PARIS SOUS LES BOURBONS. — HENRI IV, LOUIS XIII
Sommaire. — Mémento historique. — Siège de Paris par Henri IV. — Entrée de Henri IV à Paris. — Place des Vosges. — Fondations religieuses. — Hôpitaux de la Charité et de Saint-Louis. — Assassinat de Henri IV. — Paris sous Louis MIL — Nouvelle enceinte de Paris. — Paris, siège d'un archevêché. — Fondation de couvents, d'églises <-t de palais. — L'aqueduc d'Arcueil reconstruit. — Le Jardin des Plantes. — L'Ile Saint-Louis. — L'hôtel de Rambouillet. — L'Académie Française.
90. Mémento historique. — La race des Valois s'éteignant avec Henri III, la couronne revenait de droit à Henri de Navarre. Mais les ligueurs, absolument décidés à repousser un roi protestant, lui opposèrent, sous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon, et la guerre civile continua. Elle fut marquée par les victoires d'Arqués et d'Ivry, que Henri IV remporta sur Mayenne, frère cadet du duc de Guise et chef des ligueurs, puis parlesi* sge de Paris, qu'il fut forcé de lever, grâce à l'intervention du général espagnol, le prince Farnèse. Désespérant, malgré ses succès, de venir à bout des résistances des catholiques, Henri IV se décida à abjurer en 1593; l'année suivante il entra à Paris, et de ce jour il fut vraiment roi de France. Le traité deVervins .ivre le roi d'Espagne, en 1598, l'affermit sur son trône, et il put dès lors s'occuper de réorganiser le royaume épuisé par tant de luttes.
91. Sièg-e «le Paris. — Après la brillante victoire d'Arqués remportée par Henri IV sur le duc de Mayenne, l'armée béarnaise marcha de nouveau sur Paris; les faubourgs furent complètement abandonnés, comme ne pouvant être défendus, à cause du circuit trop vaste qu'ils formaient autour de la ville, et les paysans des environs vinrent en grand nombre se réfugier dans Paris. Henri IV n'eut pas de peine à prendre Montereau, Nogent-sur-Seine, Provins, Corbeil, et, grâce à ces positions, empêcha les vivres d'entrer dans la capitale ; de plus, il fit brûler tous les moulins à vent qui s'élevaient sur les hauteurs environnantes, dernière ressource des assiégés pour se procurer de la farine; les Parisiens établirent à Montmartre et à Montfaucon des batteries de canons : le bombardement commença.
Mais à cette époque, les engins de guerre étant très imparfaits, les projectiles mal dirigés ou im-
puissants n'atteignirent que les faubourgs, qu'on avait dû sacrifier dès le commencement.
La famine devint bientôt terrible, surtout lorsque la ville de Saint -Denis, qui avait tenu bon, fut forcée de capituler, le 9 juillet. Quand on eut mangé tous les chevaux, tous les mulets qui se trouvaient dans la ville, on se nourrit de chiens, de chats; sitôt que l'un de ces animaux paraissait dans les rues, dit un chroniqueur, on courait après lui avec des lacets et des cordages afin de le prendre, et le peuple affamé le faisait cuire et le dévorait ainsi en pleine rue. 11 y eut des maladies et une mortalité effrayantes ; on alla jusqu'à faire cuire en bouillie les os des morts et à fabriquer une sorte de pain avec cette horrible substance. C'est ce qu'on appelait le pain de Madame de Montpensier, parce que la duchesse, ligueuse enragée, le recommandait partout. Détail affreux, des mères en furent réduites à manger leurs enfants morts de faim. Cependant, l'entêtement restait le même à soutenir le siège, et peu de Parisiens, trois mille au plus, profitèrent de la bienveillance avec laquelle Henri IV, ému de tant d'atrocités, laissa sortir les assiégés.
Il fallut pourtant se résigner à entamer des négociations : l'archevêque de Lyon et le cardinal de Gondi, évêque de Paris, eurent une entrevue avec le Béarnais à l'abbaye de Saint-Antoine : c'était le 5 août; le roi consentit à accepter un ravitaillement de vivres limité à un certain délai et auquel ses troupes mêmes et ses gens procéderaient ; il voulait ainsi faire bénéficier ses soldats du trafic qui se ferait naturellement sur les Parisiens affamés ; on repoussa cette proposition et le siège recommença.
Toutes les passions politiques s'émoussaientdans
l'angoisse de la guerre et de la famine. Mayenne en profita pour ruiner à son profit le parti des Seize et faire mettre à mort les principaux ligueurs ; mais dans les églises, la plupart des curés et des moines prédicateurs continuaient à exciter le peuple à la lutte, à lui prédire tous les maux possibles si le roi hérétique venait à entrer dans Paris. En réalité, c'était pour eux-mêmes qu'ils craignaient, pour leurs églises et les biens immenses qu'elles possédaient.
