SCÈNE YllI
LISBFTH, BERTHA.
BERTHA. Je viens de rencontrer madame Mayer, elle va venir le prendre... Tous les parents de son mari sont venus la voir... Tu vas te trouver en grande société. Comme tout est tranquille aujourd'hui ; on se sent à Taise et content... Tous nos bourgeois se dirigent vers le Volksgarten en tenant par la main leurs femmes et leurs enfants... On n'entend plus ces vilains cris de chaque jour, mais : » Bonjour, grand merci, la belle journée ! » Que cette joie contraste avec la douleur des Miller!.. Mais qu'as-tu donc?
LisBETH. Moi?... rien.
BEnxHA. Si fait... lu ne m'écoules pas... tu es émue, troublée. . . Parle! que t'est-il donc arrivé?
LISBETH. Que veux-tu qu'il me soit arrivé ?. . . Je ne suis pas sortie d'ici.
BERTHA. Ce n'est pas bien... tu me caches quelque chose.
iJSBETH. Tu le trompes, et...
BERTHA. N'en parlons plus, Lisbeth... Ah ! quand on veut savoir les nouvelles du quartier, il n'est tel que de s'adresser à madame Mayer. Elle m'en a appris long sur notre voisin.
LISBETH, vivement. Vraiment?. . . Que t'en a-t-elle dit ?
BERTHA. D'abord, qu'elle l'a encore vu passer ce matin avant que son coq n'ait chanté... qu'il était plus pâle que
jamais, et si fatigué, mais si fatigué qu'il pouvait à peine se soutenir et manquait de tomber à chaque instant... ensuite, ■ que monsieur le syndic avait donné ordre à ses estafierA-, s'ils le rencontrent avant le coucher du soleil, de s'emparer de lui et de le conduire en prison.
LisBETH. En prison!... Quel mystère 1... Pauvre prince!
BERTHA. Vn prince!... c'est un prince?
LISBETH. Oui, Bertha, un grand prince !... Je ne veux pas avoir de secret pour toi.,. Tien?^ lis cette lettre qu'il vient de me passer pardessus la porte.
BERTHA. Voyez-vous cela !... Je savais bien qu'il y avait quelque chose. (Lisant.) » Connais-tu l'antique forêt de Schminerthal?...
•> Signé : Frantz XXIII,
» prince de Oldmackniedersachswerden . »
C'est charmant!... Eh bienl que vas-tu faire? LISBETH. Je ne sais...
KELLNER, en dehors, appelant. Mam'selle Lispeth !
BERTHA. C'est la voix du père KeDner.
LISBETH. Eh bien, qu'y a-t-il ?
KELiNER. Tous Ics Maycr sont en bas qui vous attendent. Dépêchez-vous de descendre!
LTSBETH. Quel cnnui!... Il n'y a pas moyen de faire autrement^ il faut y aller... Ces Mayer sont insupportables!... Yiens-lu, Beriha?
BERTHA. Tu sais bien que je ne peux pas sortir... il faut que je livre mon fil demain.
LISBETH. Ce soir je t'aiderai... A nous deux nous aurons bientôt fini... Allons, viens donc.
BERTHA. Non, franchement, je ne le peux pas... Madame Mayer m'a proposé comme à loi de me conduire au Volksgarten... j'ai refusé... j'aurais l'air de ne pas savoir ce que je veux.
LiSBETH. Ainsi, lu me refuses?
KEi.LNER, criant. Mam'selle Lispelh!
BERTHA. Va vile, ne le fais pas attendre.
LISBETH, à part. Elle est bien pressée de me voir partir. (Regardant la porte de Fraiiiz.) Je n'ai rien à craindre, j'ai la clef... C'est égal, je prends un prétexte et je reviens de suite.