‹ Petite critique. Avec une eau-forteChapitre 28 sur 50 · DE TALLEMANT DES RÉAUX · texte numérisé non relu

DE TALLEMANT DES RÉAUX

Evous en demande bien pardon, mais je vais vous faire de la littérature facile parmi les littératures faciles, une littérature de citations ; seulement, comme le livre que je veux vous citer est tout neuf, à moitié inédit et très curieux, 'j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, et que le terrible Nisard me dira : Ajiien ! Le livre en question est intitulé : Historiettes de Tallemant des Réaiix^ parce que ^ dit Fauteur, ce ne sont que des petits mémoires qui n ont aucune liaison les uns avec les autres. Quant à ce que peut être ce Tallemant des Réaux, c'était, autant qu'il me paraît, un gentilhomme de l'école de Montaigne; sceptique, railleur, indifférent au bien

et au mal, racontant le bien comme le mal, mais préférant le mal au bien, en sa qualité d'historien véridique. Son livre, retrouvé et publié par MM. de Monmerqué et Taschereau, commence à Henri IV et ne s'arrête qu'au dix-huitième siècle. C'est la découverte la plus amusante qu'on ait faite depuis vingt ans, en prenant les AfemozVe^ de Saint-Simon pour ce qu'ils sont en effet, pour une histoire.

Mais que d'idées nouvelles vont surgir de la lecture des Mémoires de Tallemant! que d'admirations il va détruire ! que d'enthousiasme il va réduire à sa juste valeur ! On dirait, à l'entendre, que cet homme a été le valet de chambre de tous les héros dont il parle, tant cet homme rencontre peu de héros. Vous allez voir si ce que je dis n'est pas de toute vérité ! Commençons, comme il commence lui-même, par Henri IV, Henri le Grand, le héros de Voltaire, Pami de Sully, l'amant de Gabrielle. Vous allez voirce que devient Henri IV entre les mains de notre sceptique Tallemant des Réaux.

« Si ce prince fût né roi de France et roi paisible, probablement ce n'eût pas été un grand personnage ; il se fût noyé dans les voluptés, puisque, malgré toutes ses traverses, il ne laissait pas, pour suivre ses plaisirs, d'abandonner les plus importantes

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affaires. Apr^s la bataille de Coutras, au lieu de poursuivre ses avantages, il s'en va badiner avec la comtesse de Guiche, et lui porte les drapeaux qu'il avait gagnés. »

Mnie de Verneuil, le grondant un jour

cruellement, lui dit que bien lui prenait d'être roi, que sans cela on ne pourrait le souffrir, et qu'il puait comme une charogne.

« Elle disait vrai ; il avait les pieds et le gousset fins; et quand la feue reine mère coucha avec lui la première fois, quelque bien garnie qu'elle fût d'essences de son pays, elle ne laissa pas que d'être terriblement parfumée : « Je tiens de mon père, « moi, je sens le gousset. »

« Quelque brave qu'il fût, on dit que quand on lui venait dire: «Voilà les ennemis », il lui prenait toujours une espèce de dévoiement, et que, tournant cela en raillerie, il disait: « Je m'en vais c( faire bon pour eux. «

« Il était larron naturellement; il ne pouvait s'empêcher de prendre ce qu'il trouvait ; mais il le renvoyait. 11 disait que, s'il n'eût été roi, il eût été pendu.

« Pour sa personne, il n'avait pas une mine fort avantageuse; Mn^e de Simier,qui était accoutumée à voir Henri III, dit, quand elle vit Henri IV: « J'ai vu le roi, mais je n'ai pas vu sa majesté. »

Eh bien ! malgré plusieurs autres petites anecdotes qui ne sont guère à la gloire de sa personne, en voici deux ou trois où se retrouve, peut-être malgré Tallemant, l'homme d'esprit et le grand roi.

