LA SOULE
Vicomtes de Soûle. — Occupation anglaise. — Domination FRANÇAISE. — RÉUNION DE LA SOULE AU BÉARN ET
a la France.
§ 1° — Vicomtes de Soûle
Les premiers temps de l'histoire de la Soûle sont peu connus. Elle fut érigée en' vicomté au IXe siècle, au profit d'Aznard- Azinarius. Selon toute apparence, ses vicomtes passèrent sous la suzeraineté des rois de Navarre sous Sanche-Garcia dit Abarca, et, plus tard, sous celle des ducs de Gascogne, sans qu'on puisse dire à quelle date ni dans quelles circonstances; sa capitale était Mauléon.
D'après Marca (1), le célèbre historien béarnais, le vicomte de Béarn Centulle IX reçut du duc de Gascogne, au commencement du XIe siècle, la cession des droits de supériorité qu'il exerçait sur la Soûle, comme prix de l'aide qu'il lui avait prêtée dans une guerre contre le comte d'Armagnac.
D'autre part, peu de temps après, vers 1060, dans un traité d'alliance passé entre le vicomte de Béarn et Raymond-Guil-
(1) Pierre de Marca, président au Parlement de Pau, publia, en 1639, une histoire du Béarn qui est une source de renseignements précieux sur Je J3éarn et les régions voisines,
laume, vicomte de Soûle, il est spécifié que cette alliance ne vise ni le roi de Navarre ni le duc de Gascogne.
En 1080, un nouvel accord réglait les mesures à appliquer pour mettre fin aux méfaits continuels qui se produisaient entre Béarnais et Souletins et précisait même la manière dont les torts seraient réparés.
De ces divers documents on peut inférer que, dès le XIe siècle, la Soûle jouait un rôle politique et avait une certaine importance, puisqu'elle était liée par des traités avec de puissants voisins. Cependant ses vicomtes ne jouissaient pas d'une indépendance absolue : ils relevèrent du duché de Gascogne jusqu'à son annexion à la couronne de France, tandis qu'ils devaient hommage au roi de Navarre pour le château de Mauléon, en échange- d'une pension de 600 livres.
Vers 1136, la tige masculine de la famille vicomtale descendant d'Aznar s'étant éteinte, Navarre, unique héritière de la vi comté, épousa Auger de Miramont. La baronnie de Miramont était située près d'Aire, en pays de Tursan. Les vicomtes qui lui succédèrent furent en luttes continuelles avec leurs voisins, notamment avec les vicomtes de Béarn: ces querelles ne présentent pas d'intérêt historique et aucun fait saillant ne se produisit jusqu'au milieu du XIIe siècle.
§ 2. — ^Occupation anglaise
En 1152, Henri Plantagenet, second mari d'Eléonore d'Aquitaine, étant devenu roi d'Angleterre, toute la Guienne, la Gascogne et la vicomté de Soûle qui en dépendait, passèrent sous la domination anglaise. Mais il s'en fallut de beaucoup que ce changement se fît sans difficulté.
Le vicomte de Soûle, habitué à une indépendance presque absolue, ne se soumit pas facilement à un nouveau maître. Les rebellions, souvent encouragées par le roi de France, prirent surtout de l'importance avec Auger, qui devait être le dernier vicomte de Soûle.
Le roi d'Angleterre, Henri III, avait donné en apanage à son fils aîné, Edouard, âgé de 20 ans, ce qui lui restait du duché de Guienne, dont les rois de France Louis VIII et Louis IX lui avaient enlevé une partie. Auger et lui ne s'entendirent pas et il y eut entre eux de nombreuses querelles qui furent le prélude d'un soulèvement général.
Il se produisit vers 1255 et fut provoqué par le vicomte de Béarn, Gaston VII, secondé par Auger. La Soûle fut envahie
par une armée commandée par lé sénéchal Longue- Epée ; mais Auger sut si bien défendre le pays que le sénéchal fut obligé de l'évacuer.
