POUVOIR ET DE LA SOCIETE
" Faire l'œuvre des Prussiens ! Mais qui donc plus que les cléricaux se sont montrés plus anti-patriotes, lorsque les intérêts de partis ont été en jeu ?
Ouvrez l'Histoire de France du R. P. Loriquet. Elle est tellement anti-française qu'on a cessé depuis longtemps de la mettre entre les mains de la jeunesse à l'usage de qui elle était destinée.
Le révérend père y approuve pleinement les royalistes d'avoir livré Toulon aux Anglais. Il glorifie la guerre civile à toutes les pages. Les généraux français sont pour lui ^heureux scélérats. Il traite les soldats de la République et de Napoléon d'odieux brigands. Il se range ouvertement du côté des ennemis de son pays, surtout des Autrichiens. Enfin il chante victoire après Waterloo!
Entre les deux façons d'entendre le patriotisme, je préfère la mienne ; et c'est pourquoi, je réédite cette petite histoire des faits et gestes des bons rois et des bonnes reines de France, que je soumets encore une fois
aux méditations de ceux qui prient tous les jours pouf le retour au pouvoir de ces persécuteurs de notre mèrepatrie.
LES MEROVINGIENS.
Commençons d'abord par Childéric 1er qui fut, à vrai dire, le premier roi de France, — Pharamond, Clodion et Merovée n'ayant pas été autre chose que de simples chefs de bandes.
Childéric 1er commença à régner en 458. Ses débauches furent telles que les leudes le chassèrent du trône. Déjà la révolution !
L'aimable monarque se réfugia chez Bazin, roi de Thuringe, qui lui accorda généreusement l'hospitalité.
Pour l'en récompenser, il séduisit Bazine sa femme, et pendant huit ans souilla la demeure de son bienfaiteur.
Rappelé par les leudes, il remonta sur le trône, et recommençait ses beaux exploits, lorsqu'il vit arriver Bazine, qui avait déserté son mari pour retrouver son séducteur.
Le bon évêque Grégoire de Tours, l'aîné des historiens français, raconte la chose dans tous ses détails.
Suivant lui, Childéric ayant demandé à cette guenon pourquoi elle le poursuivait ainsi, voici ce qu'elle répondit :
Il faut mettre cela en latin, le latin dans les mots bravant l'honnêteté :
" Quia utilitatem tuam fioverhn et quam sis strenuus, ideoque veni ut cohabitem tecum ; nam uûveris, si transmarinis regionibus aliquem cognoviscevi UTILIOREM quam tu, issem UT COHABITEM CUM EO. "
La réponse était éloquente, et Childéric l'épousa.
Elle était déjà mariée, mais les rois n'y regardent pas de si près. Quand on est sur le trône, on joue au mariage comme on joue au bouchon.
Vous pourrez en juger dans le cours de mes petits récits.
En tout cas, cette Bazine fut la première reine de France.
Cette grue, dont le dernier polisson de nos jours renierait la parenté, donna le jour à Clovis, le vainqueur de Tolbiac.
Ainsi, la vie du premier des rois de France peut se diviser en chapitres dont les titres seraient ceux-ci :
Luxure immonde.
Révolution.
Exil.
Trahison.
Conmbinage effronté.
Restauration.
Mariage d.éshonorant.
Bigamie.
Bien commencé, n'est-ce pas ?
Et bien, vous allez voir que cela continue magnifiquemjent.
Le second roi de France fut Clovis, qui succéda à son vertueux père, à l'âge de quinze ans, en 481.
Sa conversion au christianisme, dans les circonstances que tout le monde connaît, a fait généralement considérer ce barbare comme une espèce de saint. Eh bien, nous allons voir quelle espèce de saint c'était-là.
Je ne sais pas de qui il tenait pour le courage, car il en avait beaucoup ; mais il tenait certainement de sa mère pour le scrupule, car il n'en avait pas du tout.
Il commença ses exploits par faire assassiner Syagrius, général romain rival de son père, qu'il avait vaincu
lO PETITE HISTOIRE
à Soissons, et qui s'était retiré près d'Alaric, roi des Visigoths, lequel le livra à Clovis pour éviter la colère de celui-ci.
Un jour, dans une revue, il aperçoit un soldat à qui il gardait rancune depuis un an.
— Tes armes sont en mauvais état, lui cria-t-il.
Puis, lui arrachant sa hache d'armes, il la jeta par terre.
Le soldat se baisse poiu- la ramasser, et le bon roi lui fend le crâne d'un coup de sa propre hache.
