‹ Petite histoire des rois de France [microforme]Chapitre 6 sur 17 · EE # | Æ · texte numérisé non relu

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époque où des bandes indisciplinées parcouraient les campagnes en ravageant les moissons, pressurant le peuple auquel on ne laissait que la paille, et qu'on massacrait sans pitié aussitôt qu'il avait l'audace de se plaindre !

Ces fêtes furent signalées par le mépris de toute pudeur qu’on y affcha.

& Il s’y passa, dit Juvénal des Ursins, des choses déshonnêtes en matière d’amourettes, dont depuis beaucoup de maux sont venus.”

La chronique de Saint-Denis, citée par Sauval, observe que, la dernière nuit de cette fête, toute la cour se masqua, et qu'il n’y eut presque personne qui, à la faveur du masque, ne se hvrât à tous les excès de la licence la plus éhontée.

Pour faire face à toutes ces extravagances, on augmenta la gabelle, et l’on fit subir de nouvelles altérations aux monnaies.

On faisait la levée des impositions jusqu'à cinq ou six fois par année.

Les saisies, les contraintes, les exécutions avaient tellement dévasté les campagnes qu’une grande partie du peuple, pour échapper à la mort, émigrait en Espagne.

Pendant ce temps-là, la monstrueuse Isabeau donnait l'exemple scandaleux d’une intrigue publique avec le duc d'Orléans, qui eut le scrupule tout rnyal de souiller la demeure de son propre frère, qu’il avait d’abord essayé de faire périr dans les flammes.

Chaïles VI avait pris pour emblème un cerf : la reine elle-même n'aurait pas pu mieux choisir pour lui.

Aussitôt que la folie du roi fut bien constatée, la cour de France, qui depuis quelques années s'était rendue célèbre par les plus honteuses débauches, devint, sous la présidence d’Isabeau de Bavière, de la duchesse d'Orléans et de la duchesse de Bourgogne, le théâtre d’horreurs sans nom, d’orgies épouvantables, et de crimes à faire rougir les habitués d’un sabbat.

C'était au milieu de ces scènes de libertinage, qu'on prenait les dispositions les plus importantes pour le gouvernement du royaume, qu'on formait et qu’on fai- è sait exécuter les projets les plus sanguinaires.

‘ Comme il n’y avait point alors de spectacles, dit Prud’homme, 1 le passe-temps le plus paisible de la reine et de toutes ces femmes perdues était d’assister le dimanche À l’exécution des criminels.”

Il arriva un moment où les désordres de l’i//ustre aïeu- ) le du comte de Chambord ne connurent plus de bornes, f Véritable Messaline, elle ne prenait plus la peine de | choisir ses complices. On l’appelait /4 grande gaure.

Pendant que le palais de son indigne amant regorgeait de luxe, le roi, malade, déguenillé, manquant de tout, vivait dans la misère et la malpropreté la plus sordide.

‘« Et était touf plein de poux, vermine et ordure, dit Juvénal des “4 Ursins... C'était graride pitié de le voir.” ï

Il passa jusqu’à cinq mois sans changer de linge. i

L’odieuse reine lui avait donné pour compagne une À jeune fille du nom d'Odette de Champdivers, la fille d’un marchand de chevaux.

Cette enfant soigna le malheureux roi avec un dévoûment légendaire ; mais que dirait-on de nos jours si l'on prenait un moyen aussi immoral et aussi dangereux pour soigner les msensés ? |

Il est vrai que la morale royale a peu de rapport avec la morale roturiére.

. Enfin, il serait bien trop long de faire. l’historique de tous les crimes et de toutes les abomiriations de cette } reine dont le nom mérite d’être associé à celui des | tyrans et des criminels les plus célèbres. -

Il suffirait de dire qu’elle mit le comble à toutes ses

mfamies en trahissant la France au profit de l'Allemagne d'abord, et ensuite au bénéfice de l'Angleterre. L’affreuse bataille d’Azincourt étant venu mettre le

comble aux malheurs de la France, la noble reine conçut le projet de vendre le royaume au roi Henri V.

Pour cela, il fallait faire périr ses propres enfants. Elle n'hésita pas : le dauphin, puis son frère Jean, moururent empoisonnés.

‘6 Mais sa haine pour Charles, le dernier de ses fils, dit Prud’homme, ne put jamais s’assouvir dans le sang de ce prince, assez prudent pour ne pas s’exposer à sa rage, assez méchant pour lutter avec elle dans la carrière des empoisonnements et des assassinats.”

