‹ Petite histoire de ParisChapitre 59 sur 131 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Sommaire. — Origine de la guerre. — Le 4 septembre. — Paris investi. — Premiers combats. — Départs en ballon.

— Combats du Bourget. — Refus d'armistice. — Bataille de Champigny. — Rigueurs du siège. — Paris bombardé.

— Combat de Buzenval. — Capitulation de Paris. — Parisiens célèbres.

198. Origine de la guerre. — La candidature d'un prince de la maison de Hohenzollern au trône d'Espagne faillit en être le prétexte. L'Allemagne

1. Dans ce chapitre sur Paris pendant le second Empire, nous avons dit ce que Napoléon III avait fait pour les embellissements de la capitale. Bion que nous nous arrêtions à la date do 1870, il est utile d'indiquer d'un mot que la République a continué l'œuvre entreprise par l'empire. 11 serait trop long de rappeler toutes les améliorations dont Paris a bénéficié depuis 1870: nous citerons au moins parmi les monuments : l'< Ipéra, le Trocadéro. d'innombrables écoles, les casernes des sapeurs-pompiers, etc.; parmi les voies nouvelles, le boulevard Saint- Germain, l'avenue (le l'Opéra, la rue Etienne-Marcel, etc., etc.; parmi les promenades, le parc de Montsouris, de nouveaux squares ouverts en grand nombre dans les quartiers populeux, etc.

désirait la guerre, mais ne voulait pas la provoquer. Par une habile condescendance, elle, renonça à soutenir le prince de Hohenzollern. Mais, connaissant L'état des esprits à la cour des Tuileries, elle savait que le moindre incident, facile à susciter, mettrait le feu aux poudres. Une prétendue injure faite à M. Benedetti, alors notre ambassadeur en Prusse, par le roi Guillaume, sur une promenade de ville d'eaux, fut saisie comme une occasion favorable par le cabinet des Tuileries. La guerre fut déclarée.

Le premier engagement entre les troupes françaises et allemandes eut lieu à Sarrebruck, le 2 août 1870. Le résultat, escompté à Paris comme une victoire, resta indécis ; mais les sanglantes défaites de Wissembourg, de Reischotten, de Bqrny et de Gravelotte furent bientôt suivies de celle de Sedan, où l'empereur fut fait prisonnier avec tout le corps d'armée.

199. L,e 4 Septembre. — La nouvelle du désastre de Sedan répandit la consternation dans Paris. La foule se porta au Corps législatif et envahit la salle des séances, réclamant la déchéance de l'empire. Les députés de l'opposition, et surtout Gambetta, Jules Favre, Jules Simon, parvinrent à calmer cette effervescence en se rendant à l'Hôtel de Ville, où le peuple les suivit. Un gouvernement provisoire, composé des députés de la Seine, fut immédiatement constitué et son premier acte fut de proclamer la République.

La conduite du peuple de Paris fut admirable : pas un excès ne fut commis. Le nouveau gouvernement prit le titre de Gouvernement de la Défense

nationale. Le général Troc.hu, gouverneur de Paris, en fut nommé président.

L'impératrice s'enfuit sans avoir été menacée; les Tuileries n'avaient pas été envahies ; tous les édifices furent de même respectés; on fit seulement, pour certains, disparaître les aigles impériales.

200. Paris investi. — Cependant l'ennemi marchait rapidement sur Paris. En vain, le gouvernement tenta d'obtenir la paix à des conditions honorables ; en vain Jules Favre tit remarquer au ministre allemand que seul l'empereur avait voulu la guerre, que d'autre part, la Prusse avait déclaré qu'elle ne la faisait qu'au régime impérial : or ce régime était tombé. Toute tentative de conciliation échoua. Le 19 septembre, Paris fut complètement investi1; le roi de Prusse établit son quartier général à Versailles; trois corps d'armée occupèrent la rive droite de la Seine et toute la région N. et N.-E. de la ville ; le quatrième se détacha des autres à Saint- Denis, franchit la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, et occupa toute la banlieue à une distance de trois lieues des remparts, entre la Marne et la Seine2.

201. Premiers combats. — Le premier combat eut lieu le 18 septembre au plateau de Châtillon; il ne fut pas heureux : nos troupes mal disciplinées, se mirent en déroute et rentrèrent à Paris dans le

1. C'était la troisie,ujçJ'ois que Paris était assiégé par les armées étrangères; le premier siège avait été fait par Labiénus; le deuxième' par l'armée des alliés en 1814, et enfin celui-ci. qui devait être le plus terrible, mais aussi le plus héroïque.

