‹ Petite histoire de GeneveChapitre 4 sur 26 · CHAPITRE I^'^ GENÈVE JUSQU'A LA FIN DU XV»« SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I^'^ GENÈVE JUSQU'A LA FIN DU XV»« SIÈCLE

PREMIÈRE LEÇON Genève jusqu'en lOîiîJ

On ne sait rien de précis sur rexistence de Genève avant l'arrivée de César en Gaule (58 ans avant J.-C). A cette époque, elle était un lieu retranché, avec un pont sur le Rhône, reliant le pays des Allobroges à THelvétie. Elle n'occupait probablement que le haut de la colline où se trouve aujourd'hui la cathédrale de Saint-Pierre.

Conquise par les Romains, elle se développa

et acquit une assez grande importance par son

commerce ; elle est quelquefois désignée, par les

. auteurs du temps,, sous le nom de Marché des

Allobroges (Emporium Allohroguni).

Elle lit partie de l'empire romain pendant plus de cinq cents ans. Vers la fin du IV"™^ siècle, elle se convertit au christianisme et devint le siège d'un évêché.

Au Y'"*^ siècle, elle tomba au pouvoir des Burgondes (ou Bourguignons), peuple originaire du nord de la Germanie, qui avaient envahi la Gaule et vaincu les Romains. Genève fut la résidence de quelques-uns de leurs rois, entre autres de Gondehaud.

Lorsque l'immense empire de Charlemagne eut été démembré, Genève devint une des principales villes du second Royaume de Bourgogne (888), dont Rodolphe l"'' fut le premier roi. Ce royaume subsista pendant un siècle et demi ; l'histoire de notre ville, pendant cette période, est mal connue.

A la mort de Rodolphe III, en 1032, qui, de son vivant, avait désigné l'empereur d'Allemagne comme son successeur, ce dernier, nommé Conrad le Salique, vint, avec une armée, prendre possession de ses nouveaux Etats. Il vainquit les seigneurs qui voulurent s'y opposer, et se fit couronner roi de Bourt»02:ne, à Genève, en 1033.

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1er Récit. Genève allobroge et romaine.

L'origine de Genève est inconnue. Toutefois on est autorisé à penser que sa fondation remonte à quelques centaines d'années avant Jésus-Christ.

Jules César, écrivain aussi distingué qu'habile général, est le premier auteur qui fasse mention de notre ville : « Genève, dit-il, est la dernière ville {opindiim) des Allobroges et la plus rapprochée du pays des Helvètes. Un pont la réunit au pays des Helvètes. »

Ainsi, 58 ans avant notre ère, au début de la guerre contre les Helvètes, Genève était une bourgade fortifiée (oppidtim) des Allobroges, peuple gaulois, qui avait été soumis une première fois par les Romains, 120 ans avant J.-C, et définitivement, après une révolte, 62 ans avant J.-C.

La position de Genève, frontière des Helvètes et de la Province romaine, en faisait un point stratégique de véi-itable importance; aussi était-elle fortifiée, comme l'indique César.

Les Romains, habiles colonisateurs, construisirent de belles routes et encouragèrent beaucoup le commerce. Genève devint florissante par ses foires et ses marchés. Tout porte à croire que la ville se trouvait entièrement sur la rive gauche du Rhône sans trop se rapprocher du fleuve, par crainte des brigands qui infestaient les bords des lacs et des rivières.

Un temple consacré à Apollon s'élevait sur l'emplacement occupé depuis par l'église de Saint-Pierre. Un autre temple, dédié à Jupiter, à Mars et à Mercure, était situé sur les Tranchées, non loin de l'église russe actuelle.

L'histoire ne nous a transmis que peu de chose sur ces temps reculés. Nous savons seulement que Genève fut d'abord gouvernée comme les auti'es mnnicipes ro-

mains ; elle jouissait du droit d'élire des magistrats, nommés les dimmvirs, qui s'occupaient du domaine public et des cultes, et des sextumvirs, qui administi-aient la justice; plus tard, sous les empereurs, elle devint une station militaire, une cité (civitas) romaine. Elle est mentionnée (vers l'an 400) au nombre des cités de la province viennoise, avec le titre de civitas Genevensium (cité des Genevois).

Elle embrassa le christianisme vers la fin du IV'"*" siècle, grâce aux efforts des évêques de Vienne en Dauphiné, et devint le siège d'un grand évêché, dont le premier titulaire fut, croit-on, Diogène, qui vivait vers l'an 400.

2rae Récit. Genève pendant les invasions des barbares.

