CHAPITRE XV
Sommaire : Mémento historique. — Première Restauration. — Seconde capitulation de Paris. — État des esprits à la Restauration. — Procès du maréchal Ney. — La Chapelle expiatoire. — Mort de Louis XVIII. — Paris sous Charles X. — Mouvement littéraire. — Journées de juillet 1830.
168. Mémento historicfuc. — Après la chute de l'empire, Louis X\TII monta sur le trône. Son entourage se composait d'anciens émigrés, désireux de détruire tout ce qu'avait créé la Révolution. Le roi fut entraîné à prendre des mesures impopulaires. Son successeur,
Charles X, augmenta encore l'irritation, quand en 1830, sur les conseils de son premier ministre, le prince de Polignac, il promulgua les Ordonnances de Juillet; une émeute éclata dans Paris, et il fut renversé. Le peuple vainqueur appela au trône un prince de la branche cadette, Louis-Philippe d'Orléans. A l'extérieur, nous conquîmes notre plus belle colonie, l'Algérie. A l'intérieur, des routes furent ouvertes de tous côtés, des voies ferrées créées, et une loi, due à M. Guizot, organisa l'enseignement primaire. Mais le gouvernement refusait toute réforme politique, surtout la réforme électorale. Une émeute qui dégénéra en révolution, éclata le 24 février 1848, et Louis-Philippe dut prendre à son tour le chemin de l'exil.
169. Pi'eniièi'c Restauration. — Napoléon Ier n'avait pas pris part à la défense de la capitale, pendant l'attaque de 1814; il se tenait à vingt lieues de Paris, préparant un dernier effort ; la capitulation empêcha cette lutte suprême. C'est à Fontainebleau que l'empereur abdiqua; c'est de là qu'il partit pour l'île d'Elbe, après avoir fait ses adieux à sa vieille garde.
Louis XVIII fit son entrée solennelle à Paris le 3 mai, et alla s'installer aux Tuileries. Il fut accueilli avec peu d'enthousiasme. Tous les sentiments patriotiques étaient froissés à la vue de ce roi de France, vieux, lourd et presque infirme, vêtu d'habits bourgeois, qui se faisait escorter dans sa capitale par l'étranger victorieux.
170. Seconde capitulai ion «le Paris. — Dans les premiers jours de mars 1815, la nouvelle se répandit soudain dans Paris que Napoléon avait quitté l'île d'Elbe. En effet, l'empereur avait débarqué en France le 1er mars, et quinze jours après, il marchait sur Paris en triomphateur; la famille
royale quitta les Tuileries la veille du jour où il y entrait.
La période des Cent Jours n'appartient pas à l'histoire de Paris; après Waterloo, l'étranger revint encore une fois devant nos murs, mais la capitale n'eut pas, à proprement parler, à subir de siège; à peine y eut-il quelques escarmouches aux environs, dans les bois de Meudon, à Vélizy et à Rocquencourt. Il fallut capituler presque aussitôt, et le 7 juillet, les deux armées, prussienne et anglaise, entrèrent dans Paris. A leur suite, Louis XVIII y rentra le lendemain.
171. Seconde Restauration. — C'en était fait cette fois de l'empire; Louis XVIII n'eut plus qu'une préoccupation : en détruire jusqu'au souvenir, et ramener la France au régime d'avant la Révolution. Cependant, les alliés ne quittèrent Paris qu'après avoir repris dans nos palais, dans nos musées et dans nos bibliothèques, une grande partie des tableaux, des manuscrits et des objets d'art que Napoléon victorieux avait enlevés aux grandes capitales de l'Europe.
172. Procès ilu maréchal Wey. — Le maréchal Ney, reconnu coupable de défection et de haute trahison, fut condamné à mort et fusillé le 7 décembre 1815, sur la place de l'Observatoire. En 1854, sa statue a été élevée à l'endroit où il avait reçu la mort.
— La période qui suivit le retour de Louis XVIII, après Waterloo, fut des plus troublées.