Cependant le vicomte de Béarn ayant été fait prisonnier et ses troupes mises en déroute, Auger jugea prudent de suivre les conseils du Pape et il consentit à céder sa vicomté au prince Edouard, le 3 novembre 1261, en échange des villages de Laharie, Saubusse, Saas, Angoumé et de toute la terre de Marensin. (1)
Mauléon capitale de la Soûle
A la suite de ce changement le calme fut rétabli pendant quelques années ; mais, en 1294, la guerre recommença entre le roi de France, Philippe le Bel, et Edouard III d'Angleterre. La plupart des seigneurs gascons, les comtes de Foix-Béarn, d'Armagnac et d'Astarac se rangèrent du côté des Français ; Auger fit de même et se déclara pour le roi de France, qui le pourvut de la charge de prévôt et châtelain de Dax. Il pénétra en Soûle avec une armée, s'en empara et la garda tout en conser-
(1) Marensin : région comprise eiHre Pax? Bayonrie el la mer,
vant les terres qu'il avait précédemment reçues en échangée D'accord à ce sujet avec le vicomte de Béarn, il confia la garde du pays à Raymond- Arnaud, seigneur de Laa, (2 Février 1297).
Le roi Henri III, occupé par la révolte du pays de Galles, n'était pas en situation de s'opposer à cette conquête ; mais quelques années plus tard, quand la paix fut revenue dans ses états d'Angleterre, il mit Auger en demeure de lui restituer la Soûle qu'il détenait indûment et contrairement au premier accord. Sur les conseils du Pape et de Philippe le Bel, Auger céda son ancienne vicomté à Louis le Hutin, à cette époque roi de Navarre. Il reçut en échange, le 17 Juillet 1307, le château et la seigneurie de Rada en Espagne.
Auger conserva pendant quelque temps encore ses possessions de Gascogne qui passèrent, dans la suite, à la famille d'Albret. Quant à la Soûle, Louis le Hutin en fit la remise au roi d'Angleterre, en 1307, sans tenir compte des droits que fit valoir le vicomte de Béarn ; la Soûle devait rester encore pendant plus d'un siècle possession anglaise.
Ces divers changements politiques n'eurent aucune influence sur l'organisation intérieure de la province. Les Anglais lui accordèrent de larges franchises et, par une administration sage et éclairée, ils surent y rendre populaire la domination des Plantagenet, comme dans leurs autres possessions de Gascogne. Aussi ce pays traversa-t-il une période de prospérité relative sous la direction d'un capitaine-châtelain qui habitait le château de Mauléon et qui relevait directement du lieutenant du roi en résidence à Bordeaux.
§ 3. — Domination française
La lutte des rois de France et des rois d'Angleterre au XIVe et au commencement du XVe siècle, ne toucha guère cette région, très éloignée des divers théâtres des hostilités. Mais lorsque, après la bataille de Formigny, les Anglais n'eurent plus conservé que la Guienne, tous les efforts des Français se portèrent de ce côté et les Anglais y furent attaqués sur plusieurs points à la fois par Dunois, Xaintrailles, le sire d'Albret et Gaston XI, comte de Foix et vicomte de Béarn, qui était lieutenantgénéral du roi de France pour ses possessions de Gascogne.
En 1449, il réussit avec son frère, Pierre de Lautrec, à conquérir la vicomté que Philippe de Valois, en 1339, avait attribuée •à un de ses prédécesseurs, Gaston IV, à la condition qu'il en fit la conquête, Nous pensons bien faire de reproduire in extenso
l'intéressante relation de cette campagne donnée par Jean Chartier, dans sa « Chronique du règne de Charles VII ».
« Vers la fin de Septembre, le comte de Foix, accompagné . «du comte de Comminges, d'Estarac et de Lautrec son frère, « ainsi que de plusieurs autres barons, seigneurs, chevaliers et « écuyers du pays de Foix, de Comminges, d'Estarac, de Bigorre « et de Béarn, jusqu'au nombre de cinq ou six cents lances et « dix mille arbalétriers, partit de son pays de Béarn et chevaucha «parmi le Pays Basque, tant qu'il vint devant la ville de Mau- « léon devant laquelle il mit le siège. Tôt après ce siège mis, « ceux de la dite ville se doutèrent d'être forcés et emportés « d'assaut, memement, vu et considéré la grande compagnie « de gens de guerre qui étaient devant eux, pour éviter tous « inconvénients qu'à l'occasion du siège leur pouvait advenir, « se rendirent à composition à savoir qu'ils n'endommageraient « les dits habitants ni en corps ni en biens. Les Anglais qui « étaient en garnison, voyant cela, se retirèrent dans le château « qui est le plus fort du lieu du pays de Guienne, car il est extrê- « mement haut et assis sur une très dure roche.