2. Les anciens forts subsistent encore autour de Paris : voici leurs noms, en commençant par le nord : Forts d'Aubervilliers. de Romainville, de Noisy, de Rosny, de Nogent, de Maisons-Alfort. d'Ivry. de Bicêtre, de Montrouge, de Yanves, d'Issy, du Mont-Valérien. En outre la ville de Saint-Denis, sans être fortifiée, reste pourvue de trois forts utilisés pour la défense de Paris; ce son' les forts de la Double-Couronne, de la Briche et de l'Est,

plus grand désordre. Les jours suivants, d'autres rencontres eurent lieu également au sud de Paris, à Villejuif, aux Hautes-Bruyères, à Chevilly, où nous reprimes l'avantage.

202. Départs en îmiion. — Le cercle de fer qui entourait Paris ne s'en resserra que plus étroitement. Le 7 octobre, Gambetta, un des membres du gouvernement de la Défense nationale, quitta Paris en ballon pour se rendre à Tours, d'où il espérait soulever la province et l'entraîner au secours de Paris. Sur la Loire, il trouva une armée nombreuse, commandée par le général Clianzy, qui pendant plusieurs mois combattit vaillamment les Prussiens.

203. Combats fin l»<onu< i. — Journée «lit 31 octobre. — Au nord de Paris, sur la route de Soissons, se trouve le village du Bourgel ; l'armée prussienne l'occupait; elle en fut délogée; mais le lendemain, l'ennemi reprit ses positions après un combat acbarné; nos soldats entourés, cernés de toutes parts, se battirent comme des lions et purent rentrer à Saint-Denis en bon ordre, mais le Bourget était perdu pour nous.

Une nouvelle bien plus grave se répandit en même temps dans Paris: l'armée de Metz, commandée par le maréchal Bazaine, venait de capituler sans avoir livré bataille. L'indignation des Parisiens ne connut pas de bornes; dans la journée du 31 octobre, il y eut une manifestation armée devant l'Hôtel de Ville; on réclamait la guerre à outrance, on protestait contre la faiblesse du gouvernement. Peu s'en fallut que la guerre civile n'éclatât alors.

204. Refus d'armistice. — Quelques jours après, des négociations eurent lieu entre les assiégeants et les assiégés; on demandait aux Prussiens un armis-

tice de quelques jours afin de permettre aux Parisiens de se ravitailler et de faire sortir de la ville es bouches inutiles ; la Prusse refusa. Paris n'en fut que plus résolu à soutenir la lutte jusqu'au bout; dès lors commença la série des héroïques sacrifices ; le pain, la viande devenaient rares, on n'avait plus le droit de les vendre sans compter : les riches comme les pauvres durent se rationner.

205. Bataille de < ii.-mipiiMi v. — Dans les derniers jours de novembre, le gouvernement annonça enfin la grande sortie que les Parisiens attendaient et réclamaient avec tant d'impatience ; presque toutes les troupes de l'armée de Paris devaient chercher à franchir la ligne des Prussiens du côté du sud-est, entre la Marne et la Seine, et rejoindre l'armée de la Loire vers Fontainebleau. Le générai Duerot, dans une proclamation énergique, déclarait qu'il ne rentrerait dans Paris que mort ou victorieux.

Le choc principal tics deux armées se fit sur la Marne, à quatre lieues de Paris, dans le village de Champigny ; l'ennemi fut délogé de ce lieu, et Duerot put passer la Marne; mais le lendemain, les Prussiens nous obligèrent à repasser le fleuve ; ce fut encore pour Paris une espérance déçue.

206. Rigueurs «lu slèj?e. — Cependant un froid rigoureux sévissait. Pendant tout le mois de décembre , la neige couvrit le sol et le thermomètre descendit jusqu'à vingt degrés. Mais ni le froid, ni la faim ne décourageaient les assiégés ; les boulangers ne pouvaient plus livrer que quelques centaines de grammes d'un pain d'où la farine était complètement absente; de même la viande de boucherie faisait défaut, et Paris fut réduit à manger de la chair de cheval, d'âne, et même de rat.

Il y eut, pendant ce mois de décembre, quelques combats dont l'issue ne modifia en rien la situation ; le plateau d'Avron que nos soldats occupaient dut être abandonné.

207. Paris bomimriié. — Le 9 janvier, quelques obus lancés des hauteurs de Châtillon vinrent franchir les fortifications et tombèrent à Montrouge ; le bombardement continua jusqu'au 21 janvier. Dans

la nuit du 8 au .

