QUELQUES MOTS AUX CANADIENS-FRANÇAIS
Après notre sainte religion, la langue française est, sans contredit, le plus précieux héritage que ous aient légué nos ancêtres. Quel courage n’ont-il pas déployé pour nous le conserver intact ! Lorsqu'ils ont subi la conquête, ils n'étaient que soixan te-dix mille âmes, pour garder le nom etles traditions de la France Abandonnés et oubliés sur des rivages lointains, délaissés par cette France qu'ils avaient servie si fidèlement, nos pères ont passé par les jours sombres de la tyrannie et de l’oppression, mais rien ue put jamais ébranler leur constance, ils sont demeurés français de religion, de mœurs et de langage. Ils ont gardé jusqu’à cet accent de la Normandie, qui faisait aussi partie de l'héritage national.
Un siècle à passé ; le peuple canadien a grandi. Nos pères ne comptaient que soixante-dix mille âmes, nons en comptons maintenant un million cinq cent mille. Nous sommes plus d’un million d’âmes, s’écriera-t-on avec confiance : l'avenir des canadiens français, comme peuple, est donc assuré !
Il en devrait être ainsi ; et cependant, nous n'avons qu’à jeter un coup d'œil sur notre pays pour comprendre que nous sommes toujours menacés, comme aux jours mêmes de la conquête. Hélas ! disons-le, bien qu’en rougissant ; notre douce et belle langue française menace de tomber et de disparaître, à cause de l’indifférence de nos compatriotes eux mêmes ! Si l’on est étonné de ces paroles, qu’on se souvienne qu'un peuple ne vit pas de flatteries ni d'erreurs. Nous sommes entrés dans le mouvement du commerce, des sciences, des arts, de l’industrie, et il s’est trouvé que la langue de nos aïeux ne répondait plus aux besoins nouveaux. Dès lors, chaque année, nous avons laissé les mots anglais entrer par centaine dans notre langage
Ce fléau n’a pas cessé, nous sommes les témoins affligés de ses ravages quotidiens. En écoutant cet informe mélange de français et d'anglais que parlent aujourd’hui nos ouvriers, nos travailleurs de toute sorte, nous nous demandons avec anxiété
quelle langue la grande majorité du peuple canadien parlera dans dix ans. Si ce n’est plus qu'un patois, tiendrons-nous tant à le conserver ? Ne préférons-nons pas parler un bon langage anglais ? Voilà dans quel danger nous nous trouvons aujourd'hui, Ne comprendrons-nous pas enfin qu'il faut étudier notre langue, afin qu'elle réponde à tous nos besoins, et qu'elle ne cesse pas d'occuper la place d'honneur qui lui convient? , Nous laisser angliciser, maintenant que nous comptons uu million et demi de canadiens-français, c'est une honte que nous ne devons pas être décidés à porter. Nous nesommes pas assez dégénérés pour cela. Il faut donc agir, il faut apprendre notre langue. Mais, ce bon langage français, où donc le prendrons-nous ? Le Diction. naire de l'Académie nous ouvre ses pages, mais quels sont ceux d’entre nous qui pourront ‘aller y chercher notre langue ? Quelques particuliers le feront, le peuple, jamais.
Mes compatriotes, je viens aujourd'hui, bien qu'avec crainte et tremblement, vous présenter un moyen facile d'apprendre les expressions qui vous manquent, de corriger les barbarismes qui déparetit votre langage, sans être obligés de consulter des infolios. J'ai feuiHeté pour vous les quatre grands dictionnaires qui font autorité en Franee, j'en ai extrait, avec leur définition, les mots dont la cohnaïssance vous est nécessaire, et je vous offre ce recueil ‘en un petit volume qui sera à la portée de toutes les bourses, et que le plus occupé des hommes d’affaires trouvera le témps ‘de parcourir, 'Recevezdle avec empressement, car un ouvrage de ce genre est absolument nécessaire au milieu de nous.
Jeunésse canadiemre, jeunesse des écoles, c’est surtout à toi que je ‘n’adresse ; parcd trs ce petit volume, apprends toutes les bonnes expressions frangdaises qui y sont contenues, évite les angheisries’et les barbarismesiqni y sont signalés, et tu ne rougiras pas'de tou langage, mêmeien présence ‘de nos frères de la ‘vieille Franee, :O'märpatrie, permetsinroi d'espérer que ‘dans dix ans. Aoïn d'être anglicisée, twparaîtras aux 'veuxide tout le monde, el tu seras vraiment la France américaine.
ABAT-FOIN, Nom Mas. Ouverture par laquelle on jette le foin. Larousse.
A BRAS LE CORPS.—Ne pas dire à brasse corps.