« A La Rochelle, le bruit était parmi la populace qu'un certain chandelier avait une main de gorre^ c'est-à-dire une mandragore ; or, communément on dit cela de ceux qui font bien leurs affaires. Le roi, qui n'était encore que roi de Navarre, envoya quelqu'un, à minuit, chez cet homme, demander une chandelle. Le chandelier se lève et la donne. « Voilà, dit le lendemain le roi, la jnain de gorre.

a Cet homme ne perd point l'occasion de gagner, « et c'est le moyen de s'enrichir. »

« Une fois, un gentilhomme servant, au lieu de boire l'essai qu'on met dans le couvercle du verre, but, en rêvant, ce qui était dans le verre même. Le roi ne lui dit autre chose, sinon : « Un tel, au « moins deviez-vous boire à ma santé ; je vous « eusse fait raison. »

Ce sont là des anecdotesqui manquent à Thistoire de Péréfixe, et qui tiendraient bien leur place dans les notes de la Henriade. En voici une qui ne déparerait pas non plus la vie de Crillon.

« Avant la réduction de Paris, une nuit que le roi ne dormait pas bien et qu'il ne pouvait se

résoudre à quitter sa religion, Grillon lui dit : a Pardieu ! Sire, vous vous moquez de faire diffi- « culte de prendre une religion qui vous donne une « couronne. » Grillon était pourtant bon chrétien; car un jour, priant Dieu devant un crucifix, tout d'un coup il se mit à crier : « Ah ! Seigneur, si j'y a eusse été, on ne vous eût jamais crucifié. » Je pense même qu'il mit Tépée à la main, comme Glovis et sa noblesse au sermon de saint Rémi, Ce Grillon, comme on lui montrait à danser, et qu'on lui disait: «Pliez, reculez. — Je n'en ferai rien, dit-il, « Grillon ne plia ni ne recula jamais. »

Viennent ensuite plusieurs anecdotes sur Biron, qui savait le grec et qui s en cachait, ayant honte de la science pour s'accommoder à son siècle; plusieurs bons mots de Roquelaure, espèce de bouffon, qui a plus d'esprit dans Tallemant que toute autre part. Ge diable de Roquelaure était borgne, et il avait les ballets en horreur. Sa Majesté, pour l'attraper, le conduisit elle-même à un ballet. Il n^ avait pas moyen de fuir ; mais il se mit en telle posture qu'il avait son bon œil caché. On n'y prit pas garde, et après il dit au roi qu'avec toute sa puissance il ne lui avait pu faire voir un ballet en dépit de lui.

Nous passons de là à la biographie du marquis de Pisani, ambassadeur à Rome, qui passa huit

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ans sans boire; bientôt le marquis de Pisani cède la place à M. de Bellegarde, et à propos de M. de Bellegarde, Fauteur parle beaucoup de Henri III. Henri III avait du bon quelquefois; Tanecdote de son commis, trésorier de mon épargne, est fort connue. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est la manière dont il prit ce commis à son service.

« Allant à la foire Saint-Germain, il trouva un jeune garçon endormi ; un assez bon prieuré vaquait; plusieurs personnes étaient après, à qui Paurait. « Je le veux donner, dit-il, à ce garçon, a afin qu'il se puisse vanter que le bien lui est « venu en dormant. »

La princesse de Conti vient ensuite; mais l'histoire de ces dames est encore bien plus scabreuse que rhistoire de ces messieurs. C'est à peine si, dans le cours de son récit, Tallemant rencontre une femme honnête; voici cependant un mot très spirituel de M^^ de Guise à la princesse de Coriti : « Mme la princesse de Conti dit aussi à Mme la comtesse : « Vous m'êtes bien obligée de n'avoir « point fait d'enfants. — En vérité, lui répondit « l'autre, pas tant que vous penseriez : car nous « sommes persuadées qu'il n'a pas tenu à vous. »

Après les dames, après les courtisans, après les rois, viennent les poètes ; Tallemant n'a garde de les oublier. Le premier qui lui vient en mémoire,

c'est Philippe Desportes, né à Chartres, d'une basse naissance, iJiais il avait bien étudié.

