SCÈNE XII BERTHA, LISBETH
iihBETH, à part. Me \oilà débarrassée des Maytr; mainterant, lâchons d'éloigner Berlha. ..
BERTHA, à part. Si je pouvais trouver un moyen pour éloigner Lisbeth. . . Le prince ne voudra jamais se déclarer devant nous deux. (Haut.) Comment!; tu es déjà revenue, Lisbeth?
LISBETH . Oui, grâce à Dieu ! Il y a un monde à cette fêle I . . . une poussière!... On y fait un vacarme! — C'est à n'y pas tenir !...
BERTHA. Et les Mayer ?
LISBETH. J'ai bien cru que je ne parviendrais jamais à m'en délivrer. . . les enfants s'étaient accrochés à ma robe, madame Mayer s'était emparée de mon bras et ne cessait de me répéter : « Ne nous quittons pas, ou nous ne pourrions plus nous retrouver. » Ce que voyant, je les ai tous mis sur des chevaux de bois, et quand la manivelle s'est mise à tourner, j'ai pris mon vol, et me voilà.
BERTHA. Tu as eu tort, ces braves gens vont être inquiets... ils te chercheront partout. . .
LISBETH. Eux !. . . Tu ne les connais pas, ma chère !. . . Ils sont en train de manger tranquillement leur sauerkraiit dans quelque bierhaiis, où toute la soirée ils vont s'emplir gravement de plus de bière que nous ne buvons d'eau dans un mois.
BERTHA. Es-tu moqucusc !
LISBETH. Dis-moi?... et lui, tu ne l'as pas entendu?
BERTHA. Non.
LISBETH. J'ai réfléchi à sa lettre, je suis bien embarrassée... Que ferais-tu à ma place?
BERTHA. Moi ?... je ne lui répondrais pas, et je me garderais bien surtout de lui ouvrir.
LISBETH . C'est ce que j'ai envie de faire.
(Un moment de silence).
BERTHA. Tu ne retourneras pas au Volksgarten?
LisBETH. Je le voudrais bien, mais je suis réellement trop lasse... tu devrais y aller, toi... je suis certaine que tu t'y amuserais beaucoup. La fête est charmante... il n'y a ni trop de mondCj ni trop de bruit... ça à Tair de se passer en famille.
BERTHA. Ce n'est pas ce que tu disais tout à l'heure.
LISBETH. Si cela t'ennuie d'y aller seule, je t'y accompagnerai.
BERTHA. Non, tu me ferais aller sur les chevaux do bois.
LisBETH. Voilà qui est aimable !... Oh, va, je sais bien pour quoi tu reste, mais je ne lui ouvrirai pas.
BERTHA, se levant. Que veux-tudire?
LISBETH. Tu me comprends bien.
BERTHA. Nullement, explique-toi!
LISBETH. Tu es jalouse de cette lettre qu'il m'a écrite.
BERTHA. Rien ne prouve que cette lettre soit pour toi., il ne nous nomme ni l'une ni l'autre...
LISBETH. Cependant je...
BERTHA. Elle peut très bien m'être adressée.
LISBETH. A toi ?
BERTHA. A moi !
LISBETH. Il m'est facile de vous confondre, je vais ouvrir.
BERTHA. Moi de même I et celte clef...
LISBETH. Cette clef.
(Elles tirent cliacune une clef de leur poclie).
BERTHA. L'aventure est étrange, (faisant la révérence). Ou
vrez. Mademoiselle.
LisBETH, même jeu. Après VOUS, mademoiselle I BERTHA, même jeu. Je n'en ferai rien, mademoiselle LISBETH, essayant ia clef. Ma clef n'entre pas !... BERTHA, de même. Ni la mienne non plus!
(Klles cherchent dans la commoJe el bousculent leurs effets).
LISBETH et BERTHA. Impossible de la trouver. FRANTZ, derrière la porte.
Pourquoi, ma bien-aimée,
Laissez-vous Cette porte fermée
Entre nous?
Vous avez ma promesse
Et ma foi :
Je vous ferai princesse,
Ouvrez-moi.
LISBETH. Que Votre Altesse nous pardonne si nous ne lui ouvrons pas, mais nous ne pouvons pas trouver la clef.
FRANTZ. Eh quoi! c'est vous qui parlez ainsi, je ne puis croire à mon bonheur.
BERTHA, s'avançant vers la perle. Pai'don, monseigneur, mais nous sommes deux.
LISBETH. L'une est charmante...
BERTHA, vivement. Et l'âulreest belle.
FRANTZ. Lisbeth est le doux nom de celle que j'adore î
LISBETH, avec joie. C'est moi.
BERTHA, tristement. C'est elle!
FRANTZ, chantant sur la guitare.
Quand la nuit étendra ses voiles
Au Volksgarten je vous attends ;
Nous regarderons les étoiles,
Ces seuls témoins de nos serments.
MSBETH. Vous le voyez, c'est moi qu'il préfère.
BERTHA, C'est qu'il ne m'a pas encore vue I dès qu'il me connaîtra...
LisBETH. Vous Hez, ma chère, vous ! épouser un prince!... Regardez vous donc un instant dans celte glace.
BERTHA. Quelle insolence! C'est ainsi que vous me remerciez de tous mes bienfaits!...
ENSEMBLE
Quelle perfidie !
Quelle calomnie !
Quoi!... c'est une amie Qui tient ce discours?
Ma peine extrême Et pourtant, de même, Mon cœur toujours l'aime, L'aimera toujours.
Quelle jalousie !
O méchante amie 1 A toi, de la vie, .le n'aurai recours I Voyez, comme elle m'aime, Sa rage est extrême, Mais à l'instant même, Jspars pour toujours.
BERTHA, à Lisbelh qui s'en va.
Vous partez donc ?
^ LISBETH
Je veux sur l'heure Abandonner votre demeure.