LES CARLOVINGIENS
Charles Martel, le fondateur de la dynastie carlovingienne, ne fut pas à proprement parler roi de France. I! ne prit que le titre de prence où duc des Français.
Ii était fils de Pépin d'Héristal, maire du palais, et d'Alpaïde, sa maîtresse, pour qui le brave homme avait répudié sa femme légitime Plectrude.
Toujours la même origine !
Son père commença par le déshériter et le faire jeter dans un cachot pour le meurtre de Grimoald, son frère.
Les traditions, voyez-vous !
A la mort de Pépin, Charles Martel fut delivré et proclamé duc.
Plectrude, ayant été la femme légitime du défunt, elle voulut faire consacrer par le peuple l'autorité de son petit fils Thibault. Charles Martel les fit prisonniers tous les deux, et personne n’a jamais su ce qu'ils étaient devenus entre ses mains.
Cela commence admirablement comme on voit.
Son ingratitude envers Eudon, qui lui avait donné la victoire de Poitiers contre Abdéramme, valut à la France une nouvelle invasion de Sarrazins.
Les barbares fondent sur le Midi de la France, et s'emparent des villes situées sur les bords du Rhône.
Charles Martel chassa une seconde fois les envahisseurs ; mais il eut la barbarie de faire piller et saccager les villes qui avait été forcées de céder au torrent—Agde Béziers, Nîmes, Narbonne furent réduites en cendres pai l'ordre du despote.
Charles Martel ne persécuta pas l’Église, au dire des cléricaux ; mais il s’emparait sans cérémonie des biens du clergé, et les donnait à ses guerriers étrangers pour les retenir sous ses drapeaux.
Il mourut chargé de malédictions.
Son fils Pépin-le-Bref lui succéda en 741 ; et, apres avoir fait tondre et enfermer l’imbécile Childéric II, il se fit proclamer roi en 752.
Il s'empara de plusieurs provinces d'Italie qu'il donna au pape Etienne II.
À part bien des guerres inutiles, fruits de son ambition insatiable, l’histoire ne lui reproche que d’avoir été fourbe et cruel.
C’est bien peu.
En somme, pour ces temps reculés, ce fut un grand règne,—d’usurpateur si l'on veut—mais un règne qui prépara admirablement l'avènement de Charlemagne, dont nous allons nous occuper.
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Charlemagne, un grand nom.
Né en Bavière en 742, il fut couronné à Aix-la-Chapelle en 768. Ce fut un fort guerrier, un législateur habile, et un grand protecteur des sciences et des lettres.
Son histoire a été écrite par Eginhard, qui était son
secrétaire, et qui fut son gendre, après avoir séduit sd fille Emma. C'est dire que le grand empereur n'a pas été maltraité.
Néanmoins, ce chroniqueur nous apprend que Charlemagne dépouilla ses deux neveux, les enfants de son frère Carloman, qui avait hérité de Pépin conjointement avec lui, et qui mourut jeune. |
fl leur ravit leurs Etats sans le moindre scrupule.
Les deux enfants se retirèrent avec leur mère chez Didier, roi des Lombards, beau-père de Charlemagne.
Celui-ci, outré de ce que son beau père donnait ainsi asile aux victimes de sa cupidité, répudia sa femme et la renvoya avec ignominie. |
Puis il déclara la guerre à Didier, le fit prisonnier et, au mépris des conventions, le fit conduire à Lyon chargé de chaînes et jeter dans un cachot d’où il ne sortit jamais.
Pour convertir les Saxons au catholicisme, il les fit tout simplement, riiassacrer par milliers dans uné guerre qui dura trente trois ans.
Sans cause quelconque, et dans le seul but de faire des conquêtes, il porta le fer et la flamme en Espagne.
Il y perdit quarante mille Français dans une seule bataille.
En quatorze ans que dura cette guerre, il périt par les armes des Sarrasins, par les maladies, et par les fatigues, peut-être un million de Français.
Disons à son crédit qu’il fit beaucoup de bien à l’Eglise ; mais il la subordonna toujours à sa propre autorité.
Non seulement îl empiéta sur ses attributions par des règlements sur la discipline ecclésiastique, mais encore il convoqua des conciles à Mayence, à Reims, à Tours, à Châlons, à Arles et à Francfort, dicta leurs résolutions, et intervint jusque dans les questions de dogme.
À Francfort, il ft condamner le culte des images our vertement autorisé par l'Eglise de Rome:
Zergihé
Sa vie privée fut scandaleuse. Il eut plusieurs concubines, entre autres les deux célèbres courtisanes Himeltrude et Régina. Il épousa au moins cinq femmes, qu’il répudia presque toutes, l’une après l’autre.
