‹ Petite histoire des rois de FranceChapitre 9 sur 9 · H4 PETITE HISTOIRE · texte numérisé non relu

H4 PETITE HISTOIRE

On voit que le peuple n'avait pas seulement les violons à payer.

Voici maintenant quelques autres dépenses accidentelles :

Pour la naissance du duc de Bourgogne en 1751, — 604,477 ! Pour le mariage du dauphin, en 1770, — 1,267,770 ! Pour le marriage du comte d'Artois, en 1773, — 2,016,221! Pour le sacre, en 1775, — 835,862! Pour les comédies, bals et concerts, en 1778, — 481,744 ; en 1779, — 382,986. 'Archives Nationales)

Chaque prince, chaque princesse avait sa faculté, sa chapelle ; il ne convenait pas que l'aumônier qui leur disait la messe, que le chirurgien qui les soignait fût d'emprunt. A plus forte raison fallait-il au roi les siens : pour sa chapelle, 75 aumôniers, chapelains, confesseurs, maîtres de l'oratoire, clercs, avertisseurs, sommiers de chapelle, chantres, noteurs, compositeurs de musique sacrée ; pour sa faculté 48 médecins, chirurgiens, apothicaires, ocuUstes, opérateurs, renoueurs, distillateurs, pédicures et spagyriques.

Notez encore sa musique profane, 128 chanteurs, danseurs, instrumentistes, maîtres et surintendants ; son cabinet de livres, 43 conservateurs, lecteurs, interprètes, graveurs, imprimeurs ; le personnel qui ornait ses cérémonies, 62 hérauts, porte-épées, introducteurs et musiciens ; le personnel qui pourvoyait à ses logements, 68 maréchaux-des-logis, guides et fourriers !

Maison de la reine, chapelle 22 personnes, faculté, 6 ; maison de Monsieur, chapelle 22, faculté, 21; maison de Madame, chapelle 20, faculté, 9 ; maison du comte d'Artois, chapelle 20, faculté, 28 ; maison de la comtesse d'Artois, chapelle 19, faculté, 17 ; maison du duc d'Orléans, chapelle 6, faculté, 19. (Wa:roquier, I, possim.)

Il faut croire que le duc d'Orléans était moins dévot que les autres.

La plupart des grandes familles aristocrates suivaient

l'exemple de la cour ; on y vivait dans l'abondance, la dissii>ation et le libertinage. Et pendant ce tenips-là, la misère était le partage du paysan, "ce mulet" de l'ancien régime, comme l'appelait le cardinal de Richelieu. En 17 15, la taille et la capitation qu'il payait seul, ou presque seul, étaient de 66 millions : elles sont de 93 millions en 1759, et de 1 10 millions en 1789. (Compte général des revenus et dépenses.^

En 1757, l'impôt est de 283,156.000 livres ; en 1789, de 476,294,000 !

Encore quelques chiffres avant de finir :

Etat des pensions payées aux personnes de la famille loyale, en 1771 ; c'est-à-dire quand le peuple des campagnes se nourrissait de racines :

Duc d'Orléans, 300,000 livres ! prince de Condé, 200,000 ! comte de Clermont, 140,000 ! duc de Bourbon, 120,000 ! Prince de Conti, 120,000 ! comte de Marche, 120,000 ! Douairière de Conti, 120,000 ! Duc de Panthièvre, 100,000 ! Princesse de Lamballe, 100,000 1 Duchesse de Bourbon, 100,000 ! (Archives nationales.)

Soit, 1,420,000 livres !

Rien que $284,000 de notre argent pour les menus plaisirs de la famille d'un homme qui consommait déjà tant de millions à l'Etat.

Dès six ou sept ans, les enfants étaient dotés.

Ils n'avaient pas assez de leurs palais, de leurs trésors, de leurs revenus fabuleux amassés par le travail du peuple, de l'immense armée de serviteurs qui les entouraient, tous payés par l'Etat, des sommes énormes que tout cela coûtait, il leur fallait encore des centaines de mille dollars de gratifications annuelles pour payer leurs joujoux !

Faut-il s'étonner si, après cela les paysans vivaient de racines et d'herbe des champs ?

Enfin le peuple, poussé à bout, a exigé des réformes.