Prise en flagrant délit d'adultère avec Louis de Boisbourbon, par le roi lui-même, l’aimable aïeule de l'enfant du miracle fut reléguée à Tours sous garde sévère, et son fils Charles s’empressa de mettre la main sur tous les trésors qu’elle avait amassés au château de Vincennes, pendant que Boisbourbon était traîné à la rivière, cousu dans un sac, sur lequel était écrit: Zasssez passer la justice du rot /

Les rois se vengent souvent ; quand vengent-ils leurs peuples ?

Echappée de Tours, Isabeau crée un parlement à Troyes, prend letitre de Reine par la grâce de Dieu (belle origine pour ce titre-là,) lance des édits en son propre nom, puis ordonne un massacre et un pillage général à Paris.

On égorgea les paisibles habitants par milliers, sans distinction de sexe ni d'âge.

Les premières victimes furent les archevêques de Paris, de Reims et de Tours, les évêques d’Evreux, de Senlis, de Laon, de Saintes, de Lisieux et de Coutances, les abbés de Saint-Denis et de Saint-Corneille de Compiègne, et un grand nombre de magistrats.

Hein ! !:

Trois archevêques, six évêques !.… Les communards ont été bien modestes !

Le sang coulait à ruisseaux dans les rues, et le dau-

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phin lui-même n’échappa qu'avec toutes les peines du ri monde aux poursuites des égorgeurs envoyés par sa mère.

On recherchait surtout les femmes que leur état aurait dû particuliérement faire respecter ; on les éventrait sans pitié, pendant que les preux chevaliers qui commandaient ces horribles exécutions criaient aux forcenés : Courage, mes enfants, vous servez votre reine.

Suivant nos saints cléricaux, il paraît que c'était le bon Dieu qui présidait à tout cela !

Isabeau entra dans la ville en écrasant les cadavres sous les pieds de ses chevaux.

Après de semblables hécatombes, la peste ne pouvait manquer d'éclater. Cent mille personnes en moururent.

Applaudissez, saints homes !

Sur ses entrefaites, Isabeau de Bavière était devenue la maîtresse de Jean de Bourgogne, qui avait assassiné sous ses yeux son premier amant le duc d'Orléans.

A son tour, le dauphin, sous prétexte dé conclure un traité avec l'héritier des dégofitantes faveurs de sa mère, lattire à Montereau, et le fait poignarder en sa présence.

On dirait que c’est l’histoire des anthropophages que nous écrivons | (

C'est alors que le monstre Isabeau conclut, avec Henri V, roi d'Angleterre, le traité de Troyes,—21 mai 1420—qui déshéritait Charles VEE, son propre fils, et vendait fe royaume de France à l'étranger. L:

Le roi d'Angleterre était reconnu roi de France. Le:

Jetons un voile sur toutes ces infamies. $

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V | Au fur et à mesure que nous arriverons aux époques plus modernes, et par conséquent plus connues, nous abrégerons autant que possible nos notes historiques, ne signalant que les faits les plus saillants. H y en aura toujours assez

Charles VII. n'étant encore que dauphin, commença bar assassiner Jean de Bourgogne, comme je l'ai dit plus haut, après lui avoir tendu un lâche guet-apens.

Son père, le fou, avait laissé une fille qu'il avait eue d'Odette de Champdivers. En bon fils, Charles VII la légitima et la dota,--mais au dépens de la nation s’entend. N'est-il pas juste que ce misérable peuple paie un peu pour les faiblesses de ces bons monarques ?

Charles avait épousé, à la mort de son père, la reine Marie d'Anjou, qui passe à tort ou à raison pour avoir eu, elle aussi, des fazblesses toutes particulières pour le beau Dunois.

En tout cas, elle n'aurait fait que rendre le change à son cher mari, qui lui en faisait voir de belles, en compagnie de Gérarde Cassinel, d'Antoinette de Maïgnelais, et surtout de la fameuse Agnès Sorel, dont il eut, entre autres enfants, trois filles, que Louis XI reconnut plus tard comme filles de France, et dota,—-à même le coffre public toujours ; cela va de soi.

Pendant que le peuple émigrait en Espagne pour ne pas mourir de faim, cette Agnès Sorel était couverte de pierreries des pieds à la tête, et les châteaux, les bénéfices, les seigneuries lui arrivaient à la douzaine.

