LE DERNIER JOUR DE POMPEI 9I
partager son émotion, rien de plus; ou, si, pour partager son émotion, il faut y croire à toute force, gardons-nous de croire quelque chose au delà de cette émotion; c'est une croyance qu'il faudra prolonger, et alors plus de poésie pour nous : la jeune fille gardera ses poésies pour elle seule, et alors, plus de ces vers comme ceux qu'on va lire, et qui nous raccommodent encore avec les vers. Il s'agit, dans cette pièce de vers, du plus grand malheur qui puisse affliger une femme, du malheur d'être laide ; M"e Delphine Gay s'est fait à ce propos une grande peur, à laquelle nous devons un morceau plein de verve et de vérité :
En vain il se promet de me rester fidèle, Sa tristesse médit que je ne suis plus belle; Hélas! son inconstance est peinte en ses regrets, Depuis qu'un mal affreux a dévasté mes traits; Dans mes yeux, autrefois embellis par mes lai mes, La douleur elle-même a perdu tous ses charmes. Maintenant il s'épuise en regrets superflus Pour exprimer encor l'amour qu'il ne sent plus. Sans espoir de bonheur, sans trouble, sans ivresse, C'est dans ses souvenirs qu'il cherche sa tendresse, Et triste, lorsqu'il veut m'admirer aujourd'hui, Ses yeux sur mon portrait se fixent malgré lui ; Pour être plus sincère en sa pitié touchante, Il dit que je suis bonne et que ma voix l'enchante.
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Je VOUS supplie, réfléchissez sur tout cela : ne
croiriez-vous pas, à ces vers, que M"^ Delphine Gay n''est plus telle que nous Tavons admirée au dernier salon? Ces regrets ne sont-ils pas d'une vérité touchante? N^ a-t-il pas de la nature dans ses pleurs? Eh bien , toute cette laideur est encore un château en Espagne, une rêverie; et, par un effort d'imagination que nulle femme ne comprendra, M"e Gay se fait laide comme tout à Theure elle se faisait passionnée; elle ment à son miroir comme elle ment à son cœur; elle est fausse même vis-àvis d'elle-même. Après cela, croyez à la passion d'une femme, croyez à ses serments d'amour, croyez à son sourire, croyez à ses larmes. Serait-il vrai de dire que toute cette passion n'est que de la poésie, ou bien encore serait-il plus juste de dire que toute cette poésie n'est que de la passion? Toutes ces questions, je le sais bien, touchent un peu au fleuve du Tendre; cependant, à notre sens, elles ne sont pas oisives , puisqu'elles peuvent servir à nous expliquer comment il est advenu que Ml'e Gay s'est élevée toute seule à la passion qui se retrouve partout dans ses vers, même dans le poème de Madeleine, dont M"e Delphine Gay nous donne le septième chant aujourd'hui.
Ce poème, dont plusieurs parties sont fort remarquables, mais qui a le malheur d'être un poème, sera, sans doute achevé par son auteur, et