On les lui a refusées :

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Alors il s'est révolté 1

On a appelé les armes de l'étranger contie lui : Alors il a coupé des têtes !

Eh bien, après ?

Il a été trop loin, dit-on.

C'est vrai ; mais à qui la faute ?

En tout cas, voici ce qui en est résulté. C'est Montalembert le grand catholique qui parle :

Notre société bourgeoise et libérale, sortie de la Révolution, jet façonnée par trente-cinq années de liberté régulière, malgré ses misères, ses mécomptes, ses éclipses et ses inconséquences, a mieux valu que la société française il y a cinquante ans. Un honnête homme, un hom?iie d' honneur, et un bon chrétien a dû s'y trouver plus à l'aise et marcha la tête plus haute.

Ce qui me reste à dire est bien peu de chose.

Nous touchons presque à notre temps, et l'histoire des derniers monarques qui ont gouverné la France est présente à l'esprit de tous. Quelques lignes suffiront pour chacun d'eux.

Louis XVI, mal entouré, mal conseillé, caractère faible et bonasse, trahit la France dans les intérêts de sa couronne, et paya de sa tête les infamies de ses ancêtres, après avoir vu sa femme scandaliser Paris par ses intrigues, et son frère, qui fut plus tard Louis XVIII, essayer d'introduire sous son toit le deshonneur et l'inceste.

Napoléon 1er est venu après.

La République avait annexé à la France, vingt-six nouveaux départements, avec 9,000,000 d'habitants ; Napoléon lui a tout fait perdre, après avoir fait tuer cinq millions d'hommes.

Par la faute de cet ambitieux, la France dut renoncer non seulement à ce que la République lui avait donné, mais elle perdit encore Landau, Philippeville, Mariembourg, et notre sœur, la Louisiane, qui fut vendue pour douze millio7is ! !

Il le reconnaît lui-même, à Fontainebleau, au moment de partir pour l'île d'Elbe. L'histoire a enregistré ses paroles :

La France sans frontières, dit-il, quand elle en avait de si belles J C'est ce qu'il y a de plus poignant dans les humiliations qui s'accumulent sur ma tête. La laisser si petite après l'avoir reçue si grande !

Quant à ce qui est de la religion, on sait ce que le tyran corse fit subir au pape pour le forcer de consentir à son divorce avec Joséphine.

Après Napoléon, vint Louis XVIII, qui, comme je l'ai dit plus haut, avait essayé de déshonorer Marie- Antoinette, sa belle sœur.

Louis XVI disait de lui : " Mon frère veut trôner ! "

Il trôna ; mais par la vertu des baïonnettes étrangères.

Son règne fut l'abaissement de la France sous toutes ses formes.

Il avait pour principale maîtresse Mme du Cayla. Quelques journaux ont voulu réhabiliter cette femme.

Or les faits parlent par eux-mêmes.

C'était la fille d'un avocat, séparé de son mari par les tribunaux. Pendant plusieurs années, elle accapare tous les moments et toutes les bonnes grâces du roi, distribue les faveurs, les emplois, le patronnage public ; le monarque la comble de cadeaux et de richesses ; il lui domie le château de Saint-Ouen et cent propriétés importantes... et elle ne permettait au petit fils de Louis XV, à l'inces-

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tueux Louis XVIII, suivant les historiens cléricaux, (^uë d'aspirer une prise de tabac placée sur sa gorge nue /

Les bonnes âmes qui le croient sont bien heureuses !

Si l'on veut connaître maintenant les idées libérales qu'entretenait ce bon roi, qu'on lise ceci c'est extrait d'un message qu'il adressait au parlement, en 1816 :

Le roi ti'est comptable qu'à Dieu ; toute doctrine qui prétend qu'il est loisible de secouer le joug de leur obéissance, sous quelçtte cause que ce soit, est IMPIE (!), détestable, et contre le rétablissement de l'état de la France.

Quand ce saint monarque mourut, son corps était devenu un objet d'horreur tel, que, suivant Mme Adélaïde, les membres de la famille royale ne purent se décider à lui baiser la main, suivant l'étiquette ordinaire.

Après lui, vint son frère, Charles X, qui exila les jésuites, et inventa la fameuse loi sur l'éducation, qui a tant fait crier nos cléricaux.

Si l'on croit que j'exagère, voici le texte. Je l'extrais d'un décret daté de Saint-Cloud, le 16 juin 1828.

