‹ Petit traité de physiqueChapitre 406 sur 408 · CHAPITRE XIII. — POLARISATION ROTATOIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — POLARISATION ROTATOIRE

nouvelles, qu'ils donnaient, par exemple, un sel de chaux insoluble au lieu du tartrate de chaux qui est soluble. Il isola l'acide, trouva qu'il était isomère avec l'acide tartrique, que cependant il en différait par ses propriétés, et il le nomma acide racémique. Depuis cette époque, M. Mitscherlich découvrit que les racémates ne font point tourner le plan de polarisation.

Fig. 684.

Longtemps après, M. Pasteur reconnut que les racémates ont la même forme que les tartrates correspondants, mais qu'ils n'ont point d'hémiédrie. Ainsi , pas de pouvoir rotatoire, pas d'hémiédrie : second rapprochement qui s'ajoute au précédent.

Mais un de ces racémates, par une exception que M. Pasteur eut le bonheur de reconnaître, le racémate double d'ammoniaque et de soude, se sépare par la cristallisation en deux sortes de cristaux qui offrent la môme forme primitive, mais qui sont inversement hémièdres : les uns ont l'hémiédrie droite, comme PMP', les autres l'hémiédrie gauche, comme M'P'P" [^fi^. 683). En général, la forme des cristaux est plus complexe, comme dans lesyîg-. 684 et 685 ; mais il y a toujours deux sortes de formes hémièdres et symétriques, les unes T hémièdres à droite, les autres T' hémièdres à gauche.

M. Pasteur sépara les deux espèces de cristaux, les fit redissoudre, et trouva que les premiers, qui avaient l'hémiédrie droite, étaient dextrogyres, et les seconds, qui étaient hémièdres à gauche, étaient lévogyres. D en conclut que l'hémiédrie non superposable est le signe du pouvoir rotatoire, et que le sens de cette hémiédrie indique le sens de la rotation.

Il alla plus loin : il isola l'acide des dextroracémates, c'est-à-dire des cristaux qui avaient l'hémiédrie droite ; c'était de l'acide tartrique. Les

cristaux des lévoracémates lui donnèrent un acide nouveau , l'acide lévoracémique, isomère avec Tacide tartrique, mais lévogyre ; le premier forme des sels qui font toujours tourner le plan de polarisation à droite et sont hémièdres à droite; le second des sels qui possèdent également le pouvoir rotatoire, mais à gauche, et qui sont hémièdres à gauche. Quand on mêle en quantités égales les deux acides ou les sels qu'ils forment avec une môme base, ils se combinent avec dégagement de chaleur, donnent de Tacide racémique ou des racémates, mais ils n'ont aucun pouvoir rotatoire, et leurs cristaux n'ont aucune hémiédrie. Deux seulement se séparent par la cristallisation : celui que nous avons cité, et le racémate double de soude et de potasse.

Si l'hémiédrie non superposable est le caractère extérieur auquel on reconnaît les substances moléculairement actives, il est naturel de penser que les substances inactives qui acquièrent le pouvoir rotatoire en cristallisant prennent aussi une forme hémiédrique. Il y avait longtemps que Herschel avait en effet remarqué que le quartz est hémièdre. Cette substance cristallise en prismes hexaèdres droits terminés par des pyramides KfiS' 686)- Or on trouve dans certains échantillons, sur trois sommets

alterne^ «, a\ «*, trois facettes plagiédrales inclinées et penchant vers la droite ou vers la gauche de Tobservateur qui les regarde. Sur la pyramide opposée se trouvent trois autres facettes, mais elles aboutissent aux arêtes ^, b\ b", et sont tellement disposées, qu'en retournant le cristal de manière que l'observateur voie la deuxième pyramide, les trois facettes sont penchées comme les premières a^ a\ a*. Ce cristal est hémièdre, puisque la moitié seulement des sommets £7, 6, a\ ^', . . . sont tronqués, et, comme les facettes sont plus inclinées vers la droite que vers la gauche, nous dirons que c'est l'hémiédrie droite. Si maintenant nous prenons dans un miroir MN l'image du cristal 0, nous aurons une deuxième forme hémièdre en 0', de sens opposé et non superposable à la première. Elle se rencontre dans la nature aussi fréquemment que la première. Or Herschel a remarqué que l'hémiédrie droite entraîne le pouvoir rotatoire à droite, et l'hémiédrie gauche la rotation à gauche. C'est en suivant ces idées que M. Marbach a découvert la rotation des

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