Journée «lu 7> octobre. — Désormais, les
grandes phases de la Révolution se succèdent sans interruption : la Déclaration des droits de l'homme, la nuit du 4 août, pendant laquelle la noblesse et le clergé abandonnèrent tous leurs privilèges; enfin les journées des 5 et 6 Octobre.
Le roi était toujours à Versailles, ce qui irritait fortles Parisiens : soudain, le bruit se répandit que, le 2 octobre, les gardes du corps y avaient donné un banquet où tous les convives s'étaient juré de mourir pour le roi et de lutter contre les idées nouvelles. Aussitôt, un grand nombre de Parisiens partent pour Versailles, envahissent le palais, forcent le roi et la reine à paraître aux fenêtres, et enfin les ramènent à Paris, au château des Tuileries.
149. Fête «le la Fédération (1* Juillet 1T!M>). — On résolut de célébrer l'anniversaire de la prise de la Bastille par une grande fête patriotique, ou tous les citoyens viendraient prêter serment à la Constitution et se fédérer pour la défendre. Cette imposante solennité eut lieu le 14 Juillet 1790, au Champ de Mars; malgré une pluie torrentielle, la vaste plaine n'était pas assez grande pour contenir la foule des fédérés ; l'autel de la Patrie se dressait au milieu. Après une messe célébrée par
1. Comme on le verra plus loin. les matériaux provenant de -;a démolition lurent en partie employés à la construction du pont de la Concorde, qui avait été entreprise en 1787. Plusieurs projets turent mis én"*avant pour la décoration de la place de la Bastille: il fut surtout question d'une fontaine monumentale, dont le motif principal eût été un éléphant gigantesque ; le modèle même en fut bâti: mais on abandonna ce projet après 1830 pour lui préférer la colonne actuelle de Juillet, élevée à la mémoire des victimes des journées dites les trois glorieuses, il, 28 et 29 juillet 1830.
l'évêque d'Autun*, chacun défila pour prêter serment. Le roi prononça les paroles suivantes : « Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir que m'a délégué l'acte constitutionnel de l'État à maintenir la Constitution décrétée par F Assemblée nationale et acceptée par moi. »
En dépit de ce serment, Louis XVI tenta de s'en-
Fig. 47. — La Prison de l'Abbaye, construite en 1522 pour l'usage de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, fut transformée plus tard en prison militaire; elle servit en 1789 de prison aux gardes françaises, et en 1792 aux suspects. Elle a été détruite en 1854.
fuir, moins d'un an après, et de rejoindre les émigrés qui cherchaient à former une coalition des nations étrangères contre la France. La famille royale, reconnue à Varennes (Meuse) fut arrêtée et ramenée à Paris, au château des Tuileries.
450. Journée <lu io Août. — La fuite de Louis XVI n'eut d'autre résultat que de creuser ,jm fossé plus profond entre la nation et le roi. A la suite de l'émeute du 20 Juin 1792, dans laquelle la
foule envahit les Tuileries et força le roi à se coiffer du bonnet phrygien*, parut dans les journaux royalistes le manifeste du due de Brunswick, général de l'armée prussienne. Ce manifeste était une véritable déclaration de guerre à la nation. L'émotion et la colère furent, cette fois, à leur comble, et toutes les sections décidèrent une marche à main armée contre lesTuileries. L'attacpie eut lieu le 10 août : le château était en état de défense ; les bataillons de la garde nationale et le régiment des Suisses étaient massés dans le jardin des Tuileries. Dès 8 heures du matin, le peuple se mit en marche, conduit par Santerre, brasseur du faubourg Saint-Antoine.
A l'approche du péril, Louis XVI et Marie-Antoinette s'enfuirent et allèrent se réfugier dans la salle des séances de l'Assemblée législative : un meurtrier s'engageait pen- de8 Prés et du quartier voi-
o o i sm, tel qu ils existaient au-
dant ce temps aux Tuileries ; trefois. le palais envahi fut incendié en partie, et ses défenseurs obligés de se disperser. Deux mille hommes périrent dans cette triste journée.
151. Ma^NarrcK «le Septembre. — Nous entrons dans la période la plus sombre de la Révolution. L'étranger est sur les frontières; la patrie est déclarée en danger : le peuple s'enrôle en masse dans les bataillons de volontaires. Mais en même temps les prisons se remplissent de tous ceux qui paraissent suspects. La fausse nouvelle de la prise de Verdun par les Prussiens fit encore
Fig. iv— Quartier del'Ab- COmluit baye de Saint-Germain-
HISTOIRE DE PAEIS.
prendre les armes au peuple, mais cette fois ce fut un odieux égorgement des malheureux qu'on avait enfermés dans les prisons, notamment à X Abbaye, l'ancienne prison de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. Le massacre dura pendant toute la nuit du 2 septembre 1792.