CHAPITRE X
Sommaire. — Mémento historique. — D<'huts du règne.
— La Fronde. — Arrestation de Broussel ; les barricades.
— Convention de Rueil. — Reprise de la guerre civile. — Combat du faubourg Saint- Antoine. — Fin de la Fronde. — Entrée de Louis XIV àParis. — Suppression des justices particulières. — Fêtes sous Louis XIV. — Grand hiver de 1709.
— Embellissements; monuments; les lettres et les arts sous Louis XIV. — La vie à Paris. — Le droit des pauvres.
— Incendies et pompiers. — Écoles et maîtres d'école sous l'ancien régime. — Parisiens célèbres du dix-septième siècle.
\ 07. Mémento lii*< oi»i<|iic< — Le règne de Louis XIV fut d'abord une époque de prospérité. Mais après 1rs victoires du début, la conquête de la Franche-Comté et de l'Alsace, vinrent les revers, la misère, la famine, presque la banqueroute. L'industrie, florissante smis Colbert, reçut un coup mortel par la Révocation de l'Êdit de Nantes (1685). L'armée, que Louvois avait réorganisée, étail dans le plus grand désordre à la lin du règne. La population diminuée ne fournissait plus à l'agriculture qu'un nombre de bras insuffisant. Le peuple était écrasé d'impôts. Mais les malheurs qui ont accablé la nation sous un souverain vieilli ne peuvent faire oublier les grandes choses accomplies pendaut un règne de soixante ans, auquel l'histoire a donné le nom de siècle de Louis XIV.
108. Délmts tlu règrne. — Louis XIII mourut au château de Saint-Germain-en-Laye, le 14 mai 1643. Son fils et son successeur, Louis XIV, y était né, cinq ans avant, le 5 septembre 1638.
Les débuts du règne furent brillants. Anne d'Autriche gouvernait , avec Mazarin pour premier ministre, et la brillante victoire remportée par
Condé sur les Espagnols, à Rocroy, fut suivie pendant cinq ans d'antres grands succès.
109. La Fronde. — Ces victoires sur l'étranger n'empêchèrent pas la guerre civile. Elle éclata en 1648 à Paris. Le contrôleur des finances, l'Italien d'Émery avait créé deux nouveaux impôts. Le premier, le tarif, était un droit établi sur toutes les marchandises entrant dans Paris; c'est ce que nous nommons aujourd'hui l'octroi1. L'autre impôt, le toisé, frappait les maisons très nombreuses bâties depuis cent ans en dehors des murailles de la ville, malgré les vieux privilèges qui les exonéraient. Ces deux impôts avaient soulevé les Parisiens contre le ministère, et surtout contre Mazarin qu'on détestait comme Italien.
110. Ai*i»e«t»tion «le Brousscli L<e« B»i»i***ïcaeles. — Ce fut l'arrestation d'un conseiller au Parlement, appelé Broussel, qui fit éclater la révolte. Broussel était très populaire. Aussi, quand on vint l'enlever dans la maison de la Cité qu'il habitait, rue Saint-Landry, les rues te couvrirent en un clin d'œil de barricades et tout le monde fut sous les armes. La révolte était encouragée par Paul de Gondi, célèbre sous le nom de cardinal de Retz. Il était coadjuteur (c'est-à-dire suppléant avec promesse de succession) de l'archevêque de Paris, son oncle, et ambitionnait ardemment la dignité de cardinal, qu'il n'obtint que longtemps après. Il fallut qu'Anne d'Autriche cédât et rendit aux Parisiens leur idole, Broussel, que l'on porta en triomphe jusqu'à sa demeure. Ce fut là
1. Aujourd'hui, le produit il'- l'octroi appartient à la ville même, el est utilisé pour couvrir les dépenses innombrables qu'exige son entretien ; mais le droit d'entrée inventé par d'Emery (Hait destiné au roi. cVstà-dire que ceux qui le payaient n'en pouvaient espérer aucun bénéfice.
l'origine d'une vraie guerre civile, la Fronde*, qui, avec quelques trêves, dura plus de quatre ans.
111. Convention de iineii. — Devant l'attitude de la capitale, la cour et Mazarin avaient été forcés de s'enfuir à Saint-Germain, pour y mettre le jeune roi à l'abri de tout coup de main. Paris resta au pouvoir des Frondeurs et eut pour vrai souverain le Parlement. Il y eut quelques escarmouches dans la ville et aux environs; mais on ne tarda pas à tourner la révolte en plaisanterie et à faire surtout la guerre à coups de pamphlets*, de satires, de mazarinades.
Un rapprochement eut lieu enfin, et la paix fut conclue à Rueil , bourg voisin de Saint-Germain (mars 1649) :une amnistie générale était accordée à tous les révoltés, mais les Parisiens ne purent obtenir le renvoi de Mazarin. Le 18 août de la même année le jeune roi faisait sa rentrée solennelle à Paris.
112. Reprise de In guerre eivile. La Fronde des princes (1650). — La tranquillité fut de courte durée. La Fronde n'a pas été une révolte du peuple, mais bien de la bourgeoisie mécontente, puis, plus tard, des princes du sang. Condé était parmi ces mécontents; il se croyait le droit, après ses victoires, d'avoir la plus grande part du pouvoir. Anne d'Autriche le fit arrêter, ainsi que sonfrère, le prince de
1. Les terrains de la butte Saint-Roch. qui s'élevait à la porte de Paris, du côté du faubourg Saint-Honoré, étaient encore presque déserts: au milieu des décombres du vieux rempart, qu'on avait abattu à cet endroit, les enfants s'amusaient à lancer des pierres avec des frondes. Les archers du roi s'opposaient à ce jeu dangereux et chassaient les jeunes frondeurs; mais ceux-ci revenaient sans cesse. On trouva qu'il y avait une certaine analogie entre ces espiègles et les graves membres du Parlement, toujours respectueux et soumis en présence du roi ou des princes du sang, mais ne négligeant jamais l'occasion de critiquer, d'attaquer, de fronder le gouvernement des que leurs chefs ne les surveillaient pas.
Conti, et son bean-frèiv, le due de Longueville. Les trois princes furent emprisonnés d'abord à Vineennes, puis à Mareoussis, château situé à six lieues de Paris, et enfin au Havre.
Ce fut le signal d'une nouvelle et très grave rupture entre la ville et la cour. Les princes ne restèrent pas longtemps prisonniers, mais ils ne pardonnèrent ni à Anne d'Autriche ni à Mazarin. Il y eut dès lors deux armées en présence : l'armée royale, à la tête de laquelle vint se mettre Turenne, et l'armée des princes, commandée par Condé. Toutes deux campèrent aux portes de Paris, se tenant prêtes à marcher au premier signal.