SCÈNE XI
BERTHA, seule.
Quecepére Kellner est donc ennuyeux!.,. Que de temps perdu !... Il m'a fallu conduire jusqu'au bout de la rue tous les Mayer, et voilà mon fil tout mêlé! (Elle débrouille le fil.) Quelle aventure !... Il n'y a pas à en douter, c'est un prince ! Lisbelh a de la chance... Mais où a-t-il pu la voir!... Elle est gentille... Mais je ne suis pas mal non plus... S'il m'avait rencontrée avant elle, il aurait pu m'en écrire tout autant... (Un silence.) Ce n'est pas que j'y tienne, au moins!... Je serai aussi heureuse avec mon cher Wilhem que Lisbeth avec son prince... Ne pensons plus à tout cela et meitons-
nous à l'ouvrage. (Elle s'assied devant son rouet.) Après tout, rien ne prouve que celte lettre soit pour elle... Elle peut m'être tout aussi bien adressée... Mon Dieu... si je voulais, il ne tiendrait qu'à moi de m'en assurer... Mais, à quoi bon?... je ne l'aimerai jamais... Mon cœur ne m'appartient plus... (Rêvant.) Être une grande dame! une princesse !... quel honneur!... Mon vieux père habiterait dans mon château... le dimanche je donnerais des fêtes dans mon parc^ où viendraient danser toutes mes amies; je lâcherais de trouver un prince pour Lisbeth... Oui, maisWilhem?... Eh bien! je prierais l'empereur, mon beau-père^ de le nommer feld-maréchal, et je le marierais à une des belles demoiselles de la cour... C'est cela. . . tout le monde ainsi serait heureux.
FRANTZ, frappant à la porte. Mais ouvrez donc, ma bienaimée !
BERTHA. Ma foi, je n'y tiens plus, ouvrons-lui bien vite. (Allant à la commode.) Autant que je m'en rappelle, la clé doit être dans ce trousseau ; mais quelle est-elle? 11 y a si
longtemps que l'on ne s'en sert plus. . . (Allant voir à la serrure. ) Ce doit être celle-ci. « Entrez, seigneur. » (Apercevant Lisbeth —A part.) Lisbeth ! (Elle cache la clé dans sa poche.)