« Il fut clerc chez un procureur à Paris. Ce procureur avait une femme assez jolie, à qui ce jeune élève plaisait un peu trop. Il s'en aperçut, et un jour que Desportes était allé en ville, il prit ses hardes,en fit un paquet, et le pendit au maillet delà porte de Tallée avec cet écrit : « Quand Philippe «reviendra, il n'aura qu'à prendre ses hardes et s'en « aller. » Desportes prit son paquet et s'en alla à Avignon-(peut-être que la cour était vers ce pays-là) ; sur le pont, où lesvalets à louer se tiennent, comme à Paris sur les degrés du Palfeis, il entendit quelques jeunes garçons qui disaient : « M. Tévêque du « Puy a besoin d'un secrétaire. » Desportes alla trouver l'évêque qui était alors à Avignon ; la physionomie de Desportes plut au prélat. Ce fut du temps qu'il était à ce prélat qu'il commença à se mettre en réputation par une pièce de vers qui débutait ainsi :

O Nuit! jalouse Nuit, etc.

qui réussit, et que tout le monde chanta. »

La plus grande gloire de Desportes aujourd'hui, c'est d'avoir été le maître et le protecteur de notre grand poète et grand satirique Régnier, son neveu. 'V^oici une bonne anecdote sur Régnier :

« Desportes était en si grande réputation que tout le monde lui apportait des ouvrages pour en avoir son sentiment. Un avocat lui apporta un jour un gros poème qu'il donna à lire à Régnier, afin de se délivrer de cette fatigue; en un endroit cet avocat disait :

Je bride ici mon Apollon.

« Régnier écrivit à la marge :

Faut avoir le cerveau bien vide Pour brider des Muses le roi; Les dieux ne portent point de bride, Mais bien les ânes comme toi. n

Quel grand malheur que ce grand Régnier soit mort à trente-neuf ans !

Du reste, la vie du poète des poètes est une belle vie. Amoureux et poète, ses vers furent chantés, ses amours furent célèbres. Il commença par aimer M^^ de Senneterre, et il fut aimé de la reine de Navarre. Un jour le roi Henri IV lui dit en riant, devant M"^^ la princesse de Conti, sa nièce : « Monsieur de Tiron (c'était sa principale abbaye), il faut que vous aimiez ma nièce, cela vous fera faire encore de belles choses, quoique vous ne soyez plus jeune. » La princesse lui répondit hardiment : ce Je n'en serais pas fâchée; il en a aimé de meilleure maison que moi. »

Dans le second volume de Tallemant, qui n"a pas paru encore, vous trouverez un digne pendant à la biographie de Desportes , un très amusant chapitre, intitulé : Racan, et autres rêveurs.

Il n'a jamais su le latin, et cette imitation de Tode d'Horace, Beatiis il le, etc., est faite sur la traduction en prose que lui en fit le chevalier de Bueil, son parent, et qu'il se chargea de mettre en vers français.

« Jamais la force du génie ne parut si clairement en un auteur qu^en celui-ci : car, hors ses vers, il semble qu'il n'ait pas le sens commun. Il a la mine d'un fermier, il bégaye, et n'a jamais pu prononcer son nom, car, par malheur, IV et le c sont les deux lettres qu'il prononce le plus mal. Plusieurs fois il a été contraint d'écrire son nom pour le faire entendre. Bon homme du reste et sans finesse. »

La vie de Racan est une suite continuelle de mystifications plaisantes. Tallemant est inépuisable au sujet des innombrables distractions du poète.

