‹ Petite histoire du pays Basque françaisChapitre 4 sur 27 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

et occupait un « castellum », sur l'emplacement duquel a été construit le Château-Vieux.

Pendant les quatre siècles que dura l'occupation romaine, les habitants de l'Aquitaine subirent l'influence d'une civilisation plus avancée que la leur et ils adoptèrent les mœurs, les coutumes, le langage de leurs vainqueurs ainsi que leur religion, le christianisme, qui, au IIIe siècle, se substitua au paganisme. Le pays connut ainsi une longue période de paix et de tranquillité.

Cependant l'empire s'affaiblissait graduellement et, lorsque se produisirent les grandes invasions, les habitants de l'Aquitaine furent* incapables de résister aux Suèves, aux Alains et

aux Vandales qui mirent le pays à feu et à sang. Ils furent plus heureux avec lesVisigoths qui leur apportèrent une civilisation nouvelle et les règnes de Valla, d'Euric et d'Alaric marquèrent une période de réorganisation et de prospérité relative ; mais ce ne fut pas pour longtemps.

Après la bataille de Vouillé les Visigoths ne conservèrent plus que la Septimanie et les peuples de la Novempopulanie, passés sous la domination franque, eurent à subir de nouvelles dévastations. Aussi le VIe siècle fut-il une période particulièrement malheureuse, pendant laquelle sévirent des guerres, des famines, de cruelles épidémies et des malheurs de toutes sortes.

Des civilisations romaine et visigothe il ne resta plus rien ; on sembla revenu aux époques les plus sombres de l'histoire.

Grâce à cet état de choses et à l'affaiblissement du pouvoir franc sous les Mérovingiens, les Gallo-Romains de l'Aquitaine arrivèrent à une indépendance presque complète. C'est alors que les Basques, cantonnés jusque là au Sud des Pyrénées, envahirent le pays. Mais, avant de faire le récit de leurs invasions, il «invient de dire quelques mots de l'origine de ces populations, désignées, dans les temps anciens, sous le nom de « Vascons »,

"5 2. — De l'origine des Vascons ou Basques

Si l'on est bien fixé sur l'époque et les circonstances de l'arrivée en France des populations Vasconnes déjà établies en Espagne, on est loin d'avoir la même certitude pour ce qui concerne leur origine, qu'elle doive être recherchée dans la péninsule ou ailleurs.

Or peu de sujets ont sollicité davantage l'attention des éruditset des chercheurs.

Ce petit peuple, si différent de ceux qui l'entourent, non seulement au point de vue ethnique, mais dans sa langue, dans ses mœurs, dans ses traditions, en un mot dans tout ce qui constitue une race, a été l'objet des études les plus approfondies et les plus consciencieuses, sans qu'on soit arrivé à résoudre le problème de ses origines.

Aussi ne semble-t-il pas sans intérêt d'aborder ce sujet, moins avec la prétention d'apporter une contribution quelconque à cette étude, que dans l'intention de donner un aperçu des théories émises jusqu'à ce jour, en retenant seulement celles présentant de l'intérêt par leur nouveauté ou par les arguments qui les justifient.

Type d

On a voulu faire descendre les Basques de populations très différentes: des Etrusques, des Germains ou encore des Italiens, des Carthaginois, des Egyptiens, et même des Japonais. Il a été fait de ces diverses hypothèses une critique complète qui en a démontré toute la fantàisie. Aussi n'y-a-t-il pas lieu d'en faire l'exposé. Mais il est bon de signaler que, depuis quelques années, on a rattaché, à tort ou à raison, les recherches sur l'origine des Basques à des études s' étendant à des peuplades de l'époque préhistorique.

On a remarqué que beaucoup de monuments remontant à la plus haute antiquité, en Espagne et en Afrique, présentaient une analogie frappante avec ceux de certaines contrées de l'Amérique du Nord.

Pour expliquer ces ressemblances, on admettrait l'existence, dans les temps anciens, d'un continent depuis longtemps disparu qui aurait permis les communications entre l'ancien et le nouveau monde. Il s'agirait de l'Atlantide, dont les Açores seraient les derniers vestiges et dont Platon a parlé dans son ouvrage « le Timée ».

Les habitants de cette sixième partie du monde, après avoir atteint un degré de civilisation avancé, se seraient répandus dans toutes les directions, laissant des traces de leur séjour dans diverses régions, notamment en Afrique, au Mexique avec les Aztèques et aux Etats-Unis avec les Mount-Builders. Les Basques pourraient être les derniers représentants de cette race partout ailleurs disparue.

Déjà, en 1895, cette hypothèse avait été émise par M. Loewy d'Abartiague dans un article publié dans la Nouvelle Revue. Bien qu'elle fût appuyée de quelques arguments non sans valeur, elle fut jugée insuffisamment étayée.

Depuis lors, l'idée a fait son chemin. La question de l'Atlantide est tout à fait à l'ordre du jour, ainsi que le prouvent les travaux de dates récentes de MM. Michel Monzi, Paul Lecour, Gattefossé, Roger Devigne, Gaffarel, Louis Germain, Négris, l'abbé Moreux etc. . .

En outre, il s'est créé à Paris un groupement désigné sous le nom de : « Société des études Atlantéennes » dont M. Dévigne et M. Paul Lecour sont les principaux organisateurs et ayant pour but de centraliser les renseignements recueillis et les travaux présentés.

Plusieurs conférences ont déjà été données et un journal : « Bulletin des Etudes Atlantéennes » est appelé à faire cohnaî-

tre le résultat des travaux de tous ceux qui s'intéressent à cette question.

Ces recherches donneront-elles la clé du mystère entourant l'origine des Basques ? La réponse est du domaine de l'avenir. Quoi qu'il en soit il était bon de signaler la nouvelle orientation qui leur est donnée depuis peu. On ne peut que suivre avec intérêt et sympathie les travaux entrepris pour résoudre un problème dont la solution peut faire faire un grand pas à l'étude des origines et de la diffusion des races humaines dans le monde.

Nous n'insisterons pas davantage et nous passerons à l'étude des deux théories les plus répandues, dont 1 une attribue aux Basques une origine Asiatique et plus partiCulièreent Ibérique et dont l'autre la met en doute.

Dans une magistrale étude présentée au Congrès tenu à Biarritz, au mois d'Août 1911, M. Julio de Urquijo a fait ressortir les différences essentielles divisant les deux camps. Il a rappelé que, dès le XVIe siècle, Beuther, Marineo Siculo, Mario Arecio, Florian de Ocampo, Ambrosio de Moralés et l'historien Estéban de Garibay s'étaient déclarés partisans de la thèse ibériste reprise plus tard par Humboldt.

Pendant longtemps cette opinion a prévalu à peu près sans rencontrer d'adversaires ; mais, de nos jours, une évolution s'est produite et, si la thèse ibériste a des partisans de valeur dont MM. Luchaire, de Jaurgain, Schuchardt etc. . . la thèse opposée en compte aussi parmi les auteurs les plus distingués, MM. Vinson, Philipon, Bladé en France et plusieurs érudits des provinces Basques-Espagnoles.

Parmi les premiers Garât s'exprime ainsi: «Les Phéniciens « et leurs auxiliaires d'Asie fondèrent, à la base des Pyrénéesce Occidentales, la nationalité qui prit le nom de Fédération « Cantabre. Ces populations seraient un débris des peuples pri- « mitifs de l'Asie qui ont continué sans altération la race de Sem.

Ce sont aussi les Phéniciens que M. de Labastie considère comme les ancêtres des Vascons : « ils se seraient établis dans « la région pour exploiter des mines d'or et d'argent très