Il eut un grand nombre d'enfants, qui l’imitèrent dans ses désordres. Plusieurs de ses filles mêmes furent un sujet d'opprobre pour sa maison.
On voit que s’il y eut du bon sous ce règne, il y eut aussi du mauvais.
‘“ A considérer Charlemagne dans ses guerres avec les Saxons, dit Prud’homme, il nous présente l’image d’un farouche habitant des forêts, avide de sang et de chair humaine, cherchant sur des bords inhabités la trace des malheureux, victimes de quelques naufrages, et les massacrant sans égards pour le sexe ni l’âge.
‘6 Mais si l’on examine ce même homme dans le sein de la France, régénérant les lois, les mœurs, instruisant un peuple abruti, s’efforçant à lui donner une idée de sa force et de sa dignité, ne promulguant la loi que comme l'ouvrage de la nation, ne se servant des mots : #ous voulons, nous ordonnons, nous commandons, qu’en vertu de ce que la nation avait voulu, ordonné commandé ; lorsqu’enfin il paraît à nos yeux sous l'aspect d’un législateur, on est tenté de croire que les historiens infidèles ont donné le même nom à deux personnages différents, et l’on ne saurait reconnaître le bourreau de l'Italie et de la Saxe épouvantées, dans le premier et le dernier des rois français, qui ait jamais songé qu’il n’était qu’un homme et qu’il appartenait à une nation.
‘ Que faut-il conclure de cette opposition dans les actes émanés d’un seul homme? Rien que de fort simple ; que si Charlemagne n'avait pas été roi, il n’aurait pas été une partie de sa vie un brigand tout souillé de crimes ; que s’il n'avait pas été roi, il aurait été un philosophe, et qu’il aurait appris peut-être à la nation à opérer elle-même de si grands changements.”
A Charlemagne succéda son fils, Louis-le-Débonnaire. Le seul fait d’avoir fait crever les yeux à deux évêques, à Bernard, son neveu, et à plus de cent des partisans de celui-ci, puis de les avoir fait tous décapiter quelques jours après, prouve assez le droit que cet inté-
ressant érdividu avait de se faire donner du débonnaire,
Ce débonnaire-là fut, disent tous les historiens, cruel, stupide, fourbe, soupçonneux, faible et lâche.
Rien que ça.
En revanche il se fit conduire par le bout du nez de la belle manière.
Il en porta et de fameuses.
Le panache du cerf de saint Hubert, que l’on montre à Amboise, ne fut rien de comparable au bois qui couronna son royal chef,
Les chroniqueurs ajoutent que le bon einpereur en était tout fier.
Il avait épousé en secondes noces — preuve qu’on n’évite pas sa destinée—une femme impudique, tyranhique et artificieuse nommée Judith.
Cette Judith prit son titre de reine au sérieux ; c’est-àdire qn’elle ne mit pas plus de mystère que de réserve dans ses relations adultères a vec le comte de Barcelonne, qu’elle fit nommer premier ministre.
Enhardie par la faiblesse de son George Dandin, elle voulut bien que son fils illégitime, Charles, hérita de la couronne, au préjudice des trois fils que Louis avait eus de sa première femme,
Le lâche roi, esclave de cette marâtre et de son amant, consentit à donner une portion de ses Etats à l'enfant de son déshonneur.
Un alphonse de nos jours n’en ferait pas autant.
A cet affront sanglant, les fils légitimes du monarque entrent en fureur, et après bien des révoltes et des luttes ——Qui coutêrent bien du sang, mais pas à eux comme de faison-—i]s réussirent à faire enfermer leur père dans un cloître,
Au bout de quelques temps, la diète du Nimègue le rétablit sur son trône. |
La bonne reine reprit alors le cours de ses intrigues. Elle réussit à faire dépouiller Pépin, le fils aîné de son
Mari, de la couronne d'Aquitaine que son père lui avait donnée, et à la faire passer sur la tête de son fils adultérin.
Un bon évêque lui ayant fait quelques remontrances à ce sujet, fut tout bonnement assassiné par ses ordres.
Cette infâme république qui persécute les jésuites !...
Enfin, un bon jour, les autres évêques s’assemblent, et le saint roi Louis-le-Débonnaire est dégradé.
Ils le firent prosterner devant l'autel, où il confessa publiquement ; qw'i/ avait commis sacrilège, parricide, homicide et parjure !”
Cette confession faite, on le dépouilla de ses habits royaux, et on l'enferma dans une cellule.
Après cinq ans de captivité, il réussit à monter encore une fois sur le trône, et meurt après avoir vu le sang français couler de nouveau à flots pour les intérêts de son odieuse femme, et de l'enfant qu’elle avait introduit par contrebande en sa famille.
