CHAPITRE L — THÉORIE DE L'ACTION CHIMIQUE
ainsi que le zinc pur ou le zinc amalganiié ne montrent aucun effet. Mais quand on réunit par un métal conducteur inattaquable le zinc et le liquide, les deux électricités opposées se recombinent, l'action chimique recommence, et Ton a alors deux phénomènes nécessairement liés : Uaction chimique qui se produit continûment, et le courant qui résulte de la recomposition des fluides mis en liberté.
Développons cette théorie en prenant pour exemple le cas où l'on plonge dans Tacide sulfurique éteSndu un métal attaquable, le zinc amalgamé N Zn, et un métal inattaquable, le platine M Pt :
Pt
HSO^
HSO^
HSO^
HSO^
Zn
Toute molécule d'acide sulfurique SO' H est composée d'un radical SO* électrisé négativement, et d'un métal H qui a une charge égale d'électricité
positive. La première molécule, qui touche au zinc, tend à se décomposer. En
vertu de l'affinité, le radical SO* se tourne et se porte vers Zn, et, puisqu'il
est négatif, il décompose par influence l'électricité neutre de la lame, attire en Zn la positive et repousse la négative en N où elle s'accumule. Toutes
les autres molécules de H SO*, qui sont comprises entre les deux métaux,
s'orientent de la môme manière par influence : la dernière tourne son
hydrogène H vers Pt, y attire l'électricité négative et repousse la positive
en M. Les tensions contraires qui existent aux extrémités des deux mentaux atteindront leurs limites quand l'attraction qui tend à les réunir sera
égale à la force qui les a séparées, c'est-à-dire à l'affinité du zinc pour
SO* H ou à la force électromotrice.
Les choses resteront dans le même état, sans action chimique continue,
si l'on tient les deux métaux isolés ; vient-on à réunir M et N par un con-
ducteur, l'action chimique se complète. Zn n'étant plus retenu par N se
combine avec SO* et rend libre H. H passe de la première à la deuxième
molécule ; de même celle-ci cède son hydrogène à la troisième, et ainsi de suite, jusqu'à la dernière, qui laisse dégager son hydrogène H contre
Pt, qui est ramené à l'état naturel. *
Ainsi une charge de fluide positif a été transportée avec une molécule
d^hydrogène, de rang en rang, du zinc au plaline; une charge de fluide
négatif s*est avancée avec une molécule de SO', de rang en rang, vers le
zinc; une molécule de zinc a été dissoute d'un côté; une molécule d'hydrogène H a été dégagée contre le platine, et tout se trouve ramené à
l'état primitif. Après cela, le phénomène recommence, et l'action chimique devient continue.
Mais pendant qu'une charge positive se transporte d'un rang de Zn à
Pt à travers le liquide, une charge égale s'élance de M vers N à travers
les molécules A, B, C,. . ., H, I, L du conducteur interpolaire (fig. 278),
Fig. 3178.
elle s'y propage de rang en rang, suivant l'hypothèse de M. de la Rive. En môme temps, une charge négative partie de Pt s'avance de molécule
en molécule avec SO* dans le liquide, et de rang en rang à travers le conducteur de N en M ; un môme mouvement électrique s'accomplit dans ce
liquide et dans ce conducteur; il parcourt le circuit complet. La seule différence qu'il y ait dans ses deux parties, c'est qu'il se fait sans décomposition dans le conducteur et avec transport moléculaire dans le liquide.