CHAPITRE XIV
Sommaire : Mémento historique. — Le Consulat. — Création des préfets de la Seine et de police. — Impopularité de Bonaparte. — Sacre de Napoléon. — Monuments du premier empire. — Siège de Paris. — L'éclairage à Paris.
160. Mémento liistor»i<iuo. — Le règne de Napoléon Ier est une période inouïe dans l'histoire. Jamais plus grands succès ne furent suivis de plus grands revers. Sous son impulsion, la France, pendant dix ans victorieuse de toutes les nations de l'Europe coalisées contre elle, lui dicta des lois, pour se retrouver, après Waterloo,
réduite aux frontières de 1789. A l'intérieur, Napoléon fît de grandes réformes; on peut dire qu'il organisa la France nouvelle créée par la Révolution, mais ce fut en étouffant la liberté ; il voulut commander à la nation comme à ses soldats. Néanmoins il sut s'entourer de jurisconsultes* éminents, auxquels il donna mission de réunir en un code unique les coutumes et les lois qui étaient le fonds de l'ancienne jurisprudence. Ainsi fut rédigé le Code Civil qui, aujourd'hui encore, est la hase de notre législation. C'est lui aussi qui fonda l'Université (décret du 17 mars 1804).
161. Lie Consulat. — Le coup d'état du 18 Brumaire (9 novembre 1799) n'eut pas lieu à Paris, mais à Saint-CIoud, où le général Bonaparte l avait convoqué le corps législatif.
De nouveau, Paris connut un maître. Bonaparte prit le titre de premier consul : les deux autres consuls, Gambacérès et Lebrun, s'effacèrent devant le dictateur. Celui-ci, en s'installant aux Tuileries, indiqua clairement ses intentions pour l'avenir.
162. Création «les préfets tle la Seine et «le police. — Sous le Consulat, la France reçut, au point de vue administratif et judiciaire, une nouvelle organisation que lui donna la Constitution de l'an VIII (1800). Dès lors, le département de la Seine fut administré, comme tous les autres départements, par
1. Après avoir fait ses premières études à l'école do Brienne, Napoléon Bonaparte entra à X Ecole militaire <le Paris on 1784 (il avait alors 15 ans). Pendant son séjour dans cette école, il passa souvent les jours de conp- dans une famille amie Les Parisiens d'aujourd'hui se montrent volontiers une fenêtre mansardée sur la façade d'une vieille maison qui fait face au Pont-Neuf, quai Conti, au coin do la rw de NCvers, et l'on Se répète que cette fenêtre est celle de la chambre qu'occupait alors le jeune Bonaparte. Il n'en est rien ; on a démontré récemment qu'il habitait la maison portant le numéro Jjjjju même quai Conti, au coin de l'impasse Conti; cette maison est ce qui reste de l'ancien hôtel do Sillcry.
un préfet qui, en cette qualité, fut maire de Paris; on lui adjoignit un préfet de police, chargé de veiller à la sécurité de la ville.
163. Impopularité «le Bonaparte. — Machine infernale «le la rue Saint-Xieaise. —
L'enthousiasme que les Parisiens avaient témoigné pour Bonaparte, vainqueur en Egypte et en Italie, cessa dés qu'ils eurent deviné ses projets ambitieux. On commença par des pamphlets: une tentative d'assassinat suivit de près. Dans la soirée du 24 décembre 1800, le premier consul se rendait en voiture découverte à l'Opéra, situé à cette époque là où se trouve aujourd'hui le Théâtre-Français : soudain, dans la rue Saint-Nicaise, voisine de la place du Carrousel, une explosion formidable se fait entendre ; beaucoup de personnes tombent tuées ou blessées; la voiture de Bonaparte n'avait pas été atteinte. Les auteurs de l'attentat ne furent pas découverts, mais un grand nombre de personnages, qui ne pouvaient être suspectés que pour leurs opinions hostiles au premier consul, furent arrêtés, puis envoyés en exil1.
16-i. Sacre <l<> Napoléon empereur. — L'Empire fut proclamé par le Sénat le 18 mai 1804. Paris accueillit cette nouvelle avec froideur. Napoléon voulut cependant donner de grandes fêtes aux Parisiens à l'occasion de son sacre (2 décembre 1804). Pendant trois jours, les réjouissances officielles ne discontinuèrent pas. Le sacre eut lieu à la Cathédrale ; le pape Pie VII vint de Rome pour couronner le nouvel empereur.
1. On découvrit pins tard les véritables auteurs du complot; ils furent condamnés à mort et exécutés.
165. Monuments «le Paris sous le premier Empire. — Pendant la plus grande partie de son règne, Napoléon ne résida pas à Paris. Cependant il n'oubliait pas la capitale et il voulait surtout ne pas y être oublié; aussi fit-il construire plusieurs
monuments destig^^ràil nés à perpétuer sa gloire militaire. La colonne Vendôme fut construite en 1806 avec les canons^ pris aux ennemis, dans la campagne de 1805; le pont commencé en 1802 pour relier l'Arsenal au Jardin des Plantes reçut le nom de pont d'Austerlitz ; le pont d'Iéna fut bâti en 1807; des arcs de triomphe s'élevèrent comme à Rome au temps des Césars : celui du Carrousel, de-
Fig. 52. — La colonne Vendôme, élevée par Napoléon I,r. a 43 mètres de hauteur. Elle est en pierre et revêtue «l'un placage de bronze sur lequel sont des basreliefs figurant les victoires de l'Empire. Elle est surmontée d'une statue de l'empereur.
vant le palais même de l'empereur, celui de l'Étoile, en l'honneur de la Grande-Armée1. En outre, on
1. Napoléon se plaisait à dater di> l'étranger les décrets par lesquels il ordonnait l'élévation de ces monuments; c'est du palais de Varsovie qu'il décréta la construction du pont d'Iéna; plus tard, c'est à Moscou (en 1812) qu'il signe le décret fameux qui régit encore notre Théûtre- Francais.
commença le percement de la rue de Rivoli, le long de laquelle s'éleva la grande galerie reliant de ce côté le Louvre aux Tuileries.
