DE LINSECTE PARFAIT
Enfin l'insecte, par une dernière transformation, est passé de Tétat de nymphe à l'état parfait, Fig. 17, e; c'est-àdire, à cette dernière période de son existence, où il n'aura plus de changements à subir, et où, pourvu d'ailes et muni d'organes reproducteurs, les deux sexes pourront voler à la rencontre l'un de l'autre et assurer la reproduction de leur espèce. Ce dernier acte semble même être le terme de la vie de l'insecte, si tant est qu'il n'y survit pas ordinairement. Le mâle, dans la plupart des espèces, meurt peu de temps après l'aceonplcment, et la femelle aussitôt qu'elle a déposé ses œufs dans un lieu où les jeunes larves qui en naîtront pourront trouver de suite nourriture et protection. jS 'est-ce pas le cas de dire que si l'amour donne des ailes à Tinsccte, -c'est l'amour aussi qui lui ouvre son tombeau ? Oui ! ces formes gracieuses que l'insecte déploie alors, ces couleurs si vives où se reflète souvent l'éclat des plus brillants métaux, ne semblent destinées, avec cette apparente surabondance de vie, qu'à voiler la mort, qui doit presque immédiatement suivre l'union des deux sexes.
Le but de la nature est sans doute, avant toute chose, la propagation de l'espèce; T/iais comme son auteur n'a rien fait que pour le service de Thomme ou son instruction, il semble qu'il ait voulu lui faire comprendre, n.ême par rcxcujple des insectes, le prix de cette belle vertu que nous nommons la virginité, et qui d'après St. xVugustin, rend les hommes semblables aux an<j:os. En
effet, clans presque toute la série entomologique, les vierges seules ont le priviléiïo de survivre aux froids rigoureux des hivers de nos climats. Si la virginité peut assurer l'immortalité aux êtres raisonnables, chez l'insecte mcMiie elle est encore récompensée par un prolongement de vie.
L'état parfîiit, comme l'indique d'ailleurs le mot même, fait comprendre que l'insecte, à cette dernière période, n'a plus rien à acquérir. Plus de métamorphoses, plus de mues, plus d'accroissement ; tel l'insecte s'est montré au sortir de son état de nymphe, tel il persévérera tout le temps qu'il lui reste à vivre. Son éclosion à l'état parfait est une naissance à l'état adulte. Qu'il prenne de la nourriture en abondance ou qu'il s'en abstienne entièrement, il n'y aura plus pour lui ni croissance, ni développement.
L'acte de la réproduction semble être l'unique fin du passage de l'insecte à l'état parfait, puisque plusieurs d'entre eux, à ce dernier état, comme les Bombvx. les Ephémères, etc., sont dépourvus de bouche, et ne peuvei.t par conséquent prendre aucune nourriture.
Si l'instinct de conservation s'est développé d'une manière merveilleuse dans un grand nombre de larves, soit dans les moyens de se garantir de leurs enneiuis ou de s'assurer leurs proies, c'est surtout à l'état parfait que cet instinct se montre encore plus étonnant, particulièrement quant à ce qui se rapporte à la maternité. Ainsi tout cet attirail d'instruments dont on voit souvent les insectes pourvus, tels que tarrièrcs, pinces, lancos, pointes, crochets pelles, etc., qu'on croirait être de formidables instruments de guerre, ne sont d'ordin liro que des outils d'o ivriers, destinés le plus souvent à seconder la m iteruité dans la poursuite de son but.
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L'insecte est parfois guerrier, mais ce n'est pour ainsi dire qu'accidentellement, dans le cas d'une léu:i(ime défense ; car il est avant tout essentiellement travailleur. L'auteur de la nature a destiné l'insecte à un travail de purification, en l'employant à limiter à une juste proportion la multiplication de certaines espèces de la création, et à faire disparaître les débris de la mort que la succession des êtres no cesse d'accumuler; et jour et nuit, et partout et toujours, l'insecte poursuit son œuvre. Dans l'air, dans l'eau, sous terre, jusque dans le corps même des animaux vivants, nous trouvons l'insecte travaillant à maintenir ou à rétablir cette harmonie, ce juste équilibre du nombre qui doit se trouver entre tous les êtres, et que l'homnie, pour son malheur, trop souvent, ne sait pas assez respecter. C'est ainsi que les Silphes, les Nécrophores, les Dermestes, etc., font en peu de temps disparaître les chairs en putréf iction qui vicieraient l'air que nous respirons; les chenilles dévoreraient en peu de temps nos moissons tout entières, si elle ne rencontraient les Ichneumons qui déposent leurs œuf::^, dans le corps des chenilles Uiêmes, pour que les larves qui en écloront puissent s'en nourrir; les Pucerons, dont un seul couple peut produire jusqu'à trente millions d'individus dans une seule saison, auraient bientôt fait périr toute vé<z;étation, s'ils ne rencontraient les larves des Coccinelles, des Chrysopcs et autres qui s'en nourrissent presque exclusivement. Et si les Altises détruisent souvent nos chnnis de navets, les Criquets nos céréales, ctc , n'est-ce pas parce qu'offrant à ces insectes, par une succession de récoltes dans le neme champ, la plante qui leur convient p trticulièrement, nous avons ainsi favorisé leur dévilop peinent outre mesure? Aveugles (|ue nojs sommes,
nous accusons souvent la Proviilenee dans nos désastres, et c'est nous qui en posons la cause, en ne respectant pas les lois de cette sagesse infinie, en troublant l'harmonie qui préside aux rapports des diverses créatures entre elles.
