‹ Petit théatre de salon; proverbesChapitre 8 sur 99 · SCÈNE PREMIÈRE AMÉLIE, OLIVIER · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE AMÉLIE, OLIVIER

AMÉLIE, entrant, suivie d'()livici . Enfin , monsieur, c'est une perséculion, partez, je vous en supplie... On est 1res méhanl en province... Vos assiduités^ déjà fort remarquées,

finironl par me compromettre... Je ne vous ai donné aucun droit...

OLIVIER. Comment, aucun droit!... Je n'avais pas Tlionneur de vous connaître, madame, j'étais parfaitement heureux et insouciant... J'arrive à Trou ville, nous sommes dans le même hôtel, à la même table , à côté l'un de l'autre... je vous trouve charmante, je vous le dis,vous acceptez en souriant mon compliment... depuis ce temps, je vous aime à en perdre la tête !

AMÉLIE. Voilà un amour bien prompt à se dJclarer!

OLIVIER. Eh ! madame!... tout va si vite aujourd'hui!... le char que maintenant conduit l'amour est un train de grande vitesse... Enfin, madame^ après avoir été votre cavalier-servant pendant quinze jours, j'obtiens de vous la permission de vous accompagner jusqu'à votre terre, et je n'ai garde de ne pas en profiter.

AMÉLIE. Je vous en suis très-obligée... regretteriez -vous votre voyage?

OLIVIER. Il dépend de vous, madame, que je m'en félicite toute ma vie. Vous savez combien je vous aime et quelle est ma position... Ex-capitaine aux voltigeurs de la garde; j'ai de la fortune, une belle place au ministère de la guerre, je suis...

AMÉLIE. Je sais que vous m'offrez une position très-honorable.

OLIVIER. Mais en quoi, madame, ai-je le malheur de vous déplaire?

AMÉLIE. Je n'ai pas dit que vous me déplaisiez, monsieur... mais je ne veux pas me remarier.

OLIVIER. Comment!... vous attendez que je sois éperduemeni épris de vous pour me dire cela ! — Mon congé est

DE MADAME D'ERVILLY 25

expiré depuis huit jours, madame... je me suis exposé à la disgrâce du ministre!...

AMÉLIE. Eh monsieur! ce n'est pas ma faute, voilà assez longtemps que...

OLIVIER. Pardon, madame, c'est de votre faute ! je ne vous aime pas... je vous adore!... je vous demande votre main, vous ne pouvez plus me renvoyer... Si vous vouliez en agir ainsij il fallait être sotte, laide, borgne, bossue, bancale, et avoir cinquante-trois ans!

AMÉLIE. Pour la dernière fois, monsieur, cessons cette comédie... je me suis fiée à votre délicatesse, à votre honneur...

OLIVIER. C'est assez, madame, je pars.

AMÉLIE. Mais voilà huit jours que vous parlez, et vous êtes toujours-là !

OLIVIER. Il est neuf heures et demie... le train passe à dix heures zéro cinq... Adieu, madame, (il prend son chapeau.) Je vous rends responsable de tous les malheurs qui vont arriver, je vais tomber malade, devenir fou, me faire écraser par un omnibus, et provoquer en duel la première personne qui va me regarder de travers... Adieu, madame!

AMÉLIE. Adieu, monsieur.

(Olivier soif.) OLIVIER, revenant brusqiicmeni. Je VOUS adore, madame !

(Il sort.)

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