Lisez et dites-moi si ce n'est pas textuellement l'art. 7 de la loi Ferry :

Art. 2 — A dater du 1er octobre, nul ne pourra être ou demeurer chargé soit de la direction, soit de l'enseignement dans une des maisons d'éducation dépendante de l'Université, ou dans une des écoles secondaires ecclésiastiques, s'il n'a affirmé par écrit qu'il n' appartient à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France.

Charles X, qui était la nullité même, avait couru tou.* tes les ruelles pour ameuter l'Europe contre sa patrie. Il méritait de régner.

C'était un pingre sans vergogne qui ne rougit pas de vendre à des Juifs l'épée que Catherine de Russie lui avait donnée pour reconquérir un royaume.

DES ROIS DE FRANCE Iig

Le général de Charette, écrivait un jour à Louis XVin, en parlant du futur Charles X : "La lâcheté de votre frère à tout perdu."

Il prit pour ministres Bourmont, un déserteur en face de l'ennemi, et Polignac, un halluciné. Puis suivirent les ordonnances de juillet.

C'en était trop. Charles X devait être le dernier des Bourbons. Il fut reconduit poliment à la frontière, et la révolution libérale de 1830 mit sur le trône un roi bourgeois, Louis Philippe.

Dix-huit ans plus tard, on était obligé de le chasser à son tour.

Enfin le honteux coup d'état du 2 décembre livre la France à Napoléon III, l'assassin de Boulogne-sur-mer, qui la livra à son tour au roi de Prusse.

Voilà !

Maintenant comme il ne faut pas oublier que ces notes historiques ont été compilées principalement, pour démontrer aux catholiques qu'il est faux que les rois de France aient été des enfants soumis de l'EgHse, récapitulons un peu, à ce point de vue.

Ont été excommuniés, Charibert, Robert, Philippe 1er, Philippe-Auguste, Philippe IV, et Henri III. Philippe 1er l'a été six fois à lui seul !

Clodomir a fait mourir saint Sigismond dans un puits avec sa femme et ses enfants !

Chilpéric fit exiler l'évêque de Rouen !

Frédégonde fit massacrer saint Prétextât au pied de l'autel, et essaya d'en faire autant à l'évêque de Bayeux !

Brunehaut fit chasser de France saint Colomban, et lapider saint Didier, évêque de Vienne.

Dag(jbert 1er persécuta et exila saint Pépin de Lauden, bannit saint Amand, l'apôtre des Pays-Bas, chassa

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saint Arnould, évêque de Metz, et confisqua à son profit personnel la moitié des biens des couvents, monastères et autres institutions religieuses !

Charlemagne, au concile de Francfort, fit condamner le culte des images autorisé par la cour de Rome !

Louis-le-Débonnaire fit crever les yeux à deux évêques !

Judith, sa femme, en fit assassiner un autre !

La reine Constance fit rôtir son confesseur dans une chaudière, après lui avoir crevé les yeux de ses propres mains !

Philippe IV persécuta le clergé, fit saisir les décimes du pape, fit brûler la bulle Ausailta Fili par la main du bourreau, et fit arrêter le saint Père Boniface VIII. qui en mourut !

Louis-le-Hutin fit pendre un frère prêcheur !

Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI, fit égorger,en un jour, les archevêques de Paris, de Rheims et de Tours, les évêques d'Evreux, de Senlis, de Laon, de Saintes, de Lésieux et de Coutance, ainsi que les abbés de Saint-Denis, de Saint-Corneille, et de Compiègne !

Louis XI fit mourir l'évêque de Verdun dans une oubliette de la Bastille, et garda le cardinal Ballue onze ans enfermé dans une cage de fer !

Henri III fit assassiner le cardinal de Guise, archevêque de Lyon, fit mourir à la Bastille l'abbé de Rosières^ archidiacre de Toul, ainsi que l'abbé Poncet !

Henri IV fit mourir un cardinal en prison, expulsa les jésuites de France, et fit pendre le R. P. Guignard !

Napoléon 1er mit un pape en captivité !

Charles X exila les jésuites !

Et Louis-Philippe conseilla à ses ministres d'en faire autant !

Si l'on appelle cela protéger l'Eglise, le clergé et les communautés religieuses, on n'est pas diflScile.