i)2. Entrée de Henri IV à Parla* — C'est vers ce moment que s'assemblèrent à Paris les États généraux qu'on a appelés Etats de la Ligue (1593). Us eurent peu d'importance ; on s'y borna à répéter que la religion et l'État seraient également menacés si Henri IV devenait roi ; d'autre part, l'ardeur du Béarnais avait déjà bien diminué; il avait même subi à Lagny-sur-Marne (près de Meaux), une défaite qui lui avait été fort sensible. Dans son entourage, on commença à lui conseiller de céder, et, puisqu'il ne pouvait être roi qu'à condition d'être catholique, d'abjurer la religion protestante. Luimême finit par dire : Paris vaut bien une messe! Son parti dans la ville, qu'on nommait le parti des politiques, lui fit à cet égard des propositions, et l'entrée du nouveau roi fut secrètement fixée au 22 mars 1594. Henri IV tint cependant à occuper Paris militairement, comme une ville conquise ; il y entra donc à la tête de ses troupes : mais il n'y eut même pas un simulacre de résistance, tant le peuple avait soif de paix. Le roi, dès Le jour de son entrée, se rendit à Notre- Dame, et dès lors, partout sur son passage, il fut accueilli par le cri unanime de : Vive le roi, vive la paix!
93. Embellissements de Paris : la place des Vosges. — A la fin du seizième siècle, le vaste
hôtel des Tournelles, dans lequel avaient longtemps habité Charles VII et Louis XI, n'était plus qu'une ruine entourée d'un vaste enclos. Henri IV résolut de l'utiliser en établissant sur son emplacement une manufacture d'étoffes dont il avait conçu le projet; les ateliers, les logements des ouvriers auraient été installés dans de vastes bâtiments construits spécialement à cet effet. On ne sait pourquoi, le projet primitif fut modifié et l'on bâtit une série d'hôtels, tous semblables, disposés en rectangle, autour d'un vaste espace libre. Ce fut l'origine de la place Royale. Au milieu de chaque côté du rectangle ~se ^dressent quatre pavillons plus élevés, semblables entre eux, dont l'aspect rompt un peu la monotomie des bâtiments.
Sous le règne suivant, on plaça au centre du jardin la statue de Louis XIII, commandée par le cardinal de Richelieu au sculpteur Biard; cette statue fut détruite par la Révolution et remplacée, sous Louis XVIII, par une statue également équestre.
La place Royale a changé de nom à chacune de nos révolutions. En 1792, elle s'appelait place de l'Indivisibilité, nom qui ne lui fut pas maintenu. Elle prit le nom de place des Vosges, qu'elle porte encore aujourd'hui, d'abord en 1848, puis en 1870, à l'avènement de la troisième République. (.Cst un des coins du vieux Paris les plus pittoresques et les moins connus1.
94. Fondations religieuses. — Les deux femmes d'Henri IV étaient catholiques et dotèrent Paris
i. La rue qui conduit de cette place au boulevard Beaumarchais a conservé un nom qui a bien le cachet du passé : rue du Pas-de-la- Mule. C'était l'époque où les grands personnages, les magistrats notamment, se rendaient soit à la Cour, soit au Parlement, montés sur une mule.
de nouveaux couvents. Sa première femme, Marguerite de Valois, fonda le couvent des Petits- Augustins, auprès de l'hôtel qu'elle avait habité sur le quai Malaquais. Cet établissement fut supprimé par la Révolution, qui y fit organiser un musée trop tôt disparu, le Musée des monuments français, où l'on avait recueilli de précieux spécimens de nos divers genres d'architecture l.
95. Hôpitaux: cle la. Cliai'ité et Saint-Louis. — L'hôpital de la Charité fut fondé par Marie de Médicis, seconde femme de Henri IV, sur l'emplacement d'une chapelle dite de Saint- Picore2
L'hôpital Saint-Louis fut créé en 1607 par Henri IV. A la suite d'une épidémie de peste très violente, on chercha à loger les pestiférés dans un asile bien aéré, le plus loin possible de la ville, presque en pleine campagne3. L'hôpital Saint-Louis fut alors construit: on n'y entrait qu'en traversant un pontlevis; il existe encore aujourd'hui et est plus spécialement réservé aux maladies de peau.
Le luxe de construction qu'on donnait aux édifices publics commença à s'étendre aux maisons particulières. Parmi les hôtels4 qui datent de Henri IV, nous avons conservé le charmant hôtel de Mareuil, situé au coin de la rue du Petit-Musc et
1. En 1816, ce musée fut dispersé surtout au profit du musée du Louvre et dans ses bâtiments fut fondée l'École des Beaux-Arts, qui aujourd'hui encore en occupe tout l'emplacement, entre le quai Malaquais et la rue Bonaparte,
2. On l'appelait communément Saint-Père, et c'est elle qui a donné son nom à la rue des Saints-Pères.
3. Jusqu'alors ils étaient soignés à l'Hôtel-Dieu, c'est-à-dire au cœur même de la ville.
4. Au moyen âge ce nom (ostel) s'appliquait à toute maison d'habitation; il fut dès lors réservé aux somptueuses demeures des grands seigneurs.
<lu quai des Célestins1. C'est aussi vers cette époque que fut achevé YHôlel Carnavalet (fig. 36), célèbre par le séjour qu'y fit madame de Sévigné 2.
Fio. 36. — L'Hôtel Carnavalet commencé eu 1544 par Jean Bullant. pour un président au Parlement de Paris, devint en 1677 la propriété de madame de Sévigné. Après la guerre de 1870-1871, cet hôtel, situé rue de Sévigné, est devenu la Bibliothèque municipale et le Musée des antiquités historiques de Paris.