Un meurtre !... Bah ! avec ça qu'il se gênait. Il était roi, tout lui était permis ! Si un misérable président de république en faisait autant, par exemple... ce serait une autre affaire !
Il avait épousé une chrétienne et sainte femme nommée Clotilde, nièce de Gondébaud, roi de Bourgogne, qu'il détrôna plus tard.
Depuis longtemps elle faisait des efforts pour convertir son mari ; mais celui-ci, jeté dans la vie des camps, accoutumé au meurtre, au carnage et au pillage, se souciait peu de se faire le serviteur d'un Dieu prêchant la charité, la paix, le pardon des injures et le respect de la propriété.
Sa conversion fut un acte d'égoïsme. Il se battait à Tolbiac contre les Germains. Ses troupes pliaient, comme celles de Wellington à Waterloo, et il allait être vaincu, lorsqu'il s'écria :
— Dieu de Clotilde. si tu me donnes la victoire, je suis à toi.
Il vainquit les Germains.
Ceci serait très beau en vers ; mais en prose, cela se réduit à dire : Mon Dieu, faisons un marché ; si tu m'aides à flanquer une tripotée à ces individus-là, je suis un des tiens ! Donnant donnant 1 Autrement, pas d'affaires : C'est à prendre ou à laisser.
Est-ce qu'on trouverait une conversion comm© celle-là bien édifiante, de nos jours ?
Mais les tendances modernes, voyez-vous...
Plus tard, malgré sa conversion, Clovis fit périr par le meurtre et les perfidies de toutes sortes tous les petits rois francs qui se divisaient encore certaines parties de l'empire.
Ils étaient pour la plupart ses parents.
Mais encore une fiais quand on est roi, il vaut autant l'être pour tout de bon.
A la mort de Clovis, en 511, ses quatre fils se partagèrent son empire. Thierri eut l'Austrasie, Clotaire la Neustrie, Childebert le royaume de Paris, et Clodomir celui d'Orléans.
Parlons un peu de ces quatre intéressants personnages.
Thierri, ou Théodoric, comme certains historiens l'appellent, n'était pas le fils de sainte Clotilde ; il devait le jour à l'une des concubines de Clovis ; car il en eut lui aussi, le saint homme.
Un des principaux événements de son règne fut la conquête de la Thuringe, le royaume du premier mari de son illustre grand'mère.
Après avoir aidé Hermanfroi, son oncle, à faire assassiner son autre oncle, Badéric, il tourna ses armes contre son allié, et le battit. N'ayant pu s'emparer de sa personne pour le faire mourir, il l'invita à une conférence où devaient se discuter les conditions de la paix. Confiant dans la foi jurée, Hermanfroi s'y rendit, et Thierri le fit précipiter par ses soldats du haut des murailles de Tolbiac.
Deux oncles sur la conscience.
Et d'un!
Childebert avait accompagné son frère Thierri dans son expédition en Thuringe, et pris part à l'assassinat des deux oncles. Touchante fraternité !
Mais ses exploits ne s'arrêtèrent pas là. De concert avec son frère Clotaire, il attira deux des enfants de son frère Clodomir dans un guet-apens, et les assassina pour s'emparer de leur héritage. Les détails sont racontés plus bas.
Plus tard, il se querella avec son complice, essaya de le faire égorger par ses sjcaires, et, n'y ayant pu réussir, il lui suscita un ennemi puissant dans la personne de Chramme, le propre fils de Clotaire, qu'il excita à la révolte contre son père. S'étant joint au révolté, il parcourut avec lui toute la Champagne rénoise, qui fut mise à feu et à sang. ^
Et de deux !
Clodomir ne fut pas un ange non plus. Il ne persécuta pas l'Eglise, ce qui l'excuse aux yeux des cléricaux ; mais il ne ménagea guère les serviteurs de Dieu, par exemple.
Il fit jeter saint Sigismond, le roi de Bourgogne, son parent, dans un puits avec sa femme et ses enfants. Tous y périrent.
L'année suivante, il fut tué à son tour par les Bourguignons. Il ne l'avait pas volé.
Et de trois !
Mais l'astre de la pléiade, ce fut Clotaire, le plus jeune, le bébé !
La scène qui suit est racontée dans tous ses détails par l'évêque Grégoire de Tours.
Clodomir, roi d'Orléans, tué comme on vient de le dire, avait laissé trois enfants : Théobald, Gonthaire et Clodoald. Pour s'emparer de leur patrimoine, Clotaire, leur oncle, s'associa, ainsi que mentionné plus haut, avec son frère Childebert pour les assassiner.