Et pense-t-on que c'est seulement en France que la presque totalité des rois ont été des monstres de cruauté, des bourreaixx atroces ?

Hélas, non !

Les annales du monde entier ne sont qu'vme nomenclature horrible des crimes commis par ces êtres placés au dessus des lois et de l'humanité, qu'on appelle rois et empereurs.

Feuilletez un peu avec moi : que trouvez-vous ?

Un Xéfon. tuant sa propre mère î

Un Yalentinien. gardant auprès de sa chambre à coucher deux ourses féroces qu'il nourrissait de chair humaine %-i vante !

Un Domitien. comptant les soupirs de ceux qu'il faisait égorger par curiosité !

Un Calig"ùia. assistant impassible au meurtre de sa mère et de ses deux frères, et faisant jeter a la mer des centaines de personnes pour s'amuser de leurs cris !

Justinien Rhinotmète, faisant couper le nez à ceux qui avaient le malheur de lui déplaire !

Vitiza tuant Fa^ila d'un coup de bâton pour posséder sa femme, et faisant crever les yeux à Théodefredo !

Christine de Suède faisant poignarder son amant Monaldeschi. sous ses yeux, à Fontainebleau !

Mathias le Sanguinaire, faisant arracher la langue à son père !

Mézence. faisant pourrir des %-ivants attachés à des cada\Te5 1

Amurat. faisant massacrer ses cinq frères !

Achmet. égorgeant sa femme avec ses dents !

Périande. tuant la sienne à coups de pieds !

Charles III. faisant boucher la brèche d'une digue avec des têtes coupées 1

Et cène reine d'Espagne, dont j'oublie le nom, faisant

décapiter un jeune homme qui refusait d'être son amant!

Sélim le Féroce, empoisonnant son père, ses frères et ses neveux !

Cosme de Médicis, se débarrassant de la même façon de sa femme et de ses deux enfants !

Gengis-Khan, faisant scier en deux ses prisonniers de guerre !

Abbas 1er, faisant arracher le sein à la femme et à la fille d'un capitaine qui l'avait trahi !

Vlad, qui faisait clouer les turbans sur les têtes à coups de marteaux !

Roderique, qui faisait arracher les ongles aujÇifnfants de ses ennemis !

Alexis, faisant crever les yeux à son frère Isaac !

Andronic, faisant périr sa femme et son fils dans de l'huile bouillante !

Timour, qui fait égorger des enfants de cinq ans, pour prendre des bains dans leur sang !

Aureng-Zeb, qui empoisonne son père, et tue ses trois frères !

Boris Godounoff, qui en fait autant à son beau-frère, à son neveu, et au Czar, son prédécesseur !

Sapor, faisant couvrir de sel une femme qu'il a fait écorcher vive !

Pierre le Cruel, tuant son frère, sa femme, sa tante et son cousin !

Henri de Transtamare, tuant son frère, et son successeur le tuant à son tour !

Hippolyte 1er {im des ancêtres de Mme de Chavibord ! ) faisant, lui aussi, crever les yeux à son frère !

Richard III, empoisonnant son frère et sa femme, et poignardant ses deux neveux !

Michel II, faisant mutiler honteusement les quatre fik de son prédécesseur !

Michel IV, assassin de son prédécesseur Argyre !

Ramire II, encore un autre qui fait crever les yeux à son frère !

Edouard IV, décapitant Tudor !

Henri VIII, qui, à part ses femmes, fait exécuter soixante jnille personnes, pendant son règne !

Mainfroi le Noir, empoisonnant Conrad IV !

Ethelred II, qui fait en une seule nuit égorger tous les Danois qui se trouvent en Angleterre !

Ranuce 1er, faisant périr son fils de faim dans un cachot !

Cambyse, faisant égorger son frère Smerdis, et enterrer vifs douze seigneurs à la fois !

L'empereur Rodolphe, faisant ouvrir les quatre veines à son fils !

Ezzelin IV, faisant massacrer presque toutes les familles nobles de Vérone et de Padoue !

Alexis V, faisant étrangler Alexis IV !

Bardas, faisant mourir le patriarche de Constantinople dans une oubliette !

Yvan III, faisant immoler son fils aîné dans un cachot, et tuant le cadet d'un coup de hache !

