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oblige? — Et vous-mêmes, reprenait le boulevard, pourquoi donc n'étes-vous pas toujours nobles et dramatiquement posés à la David, comme votre dignité vous y contraint? » Et le public d'aller voir le mélodrame en vers.
Alors qu'arrive- 1- il ? La tourbe écrivante se réveille. « Bon ! disent-ils à leur tour, il y a concurrence; nous allons tous être Joués au Théâtre- Français; l'Académie et la province nous en sauront bon gré! » Et les mélodrames de pleuvoir! « Nous ne voulons plus de mélodrames, s'écriait l'aréopage boudeur; rendez-nous avant tout notre tragédie! » Disant ces mots, tombe à leurs pieds Pertinax, dernier produit de la lie dramatique de l'Empire, de laquelle se débarbouilla si longtemps M"e Duchesnois. « Rendez-nous le mélodrame ! s'écriait le Théâtre-Français après Pertinax ; Yite^ un mélodrame, par pitié ! » Et alors les faiseurs de rester fiers, de ne pas se présenter eux-mêmes, mais de faire parler sous main.
Sur ces entrefaites, M. de Chateaubriand fait briller de loin un petit côté d'une tragédie inédite. Un grand drame à la Shakespeare, et tellement que voilà la comédie toute en transe vers le noble pair. « De grâce, Monseigneur, soyez-nous en aide, donnez-nous Moïse; ne le donnez pas surtout à la Porte-Saint-Martin. — Vous ne l'aurez
ni les uns ni les autres^, par défense du public, répondait le noble pair. — Pourquoi donc nous avoir montré ce bel ouvrage?» reprenait Tart dramatique tout consterné.
Bientôt après, comme nous le disions plus haut, une rumeur soudaine se répand dans la ville. « Il est là, disent les uns; Je l'ai vu se percher làhaut, disent les autres; un oiseau du plus beau plumage, un phénix plus beau que Marino! un mélodrame en vers. » Et chacun de se mettre en quête, comme dans ce conte de Perrault où il s^agit d'un oiseau bleu. « Bel oiseau bleu! dit rOdéon. — Odéon, Odéon, tu ne me plais pas encore, reprend Toiseau; je ne sais pas encore si tu es digne de moi, toi et les tiens, tes juges avant et tes juges après. — Bel oiseau bleu! crie la Porte- Saint-Martin. — Ton Marino m'offusque, reprend Foiseau. — Bel oiseau bleu! murmure la Comédie-Française, en femme qui n'est pas habituée à faire les premières avances. — Tu es bien vieille, dit Toiseau; cependant je vais te raconter mon histoire. Retirez-vous, vous autres profanes, vous n'êtes pas dignes de l'entendre; je vous la conterai une autre fois, quand vous m'aurez bien prié. »
Et on ht silence; le manuscrit passa et fut écouté dans un silence exclamatif. Lecture faite, l'enthousiasme fut à son comble; on n'avait plus le droit
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d'être sévère. Un signe, un geste, un rien, et rOdéon était là, prêt à ouvrir ses portes, et la Porte-Saint-Martin tendait les bras pour recevoir Marion. La concurrence est une loi si formidable! Aussi fut-on transporté dans le comité; Tenchantement n'eut plus de bornes, et la pièce fut reçue à l'unanimité. La pièce reçue, on dit et Ton imprima qu'elle allait être jouée au Théâtre-Français, pour faire niche à la Porte-Saint-Martin et à rOdéon.
Ce qu'on raconte de la pièce, et on en raconte bien des choses dans des sens bien divers, tantôt comme d'un chef-d'œuvre au delà de Cromjpell, tantôt comme d'une ébauche à côté d''Amj'Robsart, je ne saurais vous le dire. Vous pouvez seulement juger du sujetpar le titre. Il s'agit de cette Marion Delorme, cette belle et jolie Marion qui ,. sous Louis XIII, passa longtemps pour l'amie et la confidente du grand cardinal.
Au reste, vous avez déjà vu Marion dans un des beaux livres de notre époque, une jeune et profonde création de M. Alfred de Vigny, entourée à la fois de la littérature naissante du XVII^ siècle et de la politique victorieuse du iriinistre-roi, personnage dramatique s'il en fut, dans Cinq-Mars,. tout taillé, tout préparé, tout vêtu, tout posé pour la scène, auquel il ne faut plus qu'un théâtre pour
aller droit son chemin. Là, sans doute, se trouve ridée première de M. Victor Hugo, arrangée à sa manière, avec des coups detliéâtre, un vers rompu et calqué sur celui de Molière, quelque fou lugubre comme ceux de Walter Scott; de la vérité dans Pameublement et le costume, et quatre heures de durée, plus long que le Mariage de Figaro. Voilà tout ce que nous pouvons dire sur la pièce du Théâtre-Français. Il'est impossible, d'après les antécédents de Fauteur, de rien prévoir pour le succès. M. Hugo est peu populaire. Ses ouvrages, beaucoup vantés, s'écoulent lentement; il est peut-être trop au-dessus de son siècle pour en être compris : cela est arrivé à de moins grands hommes ! Quant au Théâtre-Français, il s'est trop hâté de triompher, ce nous semble; le moment n'est pas venu de crier victoire ! Marion Delonne ne lui appartient pas encore; l'auteur ne Ta pas donnée, bien qu'ils se soient hâtés de la recevoir à l'unanimité ! Par une raffinerie de cruauté coquette et moqueuse, les rôles sont changés ; et ce n'est plus, cette fois, l'auteur qui a eu la peur de n'être pas reçu par le comité, ce sont les comédiens qui ont tremblé, et qui tremblent encore de n'être pas acceptés par l'auteur. Quelle chute depuis les Vêpres siciliennes ^1 quand leur dédain d'habitude reléguait dans les cartons le chef-d'œuvre