ÉLÉMENTS PRINCIPAUX EU CONTREPOINT
11 est impossible, sans l'étude du contrepoint, de composer d'une façon élégante et correcte. Les vieux scolastiques des quatorzième, quinzième et seizième siècles ne se servaient que de la forme du contrepoint dans leurs compositions religieuses, seul genre de musique usité à leur époque. Ils ne connaissaient pas la génération et la marche des accords, puisque l'harmonie est une science presque moderne ; ils procédaient seulement par consonances parfaites et imparfaites, ou par dissonances toujours préparées. C'est ce que l'on appelle le contrepoint rigoweuxMamtenant encore, dans nos écoles, dans nos conservatoires, les professeurs exigent, avec raison, l'emploi du contrepoint avec toutes ses rigueurs; mais ce n'est qu'une étude, une espèce de gymnastique de plume que l'on tempère par les lois de la tonalité moderne et dont le compositeur recueille, toute sa vie, les fruits précieux; car c'est la règle immuable de la bonne corrélation des sons, del'élégance dans le mouvement des parties et de la pureté du style.
Dans notre revue rapide des principales branches de l'art musical, il nous est impossible de traiter à fond le contrepoint sous toutes ses formes ; nous allons seulement esquisser un aperçu de ses principales règles.
Intervalles employés dans le contrepoint. — Il a été dit, aux chapitres concernant l'harmonie, que les consonances parfaites sont la quinte juste et Voctave, et que les consonances imparfaites sont la tierce et la sixte.
Les anciens contrapontistes admettaient sans préparation l'emploi de toutes ces consonances ; quant aux dissonances : la seconde et la septième, elles devaient être préparées, à moins qu'elles ne fussent considérées comme notes de passage. — La quarte suivait la même loi.
D'abord, il faut savoir que le contrepoint, conformément aux anciennes compositions de plain-chant, n'est écrit que pour les voix : premier et second dessus (soprano et contralto), ténor et basse.
Cette étude habitue l'élève à bien écrire pour les voix. A cet effet, on doit employer les clefs ordinaires : clef de sol ou clef d'ut première ligne^o\.\v\e soprano ; clef d'z<f troisième ligne pour le contralto ; clef d'ut quatrième ligne pour le ténor et clef de fa pour la basse.
Différentes espèces de contrepoints. — Il y a plusieurs espèces de contrepoints : 1° note pour note; 2° deux notes pour une ; 3° quatj^e notes pour une; h° la syncope ; 5' le contrepoint fleuri, qui est la synthèse des quatre premiers contrepoints.
Chant donné. — Il est d'usage, dans ce genre de composition, de prendre une phrase quelconque, dont les notes sont ordinairement d'une grande valeur (des rondes presque toujours). On appelle cette phrase le chant donné, et, sur ce chant donné, l'on construit son travail de contrepoint. C'est un souvenir de l'habitude qu'avaient les vieux contrapontistes de prendre un refrain populaire comme thème de leurs improvisations, et cela sur l'orgue et même à l'église. La chanson de l'Homme armé, jouée à l'office divin, est restée célèbre comme exemple de cette étrange coutume.
Pour s'habituer à « faire du contrepoint » , on commence à l'écrire à deux parties ; puis on arrive à écrire trois, quatre, six, sept et même huit parties.
Les règles que nous donnerons pour le contrepoint à deux parties s'appliquent à tous les autres contrepoints.
1° Contrepoint note pour note.— On ne doit employer, nous l'avons dit, que les consonances parfaites et imparfaites ; mais il faut éviter, avant tout, le mouvement direct pour les consonances parfaites. Ce mouvement amènerait infailliblement des quintes ou des octaves de suite (voir Harynonie, p. 116). La seule exception que cette règle puisse subir, c'est quand l'une des parties procède par demi-ton. L'unisson et l'octave sont prohibés, par la simple raison qu'avec eux il n'y a pas d'intervalles, par conséquent pas d'harmonie (dans le sens abstrait). Il faut éviter
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aussi, dans la disposition de chaque partie, la symétrie périodique qui constituerait des marches harmoniques. Les tierces et les sixtes sont les intervalles les plus fréquemment employés, et c'est le moyen le plus sûr d'éviter les fautes et d'avoir un contrepoint agréable à l'oreille. Quand on écrit à plus de deux parties, on doit forcément employer la quinte ; mais on ne la double que le plus rarement possible.
Nous avons pris la gamme comme chant donnée pour que l'explication soit plus saisissante.
Chant donné;
Chant donné.
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2° Deux notes pour une.— Dans celte espèce de contrepoint, deux blanches pour une 7'onde, on doit suivre les mêmes règles que pour la première espèce, et surtout éviter les dissonances au temps fort de la mesure. On peut les employer au temps faible et par mouvement conjoint.
Chant donne.
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Chant donné.
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3° Quatre notes pour une. — Ici on peut employer quelques dissonances en ayant soin de les encadrer dans des consonances
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et de ne jamais employer le mouvement disjoint. La wo^e de passage est donc permise, mais seulement sur les temps faibles et par degrés conjoints.
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