« Or, le comte de Foix sachant qu'il y avait peu de gens et « de vivres dans celuy château, y mit le siège de tous côtés. « Sur quoi le roy de Navarre, ces nouvelles étant venues à sa « connaissance, eut le dessein dy obvier tant pour bailler « secours aux dits assiégés que pour faire lever le siège. A ce « sujet, il fit mandement de toute part puis chevaucha accom- « pagné de six mille combattants, Aragonais, Gascons, An- « glais et Navarrais avec lesquels il vint jusqu'à deux- lieues « près du siège, le croyant faire lever. Mais quand il apprit la «grande puissance et les fortifications des assiégeants il fit « reculer et retirer ses gens, puis envoya des messagers envers « le dit comte de Foix lui faire savoir qu'il désirait fort lui parce 1er. Pour quoi il lui envoya demande de sûreté de venir « devers lui avec telle compagnie que bon lui semblerait. Ce « qui étant ainsi arrêté, le roi de Navarre vint à petite com- «pagnie jusqu'à un quart d'heure près du dit siège, en toute «sûreté où se trouva aussi le dit comte de Foix, auquel, après « salutation faite il dit « que vu qu'il aurait épousé sa fille et « aurait belle lignée et aussi attendu l'affinité que, par ce « moyen, devait être entre eux et vu que, par ce mariage, ce « devait être tout un d'avec eux, il s'ébahissait comme il avait «voulu assiéger cette place qui était sa sauvegarde et mème- « ment vu que son connétable en était capitaine pour te roy
« d'Angleterre de par lui auquel il avait promis de faire garder « sûrement en contre tous.
« Le comte de Foix, son gendre, très gracieusement et en lui « faisant tout honneur, lui répondit qu'il était lieutenant-général du roy de France es-partie entre Gironde et les Monts « Pyrénéens, son parent et son sujet ; que, par son comman- « dément et ordonnance, il avait pris ladite ville et mis le siège « devant le château et pour ce, pour son honneur garder et afin « que, en temps à venir, il ne lui fut rien imputé à aucun crime «ou reproche, ni à ceux de son lignage, jamais pour homme « ne lèverait ce siège et ne se déplacerait de devant cette place, « ni lui ni son ost, s'il n'était combattu, forcé, vaincu, et le plus « faible jusqu'à ce que le dit château fut rendu et réduit en « l'obéissance; du roi.
« Mais en toute autre chose à lui possible, lui aiderait, le « conforterait et le servirait comme père de sa femme, réservé « toutefois contre le roy de France, ses sujets et alliés en tout « ce qui touche le fait de la couronne.
« Et ainsi sans autre chose pouvoir faire s'en retourna le roy « de Navarre et son ost en son pays. Alors, quand ceux du châ- « teau connurent qu'ils ne pouvaient être en rien secourus, « considérant aussi la nécessité qu'ils avaient de vivre, ils « rendirent les dits château et ville au comte de Foix par « composition, lesquels par ce moyen, demeurèrent en l'obeis- « sance du roy. Pour la garde du dit château le comte y ordonna « la suffisante garnison au nom du roy. Tôt après la dite chose « le sire de Luxe tenant le parti des Anglais, accompagné de «six cents combattants, portant tous la croix rouge, lequel « était homme du rôy; à cause de la dite ville et château de « Mauléon à lui comptant et appartenant, vint faire hommage «au roy en la main du vicomte de Foix son lieutenant-géné- « ral, comme il est dit ès marches et pays susdits, lequel sire « de Luxe, incontinent après le serment par lui et ses gens « fait, s'en retourna avec sa compagnie en sa maison, portant « tous la croix blanche au lieu que du temps de la Ligue il « portait l'écharpe blanche et rouge, dont le peuple fut fort ébahi « de ce fait ; s'en retourna le dit comte de Foix avec ses gens i< en son pays après grande et bonne garde suffisamment mise « au dit lieu de Mauléon. »