CHAPITRE VI. — CHALEUR ANIMALE
T. — Là CHALED& UnULE.
On sait que Lavoisier, assimilant en tout la respiration à la combustion, admit que les matériaux du sang sont brûlés soit dans les poumons, soit dans l'ensemble des vaisseaux circulatoires, et qu'ils y développent la quantité de chaleur que leur carbone et leur hydrogène produiraient en se combinant directement avec l'oxygène. Pour vérifier cette théorie, Lavoisier prit deux cochons d'Inde de même poids et sensiblement identiques, plaça l'un dans une cloche dont on renouvelait l'air, et l'autre dans le calorimètre à glace. Ces deux animaux ayant demeuré en expérience pendant dix heures, le premier avait brûlé Î'^SSS de charbon, ce qui aurait produit, si ce carbone avait été libre, assez de cbaleur pour fondre 3ïti''",75 de glace; le second en avait fondu réellement 407^'' ,27; mais comme il s'était refroidi, Lavoisier estima qu'il fallait réduire ce nombre à 34' grammes, n en conclut que la chaleur développée par un animal est sensiblement égale à celle que l'on produirait en brûlant dans l'oxygène la quantité de charbon que cet animal transforme en acide carbonique.
On peut faire à cette expérience deux objections : la première, que les
deux animaux comparés n'étaient point identiques; la deuxième, qu'il n'a
pas été tenu compte de l'hydrogène brûlé. C'est pour lever ces objections
que Despretz et Dulong reprirent les expériences de Lavoisier à peu près
Fie. ^"S.
en môme temps et avec des appareils presque identiques; ia/jÇ. ao6 r présente celui de Dulong. Un animal était placé en D dans une caisse ei
tourée d'eau qui faisait fonction de calorimètre. Un courant d'air pur . fourni par un gazomètre A traversait la caisse et se recueillait dans un deuxième gazomètre I. On pouvait conséquemment mesurer la quantité d'oxygène absorbée et celle d'acide carbonique produite. On retranchait de cet oxygène total celui que l'acide carbonique contenait, et l'on admit que la différence exprimait l'oxygène employé à brûler l'hydrogène et à faire de l'eau.
On calcula ensuite les chaleurs qui seraient produites si l'on formait par combustion vive les mômes quantités d'acide carbonique et d'eau avec du charbon et de l'hydrogène libres; on en fit la somme, et on la compara à la chaleur réellement produite par l'animal. Le rapport de la première à la dernière de ces quantités est en moyenne égal à 0,906 d'après Dulong, et à 0,923 d'après Despretz.
Dans ces résultats, on néglige toutes les actions chimiques de la digestion ; on ne tient aucun compte du froid qui se produit par l'évaporation ou par le dégagement de l'azote; on admet que tout l'oxygène qui ne se retrouve pas dans l'acide carbonique a été employé à former de l'eau, ce qui ne peut être vrai ; on suppose que les principes du sang qui sont brûlés développent une quantité de chaleur égale à celle que leur carbone et leur hydrogène produiraient s'ils étaient libres. A cela près, on peut considérer la théorie de Lavoisier comme étant justifiée par l'expérience.
De la force animale. — Jules-Robert Mayer énonça en i865 un principe aussi fécond que celui de Lavoisier : c'est que tout animal est une machine thermique et que tous ses mouvements sont une transformation en force de la chaleur de combustion ; que s'il fait du travail extérieur, c'est à la condition de perdre une quantité équivalente de chaleur. L'expérience a confirmé cette conception.
M. Béclard, en appliquant un thermomètre sur les muscles du bras, reconnut que la chaleur dégagée par la contraction musculaire diminue toutes les fois que cette contraction effectue un travail extérieur. M. Hirn plaça un homme dans une guérite de sapin où était une roue à palettes animée par un moteur extérieur. Cet homme pouvait : 1° demeurer immobile; 2" monter sur les palettes et effectuer un travail d'ascension ; 3° descendre les palettes pendant qu'elles montaient et dégager ainsi de la force . Cet homme tenait dans sa bouche deux tubes; il aspirait de l'air par l'un, il expirait par l'autre de l'acide carbonique qu'on jaugeait; enfin il dégageait une quantité de chaleur qu'on appréciait par réchauffement de la guérite où il était enfermé. Les expériences ont prouvé : i** qu'au repos le patient consomme 3o grammes d'oxygène par minute et produit i5o calories; 2" qu'en montant, sa respiration s'active et consomme i5o grammes d'oxygène,