166. Campagne tle Fi*anee. Siège cle Paris (1814). — Après la désastreuse campagne de Russie et la destruction de la Grande -Armée, Napoléon voulut frapper un dernier coup et porter la guerre encore une fois en Allemagne; mais ses troupes étaient épuisées, l'argent manquait et aussi l'ardeur qui donne la victoire; ce fut l'ennemi qui entra en France. Après quelques combats, tantôt heureux, tantôt malheureux, Paris vit à ses portes les armées alliées des Prussiens, des Russes et des Autrichiens (29 mars 1814).
La capitale n'avait plus, comme autrefois, les solides remparts et les tours crénelées de son enceinte fortifiée; c'était une ville ohm rie, à qui pour se défendre, il ne restait que les débris de l'armée impériale commandés par Marmont et Mortier, et. le courage de ses habitants, organisés en gardes nationaux : en tout 25000 hommes environ.
L'attaque eut lieu le 30 mars, de trois côtés à la fois, à l'est par Vincennes, au nord par les hauteurs de Belleville, à l'ouest par la barrière de l'Étoile. Sur tous ces points, les défenseurs de Paris firent des prodiges de valeur. Du côté de Vincennes, le combat se livra à la barrière du Trône, où les élèves de l'École polytechnique s'illustrèrent par leur bravoure, et là on réussit à tenir tète à l'ennemi. Au nord, les soldats de Marmont défendirent pied à pied le plateau qui s'étend de Belleville à Romainville, et ne se retirèrent que quand ils furent débordés de toutes parts par les troupes des alliés postées à Ménilmontant d'un côté, aux Buttes-Chaumont de l'autre. Un émigré français, Langeron, qui combattait sa patrie à la tête d'un corps d'armée russe, s'empara des hauteurs de Montmartre, et garda ses positions, malgré l'héroïque
lutte que soutint contre lui le brave maréchal Moncey ' , à la barrière de Clichy.
Il fallut capituler : le 31 mars, les alliés entrèrent dans Paris par le faubourg Saint-Martin. Ils avaient à leur tête le roi de Prusse et l'empereur de Russie. La joie d'être délivrés de Napoléon Ier disparut bien vite du cœur des Parisiens, quand ils virent l'ennemi installé au cœur même de la capitale. Ce ne fut pas sans un cruel déchirement de cœur que les Parisiens virent afficher sur les murs le traité dit de Paris, qui réduisait nos frontières à leurs limites de 1792, et qui imposait pour roi à la France, Louis XVIII, frère de Louis XVI, c'est-à-dire un émigré qui n'avait cessé de demander du secours aux peuples voisins.
167. I/écIaira^e, ïes lanternes, le «az et l'électricité. — Jusqu'au seizième siècle, les rues de la capitale 'n'étaient pas éclairées la nuit. On s'en fiait à la lune, comme on le fait encore dans bien des villes de province. Par les nuits sombres, les bourgeois se munissaient de lanternes. En cas de guerre civile ou d'émeute, on obligeait les habitants à placer une chandelle sur le devant de leur fenêtre, ce qui donnait à la ville un aspect tout à fait lugubre. Quand Paris devint une grande ville, que les mœurs se modifièrent, qu'on alla passer la soirée au théâtre ou les uns chez les autres, il fallut remédier à cet état de choses.
En 1667, sous le règne de Louis XIV, le lieutenant civil, Nicolas de la Reynie, créa un système d'éclairage qui fit l'admiration des contemporains. Des lanternes furent disposées au milieu et aux extrémités de chaque rue. Ces
1. On a honoré sa bravoure en donnant son nom a la place ou s'était livré le combat, et en j élevant une statue où Moncej <-±i représenté, l'épéeàla main, défendant la ville de Paris.
lanternes étaient suspendues au-dessus delà chaussée, une poulie permettait de les abaisser et d'y placer la chandelle qui y brûlait jusqu'après minuit, au dire d'un voyageur émerveillé. Cet éclairage si imparfait dura cependant près d'un siècle. Ce n'est qu'en 1745 qu'on le remplaça par des lampes à huile munies de réflecteurs.
Un ingénieur français appelé Philippe Lebon avait découvert, en 1786, les propriétés de la combustion du gaz pour l'éclairage. Cependant l'éclairage par le gaz ne fut établi à Paris qu'en 1812.
Il n'y a pas vingt ans que toutes les rues de Paris le possèdent et qu'on a fait disparaître de certains quartiers voisins des fortifications les derniers réverbères.
Tout récemment l'électricité a été utilisée pour l'éclairage, mais son emploi ne s'est pas encore généralisé.
QUESTIONNAIRE
1. Quelle lui la nouvelle organisation administrative et judiciaire créée par Bonaparte? — 2. A quelle époque eut lieu l'attentat de la rue Saint-Nicaise? — 3. A quelle date et dans quelle église Napol i Ier se tit-ilsacrer empereur? —
4. Quel est le caractère des monuments qu'il Ht élever à Paris? — 5. Citez les principaux. — 6. Raconte?, le siège de Paris en 181'.. — 7. A quelle époque lit-on usage du gaz à Paris pour la première (bis!