Pépin était mort ; l'empereur laissa la couronne à ses deux fils Lothaire et Louis, sans excepter le fameux Charles.
Les deux premiers se firent la guerre—avec le sang des autres toujours naturellement—et puis moururent bientôt en laissant tout l'héritage paternel au fils de Judith, qui règna trente-huit ans, sous le nom de Charlesle-Chauve. |
Nous allons en parler.
Charles-le-Chauve oceupa le trône durant trente-huit ans.
Il commença son règne par sa fameuse querelle avec Lothaire, son frère de mère, querelle qui s’éteignit dans le sang, à la fameuse bataille de Fontanet, près d'Auxerre, où, suivant Prudhomme, il périt plus de Français que depuis le commencement de la monarchie.
A part cette pécadille, et celle d’avoir fé son père, on ne peut guère lui reprocher que d’avoir été l’un des hommes les plus insignifiants de son temps.
Il avait épousé, en secondes noces, la sale Richilde, sa concubine, qui le fit empoisonner par son amant reconnu.
Ce saint roi n’a jamais persécuté l'Eglise comme ces infâmes républicains, mais au concile de Pontyon, il exigea, au grand scandale de la chrétienté, que sa respectable Richilde fût placée sur un trône à côté de lui.
Les évêques, profondément humiliés, ne voulurent pas se lever pour la recevoir.
On accusc cette bonne reine de France d’avoir aimé son frère beaucoup plus que son mari ! !!
Mais quand on est reine.
A Charles-le-Chauve succéda Louis-le-Bègue.
Il ne règna que deux ans, mais il eut le temps de laisser deux fils naturels qui régnèrent à leur tour jusqu’à ce que Charles-le-Gros, roi de Bavière, fût appelé a l’empire, à la condition qu’il abdiquât à la majorité du fils posthume de Louis-le-Bègue.
Quelques années plus tard, Charles-le-Gros est destitué, et va mourir sans toit et sans pain dans un pauvre village de Souabe.
Eudes, fils d’un brigand saxon, fut hisssé sur le trône à sa place ; il règna huit ans, dans la débauche et l’insignifiance.
Louis, Carloman, Charles-le-Gros et Eudes furent plutôt des régents que des rois, puisqu'ils occupèrent le trône pendant la minorité du fils légitime de Louis-le- Bègue, qui fut Charles-le-Simple.
Son surnom indique assez qu’il ne passera pas pour un phœænix.
Que voulez-vous, Lamartine l’a dit, le principe héréditaire c’est le droit de l’imbécillité.
Méprisé pour sa bêtise, le bon monarque fit de son mieux pour se faire détester pour sa cruauté.
Si bien qu'on le découronne un bon matin, et qu'il meurt ignominieusement flétri, après avoir été traîné de prison en ptison pendant cinq ans.
Sa coutonne fut décernée à Raoul, son filleul, qui, après treize années de règne pénible et funeste, dut céder la plaçe à Louis d’Outre-mer, fils de Charles-le-Simple, qu'Ogine, sa mère, avait emmené en Angleterre, pour le sauver des assassins soudoyés par Raoul.
Ce Louis fut un ingrat.
Guillaume de Normandie l'avait secouru et lui avait aidé à reconquérir son royaume. Pour l'en récompenser, il essaya de voler l'héritage du fils de son bienfaiteur, par tout ce que la ruse et la perfidie peuvent inventer de plus raffiné.
J1 avait une vieille rancune contre Herbert, comte de Vermandois. Il l'invite à venir à Laon en lui manifestant la plus vive amitié, et là, le fait arrêter et pendre sans forme de procès.
Roi lâche, faible, cruel et perfide, il meurt à Reims, exécté et digne de l'être.
Il laissait deux fils: Lothaire, qui fut le trentième roi de France, et Charles de Lorraine à qui Hugues Capet, l'ancêtre direct du comte de Chambord, chipa la couronne. Le règne de Lothaire ne fut qu’un enchaînement de malheurs et de désastres.
I1 ne rêvait que la guerre et le carnage.
Il mourut empoisonné par Emme sa femme, (une autre sainte reine!) agissant de concert avec Hugues Capet.
Louis V, qui lui succéda, finit au bout d’un an, de la même manière, empoisonné par sa propre mère et par ce Hugues Capet, qui alors s’empara du trône et fonda la dynastie capétienne.
Je ne fais pour ainsi dire qu'indiquer le nom et le règne de ces malheureux monarques, dont les historiens ne font que nous laisser deviner les crimes et les turpitudes.
Nous allons maintenant entrer dans l’histoire de la troisième race, où nous trouverons plus ample matière à chronique.
C’est ici que nos notes vont devenir intéressantes.