CHAPITRE V. — EFFETS DE LA FOUDRE
Effets de la foudre. — Puisque la foudre est une décharge électrique, elle doit produire avec une énergie plus grande tous les elTets des batteries :
I" Le plus grave est la mort des hommes et des animaux qu'elle frappe. On trouve sur leurs cadavres des plaies béantes, et à Tintérieur des épancheinents de sang. Quelquefois l'action se borne à un simple évanouissement, au sortir duquel les personnes frappées racontent toutes qu*elles n'ont même pas vu l'éclair. On a cité des cas où des paralytiques avaient été guéris par le tonnerre.
Il* Lfis corps conducteurs attirent le tonnerre parce qu'il se fait à leur surface une accumulation de fluide contraire à celui du nuage. Aussi voiton souvent la foudre se déranger de sa route pour se jeter, à travers un mnr qu'elle crève, sur un conduit métallique. Si leui* dimension est considérable, les pièces métalliques sont parcourues par le tonnerre sans aucun effet apparent. Quand leur section n'est pas assez grande, elles sont fondues et même volatilisées. Les cordons de sonnette servent souvent de conducteur à la foudre ; ils sont généralement fondus et laissent une trace brune le long des murs.
3** Les corps isolants éprouvent deux sortes d'effets. Ils sont brisés, percés, transportés et réduits en poudre, ou bien ils sont fondus.
Près de Manchester, à Swinton, un petit bâtiment de briques servant à emmagasiner du charbon de terre et terminé à sa partie supérieure par une citerne, était adossé contre une maison. Les murs avaient 3 pieds cVépaisscur et 1 1 de hauteur. Le 6 août 1809, une explosion épouvantable se fit entendre. Le mur extérieur du petit bâtiment fut arraché de ses fondations et soulevé en masse ; l'explosion le porta verticalement, sans le renverser y à quelque distance de la place qu'il occupait d'abord, l'une de i^es extrémités avait marché de 9 pieds, l'autre de 4- Le mur ainsi soulevé se composait de 7 000 briques et pouvait peser environ 26 tonnes.
La foudre tomba, en 1761, sur le clocher de Saint-Brindes à Londres. C'est une flèche do pierres reliées par des crampons ; les dernières assises sont massives et traversées par une tige de fer de 6 mètres qui se termine par une croix. C'est sur cette tige que la foudre arriva d'abord. Elle la suivit jusqu'à sa base sans laisser aucune trace ni sur le métal, ni sur aucun point de la maçonnerie environnante ; mais dès qu'un métal continu lui manqua, les dégâts commencèrent. La grosse pierre qui soutenait l'extrémité inférieure de la barre offrait des éclats et des fentes dirigées dans tous les sens ; une très-large ouverture s'était formée du dedans en dehors de la flèche, et la descente se continua par bonds, de crampon en crampon. A tous les scellements, les pierres furent fendues, pulvérisées,
lancées au loin ; partout ailleurs qu'à ces points du suture, les dégâts étai T.t nuls ou sans gravité, comme si la foudre ne par\'enait à s échapper par lt> bouts des pièces métalliques qu^elle a envahies qu'à Taide d'un violeni effort qui détruit tout aux environs.
Saussure dans les Alpes, Ramond au Pic-du-Midi, de Humboldi en Ash^ rique, ont trouvé sur les rochers élevés des places vitrifiées où se voyaieni des globules fondus; ils ont tous unanimement attribué ces apparences à l'action du tonnerre. G est encore à la même origine que l'on rapportela formation des fulgurites, sorte de tubes vitrifiés enfoncés verticalement dans le soi et qu'on a trouvés dans presque toutes les localités où le sol est couvert d'une couche de sable au-dessous de laquelle il y a de Teau. On suppose que le tonnerre tombant sur ces sables y fait un trou, dont il échauffe les parois jusqu'à les vitrifier.
Le 17 juillet 1823, le tonnerre tomba sur un bouleau près du village de Rauschen (sur la côte de la mer Baltique). Les habitants étant accourue virent, auprès de l'arbre, deux trous étrois et profonds; l'un d^ux, malgré la pluie, leur parut, au tact, à une température élevée, et le pnrfessear Hagen, de Konigsberg, ayant fait creuser avec soin autour de ces trous, découvrit un tube vitrifié dont l'intérieur était très-luisant, couleur g^i:^ de perle et parsemé de points noirs.
Fondre globulaire. ~ La foudre affecte quelquefois un état tout à iait inexplicable. Elle se présente sous la forme d'une boule qui s'avance trèslentement et finit par éclater. Je ne citerai qu'un fait raconté par M. Babinet. « .... Après un assez fort coup de tonnerre, mais non immédiatement après, un ouvrier, dont la profession est celle de tailleur, étant assis à côté de sa table et finissant de prendre son repas, vit tout à coup le diàssb garni de papier qui fermait la cheminée s'abattre, comme renversé d'un coup de vent assez modéré^ et un globe de feu gros comme la tète d'un eohni sortir doucement de la cheminée et se promener lentement par la chambre à peu de hauteur des briques du pavé. L'aspect du globe de feu était encore, suivant l'expression de l'ouvrier tailleur, celui d'un jeune chat de grosseur moyenne pelotonné sur lui-même et se mouvant sans être porté sur ses pattes. Le globe de feu était plutôt brillant et lumineux qu'il ne semblait chaud et enflammé, et l'ouvrier n*eut aucune sensation de chaleur. Gt globe s'approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui vient jouer et se frotter aux jambes suivant l'habitude de ces animaux ; mais Touvrier écarta les pieds, et par plusieurs mouvements de précaution, exécutés, suivant lui, très- doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci ptnîl être resté plusieurs secondes autour des pieds de l'ouvrier assis qui Yeu-