9 janvier, les obus s'abattirent sur toute la rive gauche, du jardin des Plantes à Saint- Germain- des- Prés; les habitants durent passer les nuits dans leurs caves. Le bombardement n'en fit pas moins un nombre considérable de vic-

Fig. 57. — Le Siège de Paris de 1870- 1871 fut le plus redoutable qu'ait subi notre capitale. La misère, le froid, la famine, tout s'unit contre les assiégés. Les femmes furent admirables de résignation: chaque jour, pendant de longues heures, elles attendaient à la porte des boulangers et des bouchers la maigre ration destinée à nourrir toute la famille. Cependant, les obus de l'ennemi s'abattaient sur tous les quartiers de la rive gauche, où un grand nombre de personnes furent tuées.

times.

208. Combat de Buzcuval. — Il fut décidé qu'une sortie aurait lieu sur les hauteurs voisines de Saint-Cloud, de façon à ce qu'en cas de succès nos forces pussent atteindre Versailles et attaquer le quartier-général du roi de Prusse. Toutes les troupes furent concentrées sur Buzenval qui était, entre Saint-Cloud et Garches, le point central des opérations. La bataille se donna le 19 janvier et fut

terrible; mais nos troupes furent repoussées. Cette défaite nous coûta beaucoup de vaillants défenseurs, et le découragement commença à gagner même les plus résolus.

209. Capitulation «le Pari«. — Paris n'avait plus de pain que pour quelques jours. 11 fallut capituler : un armistice fut conclu le 28 janvier, afin de permettre le ravitaillement de la capitale et la convocation à Bordeaux d'une assemblée nationale qui vota la paix. La clause de la convention la plus pénible pour les Parisiens fut l'obligation pour eux de voir l'armée prussienne entrer clans leur ville. En effet, le 1er mars, 30 000 soldats ennemis vinrent camper dans le quartier des Champs-Elysées; ce fut un deuil public; aucun magasin n'ouvrit et toutes les affaires furent interrompues. Trois jours après, les Prussiens quittèrent Paris.

Ainsi finit le siège de Paris qui dura du 18 septembre 1870 au 28 janvier 1871. La vaillance, le courage avec lesquels la grande ville souffrit la faim, le bombardement et toutes les horreurs de la guerre font de cette résistance l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire de Paris \

210. Parisien» célèbres du dix-neuvième siècle. — Béranger (1780-1857). Le plus grand chan-

1. Il est presque impossible de supposer que Paris puisse être de nouveau assiégé. Cependant, depuis la triste guerre de 1870-1871, on a construit autour de la ville de nouveaux forts qui rendraient l'investissement extrêmement difficile. Ces forts sont situés â une distance d'environ cinq lieues, assez grande pour laisser entre eux et les fortifications un vaste espace de champs où l'on puisse entretenir la culture maraîchère et même parquer du bétail en vue des approvisionnements en eus de siège. De plus, les nouveaux, forts se trouvent dans des positions élevées et qui défendent toutes les entrées de la ville, à Villeneuve-Saint-G-Borges, au plateau de Châtillon, à Bue, à Saint-Cyr.au liois d'Arcy, à Cormeilles, à Andilly, à Chelles, à Villiers et à Chennevi ères-sur- Marne.

sonnier de notre pays. Les poursuites que lui attiraient son esprit libéral et ses chansons satiriques lui valurent, surtout sous Charles X, une immense popularité.

Courier (Paul-Louis) (1772-1825). Célèbre parties pamphlets dirigés contre le gouvernement de la Restauration. L'un d'eux, le Pamphlet des pamphlets, esl un chef-d'œuvre d'ironie et de finesse. Courier mourut assassiné au seuil d'une propriété qu'il possédail à Veretz.

Musset (Alfred de; 1810-1857). Poète et écrivain; ses œuvres les plus connues sont, outre ses poésies, Confessions d'un enfant du siècle ei un recueil de Comédies il proverb* s.

Georges Sand (Mmo) 1804-1876». Auteur de romans el de pièces de théâtre ; citons seulement la Petite Fadette, la Mare au Diable, François le Champi, le Marquis d> Villemer, les Beatix messieurs de Boisdoré, etc.

Sue (Eugène) (1804-1857). Romancier très connu ; son œuvre capitale, les Mystères de Paris, retrace les dessous et les bas-fonds de la vie parisienne.

Littré (1801-1881 . Grammairien et philologue, auteur du grand Dictionnaire de la langue française.

Michelet (1798-1874). Un des plus grands historiens français; outre ses deux œuvres principales, VHistoire de France et VHistoire de la Révolution, il a écrit de charmants ouvrages intitulés VInsecte, l'Oiseau, la Femme, etc.

Villemain (1790-1870). Savant professeur et littérateur. En dehors de son cours de littérature à la Sorbonne, il a fait un grand nombre d'ouvrages d'histoire et d'érudition.