Au commencement du V""' siècle, de grandes masses de Vandales, de Bourguignons et d'autres peuples germaniques se précipitèrent sur la France actuelle et la Suisse occidentale. Les Romains leur opposèrent leurs meilleures troupes et leurs plus habiles généraux. Mais vaincus, ils durent abandonner la Gaule et se replier sur l'Italie. Les vainqueurs s'établirent dans les pays conquis et y fondèrent des royaumes, dont quelques-uns furent très florissants. Genève devint l'une des capitales du royaume des Burgondes (ou Bourguignons). C/iilpétic, un de leurs rois, fixa sa résidence dans notre ville. Gondebaud, son frère et successeur, avait son château au Bourg-de- Four.

Clovis, le fameux roi des Francs, fit la guerre à Gondebaud et ravagea ses Etats. Genève ne fut pas épargnée, et l'une des églises fut incendiée. Mais, bientôt après, la paix fut faite, et Gondebaud, devenu paisible possesseur de son royaume, fit réparer la ville. Il fit plus : il donna à son peuple des lois sages et impartiales, appelées « lois

gombettes », dont on admire encore aujourd'hui plusieurs articles.

Plus tard, la belliqueuse nation des Francs, fixée dans le nord de la Gaule, après avoir fait avec succès la guerre à tous ses voisins, attaqua les Burgondes pour la seconde fois et s'empara de leur pays (vers 540).

Enfin, en 751. les Rois fainéants, successeurs dégénérés de Clovis. furent détrônés par Pépin le Bref, qui fonda la dynastie des Carolingiens. Son fils Çharlemagne fut le plus puissant monarque du moyen âge. Il possédait un immense empire qui s'étendait du nord de l'Espagne à la Hongrie,^et laissa à ses successeurs un lourd héritage.

3me Récit. Chute du Tauredunum^

« Cette année (lan 563), la haute montagne du Tanrediinum, située sur le territoire du Valais, s'écroula si subitement qu'elle engloutit le château et les villages dont elle était voisine, avec tous les habitants. Le lac, dans une longueur de soixante milles et une largeur de vingt, éprouva une secousse si violente par cet écroulement, qu'il se répandit sur les deux bords; une vague énorme dévasta plusieurs villages qui subsistaient de toute ancienneté, et n'épargna, dans son débordement, ni hommes, ni troupeaux. Elle détruisit môme plusieurs édifices consacrés à la religion, avec ceux qui les desservaient; le pont et les moulins de Genève furent emportés avec les hommes qui s'y ti'ouvaient. Enfin elle pénétra dans la ville et y fit périr un grand nombre de personnes. »

(Traduit de la Chronique de Marius, évêque de Lausanne et d'Avenches).

^ Montagne du Bouveret.

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« La montagne du Taiireclunuin fit, pendant plus de 60 jours, entendre une espèce de bruit intérieur, semblable à des mugissements; entin elle se brisa, en se séparant d'une montagne voisine, et se précipita dans le tleuve (Rhône) avec les hommes, les églises, les richesses et les maisons qu'elle portait. L eau (du Rhônej, arrêtée par cette chute, retourna en arrière, parce que cet endroit était enfermé de tous côtés par des montagnes, au milieu desquelles le fleuve coulait. L'eau couvrit donc et détruisit tous les pays au-dessus de ses rives. Ensuite, s'étant accumulée et ayant trouvé une issue, elle causa de grands ravages sur sa route. En effet, comme on n'était pas pré paré à cette inondation, elle lit périr les hommes et le bétail; elle renversa les maisons, et la vague s'étendit sur les deux rives du lac, en dévastant et entraînant tout ce qu'elle rencontrait, jusqu'à la ville de Genève. L'eau s'accumula à une si grande hauteur, qu'elle entra dans la ville par-dessus les murailles, au dire de plusieurs personnes. Le fait est aisé à comprendre, puisque le Rhône, dans ces parages, coule dans des défilés de montagnes, en sorte que, sa route directe ayant été fermée, il n'en trouva point à droite ou à gauche. Mais quand il fut parvenu à l'ompre la montagne écroulée, il détruisit tout par la violence de son cours.

(Chronique de Grégoire de Tours).

N. B. — On ne peut douter que la montagne du Tauredunum n'ait été placée près du Bouveret, à l'extrémité du lac, plus exactement à Saint-Maurice. Le nom'de Bouveret est une espèce de traduction de celui de Tauredunum, car les Latins confondaient souvent les mots bovem (bœuf) et taurum (taureau).

Grégoire de Tours fait encore mention des truites du lac de Genève, et dit qu'on en trouvait qui pesaient cent livres. Ce poids, qui paraît au premiei- moment exagéré.

pourrait bien ne pas l'être; car la livre romaine, dont parle Grégoire, ne valait guère que les deux tiers de la livre suisse actuelle. On pêche encore de nos jours des truites de vingt-cinq à trente kilogrammes.

4me Récit. De la féodalité. Genève sous le second royaume de Bourgogne.