On les attira à Paris, dans le palais des Thermes de Julien, aujourd'hui l'hôtel de Cluny, sous prétexte de les couronner.
Dès qu'ils furent entrés dans le palais, Clotaire saisit l'aîné des enfants par un bras, le jeta à terre, et lui enfonça son couteau dans la poitrine.
A ses cris, le frère de la victime se précipita suppHant aux pieds de Childebert ; mais celui-ci repoussa l'enfant à Clotaire, qui lui plongea dans le côté son couteau encore tout saignant du premier meurtre.
On assassina ensuite les gouverneur et tous les serviteurs. Histoire de se divertir.
Le troisième fils de Clodomir échappa au massacre comme par un miracle, se fit prêtre, et fut canonisé sous le nom de saint Cloud.
Plus tard Clotaire fit brûler son fils Chramme dans une chaumière avec sa femme et ses enfants, pour le punir de s'être révolté contre lui.
Et de quatre !
Donc, quatre frères, quatre rois, quatre meurtriers féroces.
Ces bons monarques !
Est-ce que vous n'aimeriez pas autant avoir pour ancêtres Cartouche, Mandrin, Contrafatto, Lacenaire, Papavoine, Troppmann ou Billoir, qu'une de ces bêtes fauves-là, malgré leurs couronnes et leurs blasons ?
Voilà en peu de mots la biographie des quatre charmants fils de Clovis ; voyons maintenant ce qu'ont été les petits-fils du grand roi.
Il en régna quatre, tous fils de l'illustre Clotaire, qui avait réussi, par les moyens que je viens d'énumérer à accaparer l'empire au profit de sa famille.
Un mot pour chacun d'eux suffira.
Sigebert, roi d'Austrasie, fit \a. g\itrrt quatre fois k son
14 PETifE HISfOtïiÈ
frère Chilpéric, et lui chipa plusieurs villes. Il tenta aussi de faire assassiner son frère Contran, afin de lui enlever la Provence. Aux dépens du pauvre peuple toujours !
Contran, roi d'Orléans, ne le cédait en rien à son frère. Ce bon monarque commit plusieurs meurtres, et répudia plusieurs femmes. Dame, à quoi cela lui aurait-il servi de porter couronne ?
Chilpéric, roi de Soissons, fit exiler le saint évêque de Rouen, et fit étrangler la reine pour épouser une concubine ; rien que ça ! Une misère.
Il est vrai que la concubine le fit assassiner à son tour. Charmants ménages !
Caribert, lui, fut roi de Paris. Saint Cermain l'excommunia pour bigamie ! Un saint roi de France excommunié, cela vous surprend ; mais il n'est pas le seul, vous verrez !
Une jolie famille, n'est-ce pas ?
Voici le moment, je crois, de dire un mot de la fameuse Frédégonde, et de la non moins célèbre Brunehaut. Ces bonnes reines ne doivent pas être oubliées non plus.
Dans cette longue suite (ïilhistres dieux, les femmes ont droit de compter.
Frédégonde, reine de France, commença par être servante d'Audouère, épouse de Chilpéric. Ce bon roi, qui ne méprisait pas les servantes, consentit à la suggestion de celle-ci à faire enfermer la reine dans un couvent.
Il fut bientôt remarié en secondes noces, du vivant de sa première femme, comme de raison ; mais pour plaire à sa servante toujours, il fait étrangler sa nouvelle compagne, et épouse sa maîtresse.
Plus tard, la sainte femme fait assassiner Sigebert, le frère de son mari, par deux sicaires armés de couteaux empoisonnés !
Elle fait massacrer les trois fils que Chilpéric avait eus de sa première femme, Audouère.
Elle fait violer leur sœur par les domestiques, et la fait cloîtrer dans un monastère.
Elle fait poignarder Audouère ella-même dans son couvent.
Elle tente de faire égorger son beau-frère Contran dans une église 1
A deux reprises différentes, elle dirige des assassins contre sa belle-sœur Brunehaut et son fils Childebert !
Le monstre n'écoute même pas la voix du sang ; elle essaie un jour de tuer de ses mains sa propre fille en l'étranglant sous le couvercle d'un coffre de fer. L'enfant ne dut la vie qu'à l'intervention des domestiques.
Enfin, la bonne reine met le sceau à ses exploits de famille, en livrant son propre mari aux mains des meurtriers, commandés par son amant Landry de la Tour.