Michel III, arrêtant la procession du Saint-Sacrement par des spectacles révoltants d'obscénité !

Héliodore, volant les vases sacrés !

Alaric, faisant saccager Rome !

Omar, brûlant la biblihotèque d'Alexandrie !

Sybille, qui empoisonne son fils pour donner le trône de Jérusalem à son second mari !

Astarbé, qui empoisonne son mari, et l'achève en l'étranglant !

Attila, fraticide, qui se fait appeler le Fléau de Dieu !

Genséric, qui se fait nommer la Colère du Très- Haut !

Et ceux dont les surnoms seuls donnent une idée des crimes et des vices :

Charles le Mauvais ! Jean le Mauvais ! Jean le Barbare ! Dimitri le Terrible ! Sélim V Ivrogne ! Philippe le Démon du Midi !

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Quand on songe que Dagobert 1er et Jean II s'appe^ laient le Bon, Louis 1er le Débonnaire, Robert 1er le Pieux, Philippe II Atiguste, Charles V le Sage, Louis XIII \& Juste, et Louis XV le Bien-Aimé, on peut juger de ceux qui se nomment le Mauvais, le Crtiel, le Barbare, le Terrible, \ Ivrogne, le Sanguinaire et le Féroce !

Et ceux qu'il suffit d'indiquer :

Les Héliogabale, les Tibère, les Claude, les Dioclétien, les Justinien 1er, les Valens, les Julien, les Hildebrand, les Guy le Baveux, les Phocas, les Didier, les Caballin, les Macbeth, les Osman, les Rathbert, les Ramsès, les Sanche IV, les Darius, les Vittellius, et tant d'autres monstres qu'il serait trop long même d'énumérer !

XÏV

Donc, depuis un temps immémorial, et dans tous les pays du monde réputés civilisés, la pauvre humanité a pleuré, gémi et saigné sous le talon de ces abominables tyrans. Et quand un peuple comme la France essaie de secouer le joug, c'est au nom du Dieu de paix et d'amour qu'on voudrait la ramener en arrière !

C'est avec cette abominable causé de la royauté que l'on voudrait identifier la religion !

Je ne prétends point que les républicains soient impeccables ; mais, sous une république, le crime se punit, ou au moins peut se punir, tandis que sous les saints rois de l'ancien régime, il restait non seulement impunis^ mais encore on l'honorait ; et non seulement on l'honorait,, mais la nation s€ ruinait pour le payer de son sang et de son argent.

Avec une république, on peut toujours mettre au pouvoir d'honnêtes gens, si l'on veut ; tandis qu'avec une monarchie, comme celle dont J'ai fait l'historique, il faut

subir quand même la sottise, la cruauté, les crimes et les persécutions de celui que le hasard a fait votre maître.

Et l'Histoire est là pour prouver qu'avec ce système, il est presque impossible qu'un roi ne soit pas un odieux tyran. Son inducation, son pouvoir, son entourage, sa position d'homme au-dessus des lois, tout conspire à en faire un bourreau de l'humanité, et le fléau de la nation qu'il gouverne.

On est toujours à vanter l'ancien régime au nom de la religion : j'ai montré ce qu'il était, voilà tout.

C'est en même temps une leçon que je donne à ceux d'entre nous, qui prouvent, par leurs sympathies pour les réactionnaires français, qu'ils sont incapables d'apprécier les libertés constitutionnelles dont nous jouissons sous notre système républicain.

Qu'on ne soit pas surpris du mot. Je le répète : sous notre système ?-épiiblicai?i. Car, au Canada, on aura beau dire et beau faire, nous avons une république, qu'on le veuille ou non !

La seule différence, entre notre république et les autres, c'est que ces dernières élisent leur président, et qu'ici c'est l'Angleterre qui nous l'envoie.

Et cette différence disparaîtra avant peu, en dépit de tous nos chambordistes et de tous nos admirateurs du drapeau blanc, qui a eu ses jours de gloire, mais qui est, à notre époque, l'emblème de l'asservissement moral et poUtique.

Un révoltant anachronisme.

Je suis bien sûr qu'il n'y a pas un seul de mes lecteurs qui se demandera maintenant pourquoi nos ancêtres quittaient le beau pays de France pour venir coloniser le Canada, au risque de se faire scalper et manger par les Iroquois.

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