Nous avons dit que les Barbares germains s'étaient emparés de la Gaule, de l'Helvétie et d'autres pays appartenant aux Romains. Les chefs, pour récompenser les officiers qui leur avaient rendu les services les plus signalés, leur distribuèrent des provinces, à condition que ceux-ci leur rendraient hommage, ou, comme on disait alors, qu'ils seraient leurs hommes, c'est-à-dire qu'ils les reconnaîtraient comme leurs souverains ou suzerains, leur fourniraient les troupes, et leur laisseraient les droits de haute justice et ceux de lever certains impôts, de battre monnaie, etc., attributs du souverain.

Ces officiers supérieurs, ou grands vassaux}, n'étaient pas nombreux. Ne pouvant gouverner eux-mêmes la totalité de leurs immenses domaines, ils en cédèrent une partie, sous des conditions analogues, à des vassaux ou sousvassaux; ceux-ci en usèrent de même avec les arrièrevassaux, etc. Le peuple était esclave. C'étaient les vilains-, ou manants^, ou serfs', attachés à la glèbe, c'est-à-dire appartenant à la terre, au même titre que les arbres et les maisons. Lorsqu'une terre changeait de maître, les

• Vassal, du bas-latin vas.su6\ serviteur, personne attachée au service du roi.

- Du latin villanus, habitant la campagne.

' Du latin nianens, qui demeure, qui reste (attaché au sol).

* Du latin servus, esclave.

serfs qui Fhabitaient devenaient la propriété du nouveau possesseur.

Au X""^ siècle, il n'y avait guère en Europe que des villages habités par des paysans. Mais quelques-uns de ces villages grandirent et finirent par devenir des villes. Pour se défendre, les habitants entouraient celles-ci de murailles et de tours. Ces places ainsi fortifiées prenaient le nom de bourgs^, et les habitants étaient des bourgeois.

Comme les paysans, les bourgeois furent d'abord soumis à des seigneurs. Mais s'étant enrichis comme artisans ou marchands, ils achetèrent aux seigneurs le droit de se gouverner eux-mêmes. C'est ainsi que nombre de villes devinrent des communes, et leurs habitants, des hommes libres.

C'est là ce qu'on appelle le système féodal, parce que la féauté ou fidélité au suzerain en est la base. Celui qui manquait à cette fidélité, le felon^, était déchu de tous ses droits. Le seigneur, de son côté, devait à son vassal aide et bonne justice. — On donnait le nom de flef^snix terres qui dépendaient d'un seigneur, et celui d'alleus'^ à celles qui ne relevaient que du suzerain.

Le système féodal subit, avec le temps, de nombreuses modifications. Ainsi, dans l'origine, le chef militaire qui offrait un fief à un vassal ne faisait que le \m prêter: il pouvait le lui retirer, selon son bon plaisir. Ensuite les seigneurs désirant laisser leurs droits à leurs enfants, l'hérédité des fiefs s'introduisit peu à peu.

Quelques années après la mort du puissant empereur Charlemagne, son immense empire se brisa en plusieurs

' Du bas-latin burgiis, lieu retranché.

- Du bas- latin felo, traître, rebelle.

' Du bas -latin feudum ou feodum, biens, richesses.

* Du, bas-latin allodium, bien exempté de droits.

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morceaux ; aucun de ses successeurs n'avait eu son génie, ni son énergie. Chacun de ces débris fut cependant assez grand pour former un royaume. C'est ainsi que furent formés les royaumes de France, de Germanie, de Lotharingie (Lorraine). d'Ar/es, etc., de même que le second royaume de Bourgogne, dont Genève fut une des principales villes.

Presque partout les grands vassaux, qui avaient gouverné le pays au nom de Fempereur, s'emparèrent du pouvoir, et se firent nommer rois.

lîodolphe Y\ gouverneur de la Bourgogne trausjurane, s'empara du trône et se tit couronner roi dans l'abbaye de Saint-Maurice, en Valais.

L'histoire de Genève, pendant le règne de Rodolphe et de ses successeurs, est mal connue. On sait que les Sarrasins, les Normands, les Hongrois promenaient sur l'Europe leurs hordes sauvages. La vallée du Léman fut ravagée. On croyait à la fin du monde, car on approchait de l'an 1000.

En 1032, Conrad le Salique, empereur d'Allemagne, mit fin au second royaume de Bourgogne. Le dernier roi, Rodolphe III, n'ayant pas eu d'enfants, avait désigné Tempereur d'Allemagne, son neveu, comme héritier et successeur. Celui-ci vint avec une armée et prit possession de ses nouveaux Etats. Ils força les habitants à le reconnaître comme suzerain, et se fit couronner roi de Bourgogne, à Payerne, et plus tard à Genève, dans la cathédrale de Saint-Piei-re, alors inachevée. A cette occasion, il la tit agrandir et embellir. Les travaux de construction durèrent longtemps encore. Ce ne fut guère que vers le milieu du Xlil""' siècle qu'elle fut terminée.

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