La plupart des officiers qui étaient restés fidèles à Napoléon furent licenciés et renvoyés dans leurs foyers
avec le traitement de demi-solde, mais beaucoup restèrent à Paris. Ils se réunissaient volontiers dans les cafés et surtout au café de la Régence, qui était encore à cette époque situé au coin de l'ancienne place du Palais-Royal ; on y discutait violemment; les partisans de la nouvelle monarchie ripostaient et souvent les discussions dégénéraient en batailles.
De même dans les théâtres, où les deux partis ennemis saisissaient avidement tout ce qui pouvait être pris pour une allusion aux personnages ou aux idées politiques qui leur étaient chers.
174. Chapelle expiatoire, — En 1816 , Louis XVIII prescrivit la construction d'une chapelle sur l'emplacement de l'ancien cimetière de la Madeleine, où avaient été inhumés Louis XVI et Marie-Antoinette; ce monument, has et disgracieux, existe encore.
175. Assassinat du due de Beri*y. — Dans la soirée du 13 février 1821, un fanatique frappa d'un coup de poignard le duc de Berry, au moment où il sortait d'une représentation de l'Opéra, situé alors sur la place Louvois (rue de Richelieu). L'assassin, qui s'appelait Louvel et était ouvrier sellier, fut arrêté immédiatement. Il suhit le dernier supplice au mois de juin suivant. Vers la même époque eut lieu l'exécution de quatre jeunes conspirateurs politiques connus sous le nom des quatre se)-gen(s de la Rochelle ; leur condamnation produisit une grande émotion dans Paris1.
1. En 1823, eut lieu la guerre d'Espagne, à laquelle nos armées prirent part. C'est pendant cette campagno que les troupes françaises S'emparèrent du fort du Trocadéro (près de Cadix), dont le nom a été donne depuis à uno hauteur, '5* l'ouest de Paris, en face du Champ de Mars : on y a bâti, en 1818, le palais du Trocadéro, comme annoxo dos hàtiineiits de l'Exposition universelle.
17G. Mort tiu roi. — Louis XVIII mourut le l(j septembre 1824, aux Tuileries; ses obsèques furent célébrées avec toutes les cérémonies de l'ancien régime ; il reçut dans l'église de Saint- Denis la sépulture ordinaire des rois de France. C'est le dernier roi qui soit mort à Paris et qui ait été enterré à Saint-Denis.
177. Paris sous Charles X. — Charles X succéda à son frère ; il s'était appelé jusqu'alors le comte d'Artois. Il avait été populaire à Paris, avant la Révolution, au temps de sa jeunesse brillante et dépensière; mais c'était maintenant un vieillard morose qui ne s'entourait que d'adversaires des idées modernes.
Le règne de ce prince ne dura que six ans, marqués surtout par l'opposition constante que firent les Parisiens à son gouvernement, protestations et révoltes sourdes d'abord, qui amenèrent enfin la révolution de 1830.
178. Mou veinent littéraire. Querelle des classicpies et des romani iques. — C'est un événement bien parisien que la grande révolution littéraire commencée dès les premiers jours de la restauration et qui se prolongea jusqu'après 1830. Cette révolution est connue sous le nom de querelle des classiques et des romantiques. Les romantiques s'efforçaient de substituer, dans leurs œuvres, la peinture vraie du moyen âge ou de l'époque moderne aux sujets empruntés à l'antiquité, que les classiques voulaient maintenir dans la littérature.
Le chef de l'école romantique était Victor Hugo. Tous les soirs, ses partisans et ses adversaires se rencontraient au théâtre de la porte Saint-Martin, les uns pour siffler, les autres pour applaudir à outrance ces œuvres admirables qui s'appellent Eernani, Marion bel, r me.
Les romantiques affectaient une allure débraillée et por-
taient des vêtements aux couleurs éclatantes. Les bourgeois (c'est ainsi qu'on appelait les classiques) se montrait-ut avec terreur le gilet rouge arboré lors de la première représentation à'Hernani par un des plus fougueux romantiques, Théophile Gautier, alors tout jeune, mais déjà en pleine possession de son talent.