La durée de la vie de l'insecte à l'état parfait est très variable, suivant les espèces. D'ordinaire elle ne se prolonn^e pas au delà d'une saison ; cependant les Abeilles, les Fourmis, et les vierges des deux sexes dans la plupart des genres, font exception à cette règle. Chez les animaux supérieurs la durée de la vie. est en raison directe de celle de la croissance, mais il n'y a rien de tel pour l'insecte parfait ; il est né adulte, il mourra de même sans décrépitude. La propagation de l'espèce semblant être le seul acte qui le retienne à la vie dans cet état, sa mort sera d'ordinaire plus ou moins retardée ou rapprochée, suivant que cet acte pourra plus tôt ou plus tard être accompli.
Nul rapport non plus de la durée d'existence à l'état
parfait, avec celle des autres états qui ont précédé. Ainsi notre Hanneton qui demeure de 3 à 4 ans à l'état de larve, meurt huit ou dix jours après sa transformation ; les Ephémères, dont les larves mettent deux ans à se développer, ne vivent que quelques heures ; tandis que la Mouche de nos maisons qui passera à l'état parfait après trois ou quatre jours, pourra survivre pendant autant de semaines, etc., etc.
Si la différence de conformation entre la larve et l'insecte parfait est si grande que, sans l'évidence du fait, nous serions parfois portés à nier l'identité du même être dans ces deux états, le genre de vie, le plus souvent, ne se caractérise pas non plus par des différences moins
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sensibles, des oppositions moins tranchées. Ainsi la lourde chenille qui ne savait que ronger les feuilles, ne pourra plus se nourrir, étant papillon, que du suc le plus pur des fleurs; notre mouche commune qui à J'état de larve trouvait sa nourriture dans les fumiers, ne recherchera plus que le jus de nos aliments les plus savoureux, etc., etc. Un certain nombre retiennent à l'état parfait leurs mêmes habitudes qu'à l'état de larves, mais pour les exercer sur un champ ou des objets tout différents. Ainsi nos Libellules, après avoir fait la chasse aux insectes aquatiques, lorsque à l'état de larves elles vivaient dans l'eau, poursuivront leurs habitudes guerrières à l'état ailé, sur des insectes aériens ; les Cantharid?s qui rongent les racines des plantes à l'état de larves i oe s'attaqueront plus qu'aux feuilles à l'état parfait ; grand nombre de Longicornes dont les larves vivent dans les troncs d'arbres, continueront d'en ronger les écorces à l'état ailé etc., etc.
Cependant, pour les insectes à métamorphoses incomplètes, il paraît en être tout autrement. Comme leur p:issage par les différents états ne se distingue que par l'accroissement et la prise des ailes, ces insectes conserveront leur même genre de vie durant toute la durée de leur existence. Ainsi les Criquets, les Grillons, les Sauterelles, les Punaises, etc., qui se sont mis à ronger ou à sucer les plantes du moment qu'ils sont sortis de l'œuf, poursuivront encore leurs déprédations à l'état ailé. Certains Coléoptères se rapprochent aussi de ces derniers sous ce rapport, avec citte différence toutefois, qu'à l'état de nymphe ils demeurent immobiles, tandis que les insectes à métamorphoses incomplètes ne con-
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nnissent pas h sommeil de la nymphe. Ainsi les Gicindèles, les IVryrmiléons qui à l'état de larves guettaient, tapis dans leurs trous, les insectes dont ils faisaient leurs proies, les poursuivront avec encore plus d'avantage lorsqu'ils seront pourvus d'ailes ; les Clirysoraèlcs, les Galéruques qui à l'état de larves rongeaient les feuilles, continueront de môme à s'en nourrir à l'état ailé, etc., etc.