CHAPITRE V.— SPECTRE CHIMIQUE
Âctinomètre. — Pour mesurer l'intensité de ces radiations, M. Becquerel prend deux lames identiques d'argent poli ; il expose une de leurs faces à la vapeur d'iode jusqu'à produire une teinte violette, puis il les plonge toutes deux parallèlement dans une auge de verre pleine d'un liquide peu conducteur, en tournant la face iodée en dehors, et il les réunit par un galvanomètre de trois millç tours au moins. Si alors on éclaire l'une de ces plaques par le soleil, il se forme un courant trèsintense; et, môme avec une bougie, la déviation atteint i5 ou 20 degrés. Elle indique que la plaque est négative et le liquide positif.
Elle a permis de comparer les divers rayons du spectre, depuis A jusqu'à T {fig, 6o3). Il suffisait de les faire passer successivement à travers une fente, de les recevoir sur l'actinomètre et de mesurer l'intensité du courant. On a construit ensuite la courbe de ces intensités, qui est figurée par des traits horizontaux [fig. 6o3).
Depuis A jusqu'à G, c'est-à-dire dans l'étendue du spectre visible, elle se confond à peu près avec celle de Frauenhofer ; mais, à partir de F, l'action chimique s'avive, et la courbe suit la ligne ^AT, prenant un maximum vers H et s'éteignant peu à peu à la limite des rayons chimiques.
On voit, en résumé, que le soleil émet trois sortes de radiations : les chaleurs obscures, les couleurs visibles et les rayons ultra- violets. .Elles sont superposées dans le flux solaire; mais elles se séparent par le prisme et se rangent dans le spectre par ordre de refrangibilité. On les reconnaît aux effets qu'elles déterminent et qui sont au nombre de trois : l'effet calorifique, l'effet lumineux, l'effet chimique, les trois effets sont superposés au milieu du spectre ; un seul persiste aux extrémités.
On admet aujourd'hui que dans un lieu du spectre moyen, dans le vert par exemple, il n'y a qu'une seule espèce de rayon, constitué par des vibrations de l'éther et caractérisé par une certaine durée de vibration. Vientelle à tomber dans l'œil, elle y produit une action d'où résulte la vue des objets : elle constitue la lumière ; si elle rencontre un thermomètre, elle réchauffe : c'est la chaleur ; enfin elle peut développer des actions chimiques. Mais cette lumière, cette chaleur, cette force chimique sont des effets distincts d'une môme cause, qui est la vibration. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre comment la chaleur et la lumière sont identiques, et c'est ce qui résultera de tous les phénomènes qui vont suivre.