‹ Petite flore latineChapitre 3 sur 254 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

ans sur -les bancs du collège, sous prétexte d'études. En est-il beaucoup en etfet qui, quelques années après avoir relégué leur diplôme de bachelier au fond de leur secrétaire, pourraient dire de quel auteur est extraite telle ou telle locution, en donner la traduction exacte faute de se rappeler ce qui précède ou ce qui suit, et s'en souvenir à propos pour l'appliquer avec justesse? Hélas! nous l'avons tous su, plus ou moins, le latin, hier ou avant-hier; tous nous avons sucé quelques gouttes à cette mamelle féconde, et notre lèvre est encore imprégnée de ce lait généreux. Mais depuis hier le temps a marché — il marche si vite ! — et nous avons tout oublié, ou peu s'en faut. Cependant, étrange puissance des souvenirs, de la beauté d'une langue, tout le inonde parle latin aujourd'hui, tout le monde en a besoin, depuis l'enfant qui bégaye son Pater jusqu'à l'avocat qui feuillette Jcstinien, jusqu'au général qui commente César. Nos musées sont pleins de latin, nos bibliothèques en regorgent, nos n.onuments en sont couverts ; nos poètes, nos historiens, nos romanciers, nos publicistes, nos conteurs de nouvelles, nos agréables de salons, tout ce monde parle latin, tant bien que mal, à ses heures- tout ce monde cite Virgile, Horace, César, même Salomon, même l'Évangile ; et ces locutions : Horresco referens, Est modus in rébus, Àlea jacta est, Vanitas vcmitafum, Beati pauperes spiritu, sont aussi usitées que le plus connu de nos proverbes.

Eh! dira-t-on, pourquoi citer à tout propos? Ne pourrait-on penser et s'exprimer que par l'entremise de Gicéron et d'Homère?

Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?

Et si je veux dire que les jours s'écoulent rapidement, ne le puis-je sans m'écrier : Eheu! fugaces lo.hv.ntur annil — C'était déjà l'opinion de La Bruyère: « Hérille, soit qu'il parle, qu'il écrive, qu'il harangue, veut citer; il fait dire au prince des philosophes que le vin enivre, st à l'orateur romain que l'eau le tempère... » C'était également l'opinion de Ninon de Lenclos, dont l'esprit moqueur laissait rarement passer l'occasion de s'égayer aux frais des beaux-esprits de son temps. Un jour Mignard était chez elle et

Vlll PREFACE

se plaignait du peu de mémoire que la nature avait départi à sa fille, celle qui fut plus tard la marquise de Feuquières. « Eh ! tant mieux ! sécria Ninon, promenant un regard doucement railleur sur le groupe de pédants qui encombraient sa chambre, tant mieux! encore une fois; eUe ne citera point! »

Mais ces autorités, il est facile de s'en convaincre, nont incriminé que Tabus de la chose; les citations, faites dans une bonne et juste mesure, ont eu et auront toujours un grand attrait pour les e.sprits délicats et érudits, même sans le moindre pédantisme. Il faut toutefois qu'elles se présentent naturellement, qu'elles jaillissent sans effort et fassent si bien corps avec la phrase, qu'on ne puisse les en détacher sans en détruire l'harmonie. Dans ces conditions, la citation a le charme d'une mouche sur un joli visage, d'une fleur dans une belle chevelure : elle donne du piquant, de la tournure et même de l'originalité. Voilà pourquoi nous avons voulu que les élèves de nos Écoles primaires pussent comprendre les citations et en faire eux-mêmes au besoin ; voilà pourquoi, encore une fois, nous avons composé cet ouvrage, que nous dédions spécialement aux Ecoles primaires, aux Écoles professionnelles, aux Écoles normales, et, surtout, à nos Pensionnats de demoiselles. "^

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