Plongé dans les plaisirs et le hibertinage, Charles VII n'aurait jamais été véritablement roi de France, sans une jeune paysanne, nommée Jeanne Darc, noble héroïne qui chassales Anglais du royaume, mit Charles sur le trône, et fut brûlée comme sorcière, sans que le bon roi fit la moindre démarche pour sauver celle à qui il devait tout.

L'histoire n’a pas d'exemple de lâcheté semblable.

Charles VIT régna trente-neuf ans. Averti par sa femme que son fils Louis XI voulait l’'empoisonner, il se laissa mourir de faim.

Une belle famille, où l’idiotisme le dispute à la férocité !

Ce Louis XI, qui lui succéda, fut un des tyrans les plus sanguinaires qui aient souillé l’histoire.

Un véritable artiste, celui-là !

Il commença son règne par faire mourir sur l’'échafaud cent notables de Reims, qui n'eurent pas même l'ombre d’un procès.

Il se paya à peu près la même fantaisie à Rouen, après la paix de Conflans. Histoire de tuer... Île temps.

Peu après il fait empoisonner son propre frère Charles de Guienne.

D'après ses ordres, son cousin le duc de Nemours languissait dans un cachot de la Bastille. Un jour, il le fait sortir, et lui fait trancher la tête, sans aucune procédure.

Mais ce qui peint surtout le caractère sauvage de ce monstre, c'est le rafinement de barbarie dont il entoura cette exécution. La chose est à peine croyable.

Le duc avait deux enfants qu’il adorait : le roi ordonne qu’on les habille de robes blanches, et qu'on les attache sous l’échafaud, de telle sorte que tout le sang de leur père coule sur eux.

Le monarque assistait à ce spectacle sur un trône orné de fleurs de lys !

Les deux jeunes princes, encore tout couverts du sang de leur père furent ensuite enfermés dans des culs de basse-fosse, espèce de cachots en forme de cônes renversés, où les prisonniers, entraînés par leur propre poids, ne pouvaient prendre aucun repos.

On les en sortait deux fois par semaine pour les fouetter, et on les y replongeait tout sanglants.

Chaque mois, le bon roi leur faisait arracher une ou deux dents en sa présence. Cela l’'amusait.

Plus de quatre mille personnes périrent sur l'échafaud par les ordres de cet exécrable despote. On ne voyait

autour de ses palais que des gibets, des échafauds, des roues et des chevalets.

Il avait aussi la farb/esse—quoique dévot jusqu'à la superstition la plus ridicule—de ne pas épargner les membres du clergé plus que les autres.

Une de ses premières victimes fut Mgr Guillaume d'Haraucour, évêque de Verdun, qu'il fit mourir dans une des oubliettes de la Bastille.

Il garda pendant onze ans le cardinal Ballue enfer mé dans une cage de fer où il ne pouvait nise coucher ni se tenir debout ; et presque tous les jours il allait le voir pour jouir de son supplice.

Ce noble aïeul de M. de Chambord avait une ressemblance de plus avec nos petits inquisiteurs canadiens : il faisait refuser les sacrements à ceux qu'il condamnait à mort.

‘ C'est horrible, criait le comte de Saint-Paul en marchant à l’échafaud, il ne lui suffit donc pas d’occire le corps, il faut qu'il perde l’âme. ”

Fourbe, perfide, puérile, parjure, on aurait dit qu'il ne vivait que pour faire le mal.

Aussi défiant que cruel, il avait des peurs folles, des accès de lâcheté écœurante. Il redoutait tout le monde : et, si la figure d’un individu ne lui revenait pas, il le faisait immédiatement mettre à mort.

Il tenait même son fils prisonnier au château d'Amboise, tant il craignait d'en être assassiné.

Conçoit-on un pareil monstre !

Et dire que la France ne veut plus de ça maintenant. Ah ! pauvre France !

Enfin Louis XI meurt dans les terreurs et les remords.

Favorites : Phélise Renard, et Marguerite de Sassenage, Huguette de Jacquelin, la Gigonne, la Passefilon, et la femme d’un nommé Jean Lebon, du pays de Galles, à qui le roi fit crever les yeux.

Un véritable sérail ! On voit que le bonhomme avait toutes les fasblesses.

68 PETITE HISTOIRE à

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