Viollet-le-Duc (1814-1878. Architecte français; il fut chargé de la restauration de divers monuments, notamment de Notre-Dame de Paris, de la Sainte-Chapelle ; il est l'auteur du Dictionnaire raisonné de 1'archifrcture française.

Mérimée (1803-1870). A écrit un grand nombre de contes, dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre. Citons parmi les plus connus, Carmen et la Prise de la Redoute.

Murger (1822-1861). C'est le héros de ce qu'on a appelé

la Bohême*. Il a retracé les détails de cette existence dans les Sentes de la vie de Bohême.

Cavaignac (1802-1857). Général et homme politique. Chef du pouvoir exécutif, il réprima l'insurrection de Juin 1848.

Hérold 1791-1833). Compositeur de musique. Ses deux chefs-d'œuvre sont Zampa et le Pré aux Clercs.

Halévy 1799-1862). Compositeur de musique. Ses principaux chefs-d'œuvre sont la Juive, la Reine de Chypre, le Val d'Andorre, les Mousquetaires de la Reine, YÊelair.

Adam (1803-1856;. A écrit un grand nombre d'opéras comiques restés populaires. Les plus connus sont : le Chrilet,le Postillon de Long jumeau, le Toréador, Si fêtais Roi, elc.

Bizet 1838-1875). Compositeur de musique. Ses œuvres les plus remarquables sont Carmen et l'Arlésienne.

David (Louis) (1748-1825). Un de nos plus grands peintres ; il exerça une influence décisive sur la peinture et sur l'architecture de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième, en puisant ses inspirations dans l'antiquité grecque. Il fut, avec Ingres et Gros, le peintre en titre de Napoléon Ior.

Delacroix (Eugène) (1799-1863 . Célèbre peintre, remarquable surtout par la hardiesse de son dessin et la vigueur de son coloris. Il inaugura dans la peinture la lutte des romantiques et des classiques, dirigée pour la littérature par Victor Hugo.

Corot 1796-1875). Un de nos plus grands peintres. Parmi ses toiles les plus remarquables, citons le Gué et un êtany a VUle-d'Avray qui sont deux chefs-d'œuvre.

Rousseau (Philippe), né en 1816, peintre de scènes d'intérieur et de paysage. Ses toiles se recommandent, par la finesse des détails et la délicatesse du rendu. Une des plus connues est L< i\nt de mile el le Rat des champs.

Millet, ué en 1816, est un île nos meilleurs sculpteurs contemporains. Il est l'auteur de la statue colossale de Yereingétorïx, qui couronne les hauteurs d'Alise.

Regnault (Henri i, ne en 1843, peintre d'un t;rand talent.

Il fut tué à Buzenval, le 19 janvier 1871. Ses principales œuvres sont Salomé et un portrait équestre de Prim.

En outre, de nombreux auteurs ou artistes contemporains, dont le nom est maintenant célèbre, sont nés à Paris. Parmi eux, nous pouvons citer MM. Dumas fils, Labicbe, Legouvé, Sardou, Vacquerie, Gounod, etc.

Rappel des constructions du dix-neuvième siècle. — La colonne Vendôme, le pont d'Austerlitz, le pont d'Iéna, l'arc de triomphe du Carrousel, l'arc de triomphe de l'Étoile, la Madeleine, la place de la Concorde, la colonne de Juillet, le pont des Saints-Pères, de l'Archevêché, Louis-Philippe, la place du Trône, la restauration du Palais de Justice et de Notre-Dame, la place du Carrousel, l'Opéra. De plus, de nombreuses voies ont été percées sous le second Empire et après 1870 : entre autres, la rue de Rivoli, le boulevard Saint-Michel, le boulevard de Sébastopol, le boulevard de Strasbourg, le boulevard Haussmann, le boulevard Saint-Germain, l'avenue de l'Opéra, etc.

QUESTIONNAIRE

1. A quelle occasion eut lieu la déchéance de l'Empire. — 2. A quelle date commença l'investissement de Paris par les Prussiens. — 3. Citez les noms des forts de Paris à cette époque. — 4. Quels furent les premiers combats livrés autour de Paris? — 5. Comment Paris communiquât-il pendant le siège avec la province?

— 6. Quel fut le résultat du combat du Bourget ? — 7. Quelle fut la cause de

la révolte du 31 octobre ? — 8 Quelle fut la première gran<l> bataille livrée sous les murs de Paris ? — 9. Quels quartiers furent sur'.out éprouvés par le bombardement? — 10. Parlez de la bataille de Buzenval? — 11. !>•• combien de jours précéda-t-elle l'armistice ï — 12. Citez les forts construits depuis 1870. — 13. Nommez quelques Parisiens célèbres du dix-neuvième siècle.

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