CHAPITRE VI. — COURANTS DE LA MER
pleut, un vide se fait et le baromètre baisse. Gomme cet anneau suit le soleil, il est en été sur le Mexique, en hiver sur Sainte-Hélène et passe deux fois Téquateur en un an. Les pluies qu'il apporte sont considérables, elles dépassent 4 mètres de hauteur et peuvent atteindre i5 mètres.
L'air qui fmalement s'est élevé dans cette zone est chaud et saturé, il se dilate en montant, ce qui le refroidit; mais quand il repassera à sa pression primitive, il reprendra sa température et se retrouvera saturé : on conçoit qu'il transporte avec lui vers le nord et vers le sud de la chaleur et de l'humidité quand il descend vers le sol par les remous descendants. Si le baromètre baisse en un point, ces remous seront considérables, le vent aura la direction du courant équatorial ; il viendra du sudouest, et le mélange des deux courants abandonnera de la pluie. Cette pluie fait un vide, la dérivation continue et entretient le mauvais temps. Que la pression augmente au contraire, le remous sera faible, c'est le courant polaire qui dominera; le vent sera du nord-est; il fera beau.
A ces causes générales s'ajoutent des actions secondaires, par exemple la configuration du globe. Les côtes occidentales de l'Europe, qui reçoivent le premier choc des vents d'ouest, sont très-pluvieuses. On cite Berghen en Norvège, Brest en France, Goimbre (coi/is i/nbrium) en Portugal. Les montagnes dépouillent l'air de son humidité : l'alizé qui descend de TEurope et de l'Asie et qui franchit les grandes chaînes, balaye, en les desséchant, cette longue suite de déserts qui commence au désert de Gobi et ne a» termine qu'au Sahara, à peine interrompue par Toasis d'Egypte.
Gulf-Stream. — Les mêmes causes produisent leurs effets sur les eaux. Les vents alizés poussent les flots de TAtlantique des deux côtés de-l'anneau d'aspiration vers la côte américaine, du cap Vert à la pointe San- Roque. En cet endroit le continent américain pousse dans l'Océan une pointe triangulaire qui partage le courant en deux rameaux; l'un se dirige vers le cap Horn, l'autre, le Gulf-Stream, monte vers le nord, absorbe la rivière des Amazones, détache une branche ascendante en avant des Antilles pendant que le gros du mouvement suit toutes les sinuosités du golfe du Mexique; puis se serrant entre Cuba et la Floride, il franchit la passe de Bahama et tourne au nord. C'est là qu'il est le plus étroit et le plus rapide; ses eaux sont bleues' comme les lacs de montagnes, plus salées que dans le reste de l'Océan à cause de l'évaporation qu'elles ont subie ; plus chaudes aussi, variant de 26 à 3o degrés à la surface, et de ao à 25 vers 900 mètres de profondeur. A cet endroit, le courant rallie la branche qui avait passé à Test des Antilles et laissant entre lui et l'Amérique un remous d'eau froide , il atteint Terre-Neuve et court à l'est. Alors il se ralentit, s'épa-
nouit et se divise comme pour distribuer la chaleur qu1l apporte. Une pan:-e longe la Suède et redescend vers les côtes d'Angleterre, de France et d'Espagne. Les mêmes choses se répètent dans le grand Océan au nord et au sud.
Cyclones. Typhons. — On a longtemps ignoré les conditions des ouragans qui dévastent parfois les Antilles ou les mers de Flnde. On sait asjourd'hui que ce sont des tourbillons. Dans notre hémisphère, ils najsr^t sur le bord septentrional du Gulf-Stream par des causes peu connues: 11^ ont alors peu d'étendue. Souvent ils croissent jusqu'à mesurer un diamètre de 60 à 600 lieues, fls se dirigent vers les Antilles avec une vitesse de propagation qui ne dépasse pas 10 à i5 lieues; ils décrivent une courbe trèfrégulière, se retournent vers le nord, puis peu à peu s'infléchissent vers l'ouest. Dans notre hémisphère, le mouvement tournant est toujours dirigr' en sens inverse des aiguilles d'une montre. C'est le contraire dans l'hémisphère austral. Au centre, la pression barométrique est très-faible; elle peut descendre jusqu'à 660 millimètres, et il n'y a point de vent ; mais tout autour de ce point le vent tournant se produit avec une vitesse qui atteint 5o lieues à l'heure et qui équivaut à une pression de 3oo kilogrammes, par mètre carré. Rien ne résiste à de si puissantes actions. Toutefois, comme le cyclone se meut du sud au nord, la vitesse de <a translation se combine avec celle. du mouvement tournant, toutes detu sont concordantes sur la rive droite, qui est le bord (tangereux ; elles soni contraires à gauche, où est le bord tua niable.
L'attention une fois appelée sur ces circonstances, les observatoires de l'Europe ont installé des centres météorologiques en divers points du globe, et Fitz-Roy, en Angleterre, M. Marié Davy, en France, ont reconnu que très -communément des cyclones, plus ou moins offensifs, traversent l'Europe. Ils l'abordent par la côte occidentale, soit par la Suède, soit par l'Angleterre, soit même par l'Espagne, s'élèvent vers le nord et redescendent par l'Asie pour retourner vers Téquateur. Il est possible de constater l'arrivée de ces phénomènes et de prévenir à tem])s les contrées qu'ils doivent traverser. C'est la seule prévision du temps qui soit aujourd'hui admissible.
m. — LE 8OLEQ..
Le principe de la chaleur, par conséquent de toute force et de toute vie, réside dans le soleil. Nous allons mesurer ce que cet astre nous envoie.
Hesnre de la chaleur solaire. ~ Après quelques essais tentés par Saussure et Herschel, Pouillet a mesuré approximativement la quantité de