‹ Petite histoire de ParisChapitre 17 sur 131 · Avènement «le Clim*Ie« VI ; révoltes · texte numérisé non relu

Avènement «le Clim*Ie« VI ; révoltes

L'avènement de Charles VI avait été accueilli avec enthousiasme, et lorsque le jeune roi fit, au mois de novembre 1380, son entrée dans la capitale, on lui lit fête;

Mais les impôts n'avaient pas diminué, le peuple de Paris murmurait d'être constamment pressuré alors que les riches, les nobles et le clergé, étaient exempts de toute contribution. Ce fut d'abord aux Juifs qu'il s'en prit. Ils habitaient, dans la Cité, un quartier dont la principale artère était la rue de la Juiverie. C'est là que la populace alla les attaquer,

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moins par haine de leur race que par envie de leur argent. Beaucoup de ces malheureux furent tués en défendant leurs maisons et leurs hiens.

59. Les Malllotiiis. — Le pillage des maisons des Juifs à Paris ne fut que le prélude de désordres plus grands. En dépit des promesses de Charles VI, ou plutôt de ses oncles, car le roi n'avait alors que douze ans, les impôts écrasaient de plus en plus les Parisiens. De nouveau ils se révoltèrent.

L'insurrection éclata le 1er mars 1382, aux Halles. où un percepteur fut massacré au moment où il voulait lever une taxe. La multitude, courant aussitôt à la Bastille et à l'Hôtel de Ville, s'empara des maillets de fer dont Hugues Auhriot avait autrefois fait provision pour armer la milice bourgeoise : d'où le nom de Maillotins donné aux insurgés. Auhriot fut délivré de sa prison et mis à la tête de la révolte; mais, redoutant les périlleuses conséquences de cet honneur, il disparut dès la nuit suivante, trop heureux d'être affranchi d'une détention qui devait être perpétuelle.

Beaucoup des fermiers de l'impôt furent tuésT leurs caisses pillées et les prisonniers pour dettes rendus à la liherté. Pendant quelques jours, le peuple devint maître absolu de la capitale.

60. Charles VI rentre à. Paris. — Cette victoire ne fut pas de longue durée. Charles VI revint de Flandre, où il venait de détruire l'armée des bourgeois de Gand ; il entra dans Paris par une brèche, comme dans une ville prise. De nombreuses exécutions frappèrent les coupables et même des innocents : du nombre de ces derniers était un avocat général de Charles V, nommé Jean Desmarets. Il fut condamné à avoir la tête tranchée.

Au moment d'être frappé, on lui dit de demander merci (pardon) au roi ; mais le vieillard s'écria d'une voix ferme : <( Je n'ai que faire de demander merci au Roy, mais à Dieu seul le veux-je crier, car si le roy avait eu âge et connoissance d'homme, il ne se fust mie rendu coupable de tel jugement envers moi ».

61. Paris perd ses franchises municipales* — En outre, le roi frappa les Parisiens de fortes amendes et imposa à la ville un régime administratif, le plus dur qu'elle eût jamais connu. Le prévôt des marchands ne fut plus quun officier du roi, choisi par lui, et investi d'attributions fort peu importantes ; on supprima les magistrats subalternes qui commandaient la milice bourgeoise, fractionnée par quartiers, et qui s'appelaient quarteniers, cinquanteniers, dizainiers ; les corporations perdirent le privilège d'élire leurs maîtres et leurs prud'hommes; les chaînes que, le soir, on tendait au travers des rues et qui favorisaient si bien la résistance, furent enlevées et les bourgeois désarmés.

62. Entrée d'Isaneati de Bavière. — Quelques années plus tard, Charles VI ayant épousé Isabeau de Bavière, celle-ci fit son entrée à Paris au milieu de fêtes splendides.

Les Bénédictins qui, au dix-septième siècle, ont écrit une volumineuse histoire de Paris, Félibien^et Lobineau1, décrivent cette entrée qui eut lieu le 22 avril 1389 et en racontent les merveilles d'après les chroniqueurs contemporains. Toutes les rues étaient tendues de tapisseries ; la rue Saint-Denis notamment était décorée de draps de soie. Un grand nombre de fontaines laissaient couler du vin, du lait et d'autres liqueurs délicieuses; il y avait des théâtres élevés en plein air, où se faisaient entendre des

1. C'étaient des religieux de l'abbaye Saint-Germain-des-Près ; leurs noms ont été donnés à deux, rues voisines du marché Saint-Germain.

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airs de musique et où Ton applaudissait des représentations de mystères (les pièces de théâtre de cette époque). « Le spectacle le plus surprenant qu'il y eut à rentrée de la reine fut l'action d'un homme qui, se laissant couler sur une corde tendue depuis le haut des tours de Notre- Dame jusqu'à l'un des ponts par où la reine passoit, entra par une fente de taffetas dont le pont estoit couvert, mit une couronne sur la teste de la reine et ressortit par le mesme endroit comme s'il s'en fust retourné au ciel.

63. Folie du roi; assassinat du duc d'Orléans. — En 1392, le, roi Charles VI devint fou et la France fut livrée aux dissensions des grands seigneurs, qui voulaient profiter de cette folie pour accaparer le pouvoir. La rivalité de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et de Louis, duc d'Orléans, oncle du roi, eut son dénoùment à Paris. Le 23 novembre 1407, vers huit heures du soir, le duc d'Orléans soupait avec, la reine dans un manoir de la rue Vieille-dujTemple, au coin de la rue Barbette, lorsqu'on vint l'avertir que le roi l'appelait. Il sortit aussitôt, suivi de deux écuyers : à peine avait-il fait quelques pas que des hommes armés se précipitèrent sur lui et le massacrèrent.

Le cadavre de la victime fut transporté dans l'église voisine du couvent des Blaa££r.Manteaux',et de là au couvent des Célestins, que le duc avait beaucoup contribué à enrichir. Quant au duc de Bourgogne, il était trop puissant pour être poursuivi; un religieux cordelier, nommé Jean Petit, se chargea de prêcher sa justification devant le roi et d'expliquer les raisons d'État qui avaient pu pousser son maître à ce crime.

1. Le couvent a été supprimé par la Révolution; mais son église, reconstruite au dix-septième siècle, existe encore. C'est la paroisse du quartier Sainte-Croix de la BretonnerieT"""

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