Affaire «In Fmil»oui*£- Saint-Antoine
Ces élections déterminèrent une grande agitation, surtout dans les faubourgs. Le 27 avril, huit jours
1. La paroisse était alors, comme on Angleterre, une sorte il': division administrative.
après les élections primaires, une petite émeute éclata au faubourg Saint-Antoine; un fabricant de papiers peints, appelé Réveillon, ayant essayé de réduire de moitié le salaire des ouvriers, sa maison fut envahie, pillée et détruite. On prétendit cpie le duc d'Orléans, dont la mésintelligence avec la cour était connue, avait excité les meneurs.
146. Serinent «lu Jeu «le Paume. — Les Etats généraux, rassemblés à Versailles le o mai 1789. furent bientôt en lutte avec le roi. Louis XVI fit fermer la salle des séances. Aussitôt, la plupart des députés du tiers état el du clergé se réunirent dans la salle du Jeu de Paume1, et là jurèrent tous de ne se séparer qu'après avoir établi une nouvelle constitution (20 juin). C'est le célèbre serment du Jeu de Paume.
147. Prise «le la Bastille. — Le roi fit alors appeler plusieurs régiments étrangers qui campèrent au Champ de Mars, à Charenton et dans les Champs- Elysées. Cette mesure, suivie du renvoi de Necker, vint mettre le feu aux poudres, et le 14 juillet 1789, les Parisiens, soulevés par l'éloquence de Camille Desmoulins, s'élancèrent à la conquête de la Bastille.
Un soleil radieux éclaira la matinée du 14 juillet. Vers dix heures, une députation de citoyens se présenta à la porte de la Bastille et demanda à parler au gouverneur Delaunay. Celui-ci reçut les députés qui lui demandèrent, au "nom du peuple, d'abaisser les ponts-levis de la prison et de faire retirer les canons de leurs embrasures. Delaunay répondit évasivement, et les délégués se retirèrent.
Vers deux heures, une foule immense de citoyens armés, accompagnée d'un bataillon de soldats des gardes françaises, revint devant la Bastille. Cette fois, la forteresse était
1. Cette salle existe encore à Versailles, rue du Vieux-Colombier.
close, en état de siège, et en haut des tours, on voyait la garnison sous les armes, les canons prêts à tonner. En un clin d' œil, les chaînes du premier pont-levis furent brisées à coups de hache et le peuple pénétra dans ce qu'on appelait l'avant-cour, où étaient situés l'hôtel du gouverneur et divers autres bâtiments. Une vive fusillade s'engagea aussitôt entre les défenseurs de la Bastille et le peuple.
Tout à coup, la lueur d'un incendie brilla, et une épaisse fumée cacha les assiégeants aux assiégés : c'était l'hôtel du gouverneur qui brûlait. Le peuple y avait mis le feu à l'aide de voitures de paille amenées du dehors à cette intention. En face était le pont-levis que tant de gens n'avaient franchi qu'une fois. Il fallait le démolir pour pénétrer dans la forteresse. Le peuple amena du canon pour l'abattre et prendre ensuite la place d'assaut.
Quatre-vingts hommes environ formaient toute la garnison de la Bastille; ils étaient armés, mais ils avaient à peine quelques munitions, et les boulets qu'on avait en toute hâte montés sur les plates-formes des tours n'étaient pas même du calibre des pièces. Le gouverneur était au milieu de sa troupe; voyant la situation désespérée, il s'avança vers un baril de poudre avec une torche allumée. Deux sous-officiers s'élancèrent sur lui et retinrent son bras, sauvant ainsi la vie à dix mille personnes peut-être. Une rapide délibération eut lieu alors entre les défenseurs de la forteresse; on décida d'arborer le drapeau blanc et de se rendre.
Quelques instants après, Je pont-levis s'abaissait et les Parisiens purent pénétrer dans la Bastille. Les invalides et les soldats étaient sans armes : ils furent saisis et, sauf quelques bousculades, ils n'eurent aucun mal. La foule courut alors aux cachots et délivra les prisonniers, peu nombreux d'ailleurs, qui y étaient enfermés. Delaunay, reconnu et aussitôt arrêté, fut massacré sur la place de Grève même, et sa tête, mise au bout d'une pique, promenée en triomphe à travers les rues de Paris.
La démolition de la Bastille, commencée des le lendemain, m- fui achevée que plus d'un an après1.