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dont Weimar est encore la reine, grâce à Gœthe, et qui déjàs^est affaiblie comme Gœthe, partageant la décadence de sa vieillesse comme elle a partagé l'exaltation poétique de son jeune âge, comme elle partagera le froid mortel des derniers moments du grand homme; chaque philosophe, dis-Je, vient apporter son tribut à cette masse d'idées philosophiques qui sortent de Tàme des peuples, qui dominent tout ce qui les approche, et qui s'attaquent à tout ce qu'elles peuvent atteindre.
Regardez et soyez attentifs. Quel trésor d'idées ! comme le trésor s'amasse et s'enfle ! on ne compte déjà plus les travailleurs. Hegel a trouvé quatre modes de manifestation historique; l'Orient se développe dans l'immobilité; il faut du mouvement à la Grèce; Rome se repose après avoir marché; les nations du Nord marchent après s'être reposées tout d'abord.
D'autre part, dans l'école historique, Niebuhr, que l'Allemagne vient de perdre, a composé l'histoire romaine avant l'existence de Rome, dominé par le souvenir de Herder, génie poétique, si admirablement et)mpris et traduit par Edgar Quinet, qui, bien avant Niebuhr, avait déjà fait l'histoire du monde, et de l'humanité, au seul aspect de ce monde et avant que le sol humide, œuvre de la création, eût été foulé par des pas humains.
De nos Jours, — et ici je me sers des éloges de M. de Chateaubriand, qui peut-être, tant il y a d'indulgence dans le talent, a lu beaucoup trop de monde, — de nos jours, Thistoire a fermenté, elle a monté jusqu'aux bords; elle éclate. Plusieurs hommes de talent ont entrepris de faire de l'histoire, et quelques-uns ont eu le bonheur et la gloire de réussir. M. Villemain a écrit la vie de Cromwell, comme pour se préparer à écrire la vie de Grégoire VII, qui doit mettre le sceau à sa réputation. M. de Saint-Martin s'est occupé avec science et ténacité de Thistoire des Perses, qui ont l'honneur d'être un des peuples primitifs. Madame de Staël, cette femme qui n'a point de rivale, a montré dans ses Considérations sur la Révolution française, qu'elle était née historien comme d'autres naissent poètes. M. Fiévée, homme de talent et d'esprit, a fait mieux que M. de Bonald, longtemps trop vanté, aujourd'hui tombé trop bas, et qui n'a mérité cette honte que pour avoir été censeur! M. Salvandy, écrivain d'un si beau stvle, a prédit, dans son Histoire de Pologne, cet affranchissement dont nous restons les niais spectateurs. Dans les recherches historiques, M. Monteil , écrivain d'esprit, de science, de goût, et si modeste que ce serait une nouveauté de le voir, a déjà fait quatre volumes charmants et trop peu connus sur
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notre vieille histoire. C'est fâcheux que M. de Chateaubriand ait accolé le nom de M. Capefigue au nom de M. Monteil. C'est une injustice gratuite faite à M. Monteil. C'est une grande inadvertance ou une grande faiblesse de la part du noble historien.
En suivant cette liste, où se trouvent, par un étrange malheur, tant de nullités, tant d'éloges incroyables, que personne ne rectifiera, pas même celui qui les a dictés, nous rencontrons de grands travaux et de beaux ouvrages. M. Guizot jette la clarté et la vie dans cette histoire d^Angleterre , qu'il nous importe tant de bien savoir. M. de Bâtante se fait chroniqueur, à l'exemple de Froissart, et il réussit. M. Sismondi travaille avec une infatigable conscience pour les historiens à venir. M. Thierry a trouvé de vives et fortes théories que notre siècle a adoptées comme des vérités , tant elles lui ont paru véritables. Nous avons deux historiens de la révolution qui sont devenus également populaires. Tous deux écrivirent l'histoire de la Révolution française, qui est encore à écrire, qui sera encore à écrire longtemps, tant que vivront nos vieilles passions politiques, tant que nous serons dans cette incertitude fatale sur les hommes et sur les choses, c[ui nous inquiète et qui nous perd, tant qu'il restera à écrire des mémoires, après les
mémoires innombrables que nous avons déjà; Je ne crois pas que nous puissions nous attendre, nous, à lire une véritable histoire de la Révolution.
C'est à juste titre que M. de Chateaubriand a mis au nombre des historiens M. Béranger; Tempire guerrier, le soldat, la patrie et le patriotisme des camps respirent dans ses chansons.
Le cours de M. Saint-Marc de Girardin à la Sorbonne, le seul cours suivi de cette Sorbonne, si caduque depuis que M. Villemain et M. Guizot ne professent plus, a jeté déjà plus de lumière sur la vieille Allemagne et sur ses liaisons avec les peuples de TEurope qu'on n'eût pu en attendre du plus vieux professeur; aussi la réputation de M. Saint-Marc, comme historien et comme écrivain, est-elle déjà égale à toutes les célébrités.
Si M. Delatouche Peut voulu, il eût fait de l'histoire aussi. Sa préface et son livre sur les réactions napolitaines annoncent un maître. Il y a, dans ce livre si frivole en apparence , des portraits que ne désavouerait pas Tacite; mais M. Delatouche n'a pas voulu; l'imagination l'a emporté chez lui sur la science; homme heureux, il a préféré le repos au travail, il a préféré le bonheur à toute la gloire littéraire, et la gloire, capricieuse qu'elle est! lui est venue avec le bonheur.
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Il y a trois ans, paraissait une Histoire d'Angleterre, par M. Armand Carrel: c^était un^ravail énergique, un siyle de fer, une passion de Spartiate; on eût dit un sauvage qui écrivait Fhistoire. L'auteur voyait de haut et voyait bien. Depuis ce temps, il garda le silence. Il reparut aux journées de Juillet, pour défendre la presse attaquée, il faisait un journal d^opposition, en compagnie de deux hommes de talent, historiens comme lui. Quand ces hommes quittèrent le journal, M. Carrel les remplaça tout seul; personne ne s'aperçut, excepté le ministère, qu'il y avait au National deux hommes de moins.
La liste de nos historiens, chez M. de Chateaubriand, est plus longue que cela. En citant tous ces noms, M. de Chateaubriand devait avoir peur de trouver trop de bons historiens, malheureusement chose si rare qu'il faut prendre garde de prodiguer ce titre, surtout quand il est bien convenu qu'à la fin de cette liste la postérité reconnaissante, éclairée par tant de travaux, consolée et charmée par tant de génie, fière de son historien et de son poète, à la tête de tous ces noms honorés de la vieille et de la moderne histoire, écrira ce grand nom : Chateaubriand.