« Une fois, en rêvant, il mangea tant de pois qu'il n'en pouvait plus. « Regardez, dit-il, ces to- « tins de latais, ils ne m'avertissent pas, ils m'ont « laissé trever. »

HISTORIETTF.S

« Il allait voir un jour un de ses amis à la campagne, seul, et sur un grand cheval. Il fallut descendre pour quelque nécessité et il ne put trouver de montoir : insensiblement il alla à pied jusqu'à la porte de celui qu^il allait voir ; mais, y ayant trouvé un montoir, il remonta sur sa bête, et s'en revint sur ses pas sans sortir de sa rêverie.

tt Une après-dînée il fut extrêmement mouillé. Il arrive chez M, de Bellegarde et entre dans la chambre de M^i^ je Bellegarde, pensant entrer dans la sienne; il ne voit point Mme Je Bellegarde et M™e Des Loges, qui étaient chacune au coin du feu. Elles ne dirent rien, pour voir ce que ce maître rêveur ferait. Il se fait débotter et dit à son laquais : « Va nettoyer mes bottes, je ferai sécher a ici mes bas. » Il s'approche du feu, et met ses bas à bottes bien proprement sur la tête de M'"* de Bellegarde et de M^e Des Loges qu'il prenait pour des chenets.

« A l'Académie, quand ce fut à son tour à haranguer, il y vint avec un chiffon de papier tout déchiré dans les mains. « Messieurs , dit-il, je « vous apportais ma harangue, mais une grande « levrette l'a toute mâchonnée; la voilà, tirez-en « ce que vous pourrez, car je ne la sais pas par « cœur, et je n'en ai point de copie. »

Qui pensez -vous qui vienne après Racan

comme autre rêveur ? C'est La Fontaine ! Un garçon de belles-lettres et qui fait des vers.

« Son père, qui est maître des eaux et forets de Château-Thierry en Champagne, étant à Paris pour un procès, lui dit : « Tiens, va vite faire « telle chose, cela presse. « La Fontaine sort, et n'est pas plus tôt hors du logis qu'il oublie ce que son père lui a dit. Il rencontre de ses camarades, qui lui demandent s'il n'avait point d'affaires, « Non », leur dit-il, et il alla à la comédie avec eux. Une autre fois, venant de Paris, il attacha à l'arçon de sa selle un gros sac de papiers importants; le sac était mal attaché et tomba. L'ordinaire passe, ramasse le sac, et, ayant trouvé La Fontaine, il lui demande s'il n'avait rien perdu. Ce garçon regarde de tous les côtés. « Non, dit-il, « je n'ai rien perdu. — Voilà un sac que j'ai trouvé, « lui dit l'autre. — Ah ! c'est mon sac, s'écrie La « Fontaine; il y va de tout mon bien. » Il le porta entre ses bras jusqu'au gîte.

« Depuis, son père l'a marié, et lui l'a fait par complaisance. Sa femme dit qu'il rêve tellement qu'il est quelquefois trois semaines sans croire être marié. C'est une coquette qui s'est assez mal gouvernée depuis quelque temps. Il ne s'en tourmente point. On lui dit : « Mais un tel cajole votre u femme, — Ma foi, répond-il, qu'il fasse ce qu'il

« pourra; je ne m'en soucie point. Il s'en lassera ic comme j'ai fait. » Cette inditîérence fait enrager sa femme, qui sèche de chagrin : lui est amoureux où il peut. »

Je vous demande si vous savez un récit plus naïf, si tout cela n'a pas l'air d'avoir été écrit sous la dictée de quelque commère du voisinage du jeune La Fontaine, ce garçon de belles-lettres qui a fait un si grand chemin depuis Tallemant des Réaux.

Ce qui prouve fort le bon sens de notre homme, c'est que, contrairement à l'admiration générale de son temps pour Chapelain, il en juge tout à fait comme en ont jugé les hommes d'esprit de ce temps-là. Même le portrait qu'il en fait est plus cruel, à mon sens, que tous les sarcasmes immortels de Despréaux.

« Chapelain fut introduit à l'hôtel Rambouillet vers le siège de La Rochelle; M^^^ de Rambouillet médit qu'il avait un habit comme on en portait il y avait dix ans; il était de satin colombin, doublé de panne verte, et passementé de petits passemens colombin et vert, à œil de perdrix. Il avait toujours les plus ridicules bottes du monde, et les plus ridicules bas à bottes. Il avait du réseau au lieu de dentelles. Depuis, il ne laissa pas d'être aussi mal bâti en habit noir; je pense qu'il n'a

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jamais rien eu de neuf. Le marquis de Pisani, en je ne sais quels vers qu'on a perdus, disait :

J'avais des bas de Vaugelas Et des bottes de Chapelain.

« Quelque vieille que soit sa perruque, il en a pourtant une plus vieille pour la chambre, et un chapeau encore plus vieux. Je lui ai vu du crêpe à la mort de sa mère, qui, à force d'être porté, était devenu feuille morte. On lui a vu un justaucorps de taffetas noir moucheté; je pense que C'était d'un vieux cotillon de sa sœur, avec qui il demeure. On meurt de froid dans sa chambre; il ne fait quasi point de feu. »

Voilà pour les dehors de notre homme. Quant à ses qualités morales, il n'est guère mieux traité.

a M. Chapelain est un des plus grands cabaleurs du royaume, il a toujours une douzaine de cours à faire. Il court après un petit bénéfice de loo livres, et il en a quelques-uns. 11 fallait qu'outre ses pensions il eût de l'argent, car on voit dans les Lettres de Bal:{ac qu'il lui a mandé qu'il avait perdu huit cents écus sur les pistoles rognées; et je sais, pour en avoir vu le contrat, que M"^^ de Rambouillet lui doit plus de i,6oo livres de rente

présentement. Voyez quelle richesse a un homme comme lui ! Cependant, quelque maladie qu'il ait eue, bien loin d'avoir un carrosse, il n'a jamais eu assez de force sur lui pour faire la dépense d'une chaise, et on dit qu'il n'a rien donné aux enfans de sa sœur quand on les a, mariés. »

Tout aussi bien vous comprenez que , sous le rapport de l'esprit, cette spirituelle commère, Tallemant, n'épargnera pas l'auteur de la Piicelle. ce Sa maladie était de faire des vers, et il' n'y était pas propre. Vous n'attendez pas que je m'amuse à critiquer la Pucelle. C'est le plus grand service qu'on pourrait rendre à M. Chapelain. Pour moi, je suis épouvanté d'un si grand Partiirient montes. »

Et pour nous faire voir qu'on était déjà désabusé de ce livre avant qu'on l'imprimât, Tallemant rapporte une épigramme contemporaine :

La France attend de Chapelain, Ce rare et fameux écrivain, Une merveilleuse Pucelle.

La cabale en dit force bien :

Depuis vingt ans on parle d'elle; Dans six mois on n'en dira rien.

Vous voyez que toutes les conversations, tous les petits vers, toutes les anecdotes de son temps.

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Tallemant les rapporte sans remords, sans souci, sans enquête, sans scrupule, sans s'inquiéter de dire vrai ou faux, bien ou mal; son livre est une conversation écrite, dans laquelle on parle de tout, des grands et des petits, de la ville et de la cour, mais plus souvent des grands que des petits, plus souvent de la cour que de la ville, comme c'est justice. Dans ce livre tout est confondu, tout est pêlemêle : le plaisant à côté du sévère, le sang à côté du rire, M. de Pisani qui dit de petits bons mots à côté de la maréchale d'Ancre qu'on égorge. « C'était une petite personne fort brune, petite, fort maigre et fort malsaine. » Soyez donc brûlée toute vive et la plus grande dame de votre temps, pour laisser de pareils souvenirs !

Vous voyez que les anecdotes scandaleuses se trouvent à foison. La vie de M^e de Villars est un modèle en ce genre. « Faute d'argent elle souffrit les galanteries d'un partisan nommé Moisset. C'était la plus grande escroqueuse du monde. Elle vit encore, mais gueuse. »

M"e de Soissons, au contraire, n'avait qu'un défaut, c'était de dire ovec pour avec, « et cela semblait le plus vilain du monde pour une personne de sa condition ».

. Il y a d'ailleurs des portraits charmants, en prose et en vers, dans ces historiettes.

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