Les cléricaux n'auront pas même la ressource de dire — ce qui excuse de tout, paraît-il — qu'au moins cette bonne reine ne persécuta pas l'Eglise, car elle fit massacrer saint Prétextât, au pied de l'autel le jour de Pâques; et l'évêque de Bayeux échappa comme par miracle au poignard des assassins qu'elle avait envoyés contre lui.
Voilà pour la bonne reine Frédégonde ; passons à la bonne reine Brunehaut.
Si cette dernière n'a pas autant de meurtres sur la conscience, elle n'en est pas moins intéressante. Vous allez voir.
Elle suscita une terrible guerre entre ses deux petitsfils, Thierri II et Théodebert.
Celui-ci ayant été fait prisonnier, son illustre aïeule, le fit mettre à mort sans cérémonie !
Non encore satisfaite, elle s'empara d'un des enfants de la victime, et lui écrasa de ses propres mains la tête entre deux pierres.
Notez que, dans le but de régner sous le nom de ce
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Théodebert, elle avait d'abord cherché à l'énerver par les plaisirs ; et, bonne mère, elle lui fournissait ellemême des esclaves pour instruments de débauches ! Mézeray affirme qu'elle assistait même aux orgies.
Chassée du royaume, elle se réfugia en Bourgogne, et se plongea, malgré ses cheveux blancs, dans toutes sortes de libertinages et de crimes.
Plus tard, elle empoisonne son petit-fils, Thierri IL
Comme sa rivale, elle ne persécuta pas l'Eglise, mais elle fit chasser du pays saint Colomban, et lapider saint Didier, archevêque de Vienne ! Rien que ça 1 Une bagatelle.
Enfin, prise elle-même par Clotaire II, fils de Frédégonde, la bonne reine fut mise à mort avec tout le rafinement de cruauté qui caractérisait ces époques de candeur et cet aimable régime.
Deux petits anges, quoi I
Et si messieurs les légitimistes veulent nier un seul de ces faits, qu'ils disent que l'évêque de Tours est un menteur 1
Deux mots maintenant sur le grand monarque Clotaire II, et sur son illustre fils, le bon roi Dagobert.
Clotaire n'avait que quatre mois quand son père Chilpéric fut assassiné par sa mère Frédégonde et l'amant de sa mère, Landry de la Tour. C'était, comme on voit, naître sous de magnifiques auspices, et de bien estimables parents.
Il eut pour tuteur, son oncle Contran, un autre meurtrier féroce, confit dans la débauche.
" On voit, dit La\'icomterie, sous le règne de ce Clotaire, mère contre fils, épouse contre époux, frère contre frère, se poursuivre par tout ce que la lâcheté, la perfidie, la cupidité, l'ambition peuvent suggérer. "
Vi?igt 7nille Français périrent dans une seule journée.
DES ROIS DE FRANCE. If
pour les querelles domestiques de cette intéressante famille.
Ayant réussi à mettre la main sur sa tante Brunehaut, dont j'ai raconté ci-dessus l'édifiante histoire, Clotaire la fit violer publiquement par ses soldats, puis il la I fit attacher toute nue à la queue d'un cheval fougueux qui éparpilla les membres sanglants de la malheureuse reine sur les souches et les arêtes de roc à travers lesquelles on le lança éperdu.
Après cet exploit, le bon roi s'empare de tous les Etats de son cousin, et fait égorger deux des enfants de ce dernier, afin de les dépouiller plus sûrement.
Ayant fait prisonnier Bertrand, roi des Saxons, avec qui il était en guerre, il lui tranche la tête de ses propres -mains. Puis, de peur qu'on ne venge sa mort, il fait égorger, exiler, chasser, disperser tous les sujets mâles de sa victime.
C'est sous le règne de ce monstre qu'on voit naître l'autorité de ces maires du palais, qui devinrent bientôt plus puissants que les rois eux-mêmes, finirent par les détrôner, et dans la personne de Charles Martel, par se hisser à leur place, pour suivre parfaitement leur nobles exemples, et conserver intactes leurs touchantes traditions.
Mais n'anticipons pas.
Clotaire mort, son fils Dagobert lui succéda. Parlons^ en.
La légende l'a surnommé le bon roi Dagobert.
Le bon roi Dagobert ! Il a réussi à conserver cette épithète de bon jusqu'à nos jours. Au collège, nous chantions souvent :
Le bon roi Dagobert Avait mis sa culotte à l'envers ; Le grand saint Eloi Lui dit : O mon roi, etc.
l8 PETITE HISTOIRE
Eh bien, vous allez voir que c'est chose aisée pour un roi de se faire surnommer le Bon, \q Débofinaire, \t Juste ou le Bien-aimé.
Il fut élu roi d'Austrasie du vivant de son père, contre qui il se mit immédiatement à conspirer.
Afin d'hériter seul, il dépouilla son frère Charibert, et fit massacrer son oncle Brodulphe, qui avait tenté de l'en empêcher.
Quelque temps après, il fit assassiner son neveu Chilpéric, fils de Charibert, et par ce dernier meurtre, devint le maître de tout l'empire.
Les ligitimistes cléricaux disent généralement que les rois de France ont pu être des libertins, des débauchés, mais qu'ils n'ont jamais persécuté ni l'Eglise ni les communautés religieuses. Comme c'est commode de savoir l'histoire !
Allons, il faut toujours faire encore une petite exception en faveur du bon roi Dagobert.
La chronique nous apprend qu'il persécuta et exila saint Pépin de Lauden ; qu'il bannit saint z\mand, l'apôtre des Pays-Bas, qui lui reprochait ses débordements, qu'il chassa saint Amoul, évêque de Metz, et confisqua la moitié de tous les biens des couve?its, monastères et autres institutions religieuses à son profit perso?inel.
Il était, ce qui ne surprendra personne, de mœurs dissolues. Malgré les cinq femmes qu'il épousa successivement, on n'a jamais pu compter le nombre de ses concubines. Partout où il allait, il traînait à sa suite un véritable troupeau de courtisanes. Et il n'avait que trente-six ans lorsqu'il mourut I
Sa cruauté était, comme de raison, à l'avenant.
Un jour fieuf mille Bulgares, chassés de la Pannonie, viennent lui demander l'hospitalité du sol français. Il leur donne asile ; et, au bout de quelques mois, il les fait tous égorger en une seule nuit, sans le moindre prétexte !
r)ES ROÎS DE FRANCE. I9
Adrien de Valois, dans son savant ouvrage intitulé : 'Gestes des aiiciens Francs, raconte qu'un jour, après une victoire qu'il avait remportée sur les Saxons, il fit trancher la tête à tous ceux d'entre eux qui dépassaient la hauteur de son épée !...
D'autres historiens attribuent cet exploit à son père Clotaire ; mais en tout cas, le fait paraît constant ; et qu'il ait été l'œuvre du saint roi Clotaire II, ou du bon roi Dagobert 1er, cela n'importe guère : ils n'étaient pas plus présidents de république l'un que l'autre.
Les plus odieuses et les plus cruelles persécutions contre les Juifs signalèrent la fin de cette vie, qui n'avait été qu'un enchaînement honteux de crimes et de débauches.
Son règne donna le coup de grâce à sa race, qui ne s'en releva jamais.
Avec son fils Clovis II, commença cette succession de monarques si lâches, si efféminés, si énervés, si insignifiants, que l'histoire les désigne sous l'appellation déshonorante de rois fainéants.
Voici la liste complète de ces illustres personnages !
Clovis II, Clotaire III, Clovis III, Childebert III, Dagobert II, Chilpéric III, Clotaire IV, Thierri IV, et Childéric III.
Voici à peu près tout ce que les chroniques du temps nous en disent :
Ces fantômes de rois n'en ont eu que le titre et les vices. Cachés au fond de leurs palais, entourés de prostituées, sots, hébétés, cruels, croupissants dans leur paresse et leurs saletés contre nature, ils furent les maîtres de la France, sans mériter seulement le nom ■d'hommes.
Avec eux s'éteignit la race mérovingienne, la première dynastie des rois de France. Commencée dans le crime, «lie devait finir dans l'ordure.
Pendant trois cents ans, on vit régner, sous cette charmante monarchie, qui seule peut sauver la France d'aujourd'hui, les meurtres, les empoisonnements, les massacres, les trahisons, les parrieides, l'adultère, l'inceste, le sacrilège et la débauche la plus révoltante, sous sa forme la plus criminelle.
Pendant trois cents ans, ces aimables monarques ont déchiré la France, l'ont pillée, écrasée, exploitée, persécutée, saignée à blanc.
Mais je n'ai pas fini, grand Dieu !
Voici venir la dynastie carlovingienne, qui va nous donner deux cent quarante ans d'exemples presque aussi édifiants, avant de céder la place aux ancêtres directes de M. de Chambord, qui ont surpassé tous les autres.