHA. En voila pour toute la journée!
KELLNER, (le même.
La, la, la, itou...
BERTHA, criant. Père Kellner !...
KELLNER, de même.
La, la, la, itou...
BERTHA. C'est à n'y plus tenir, (criant plus lort.) Père Kell ner ! voire femme vous appelle! ...
KELLNER, se levant. Mon femme ! je descends...
BERTHA. Oui, oui, dépèchez-vous.
KELLNER. Jb Teviens tout de suite... A bientôt, mon petit
amour t
(Il veut lui prendre la taille, Berlba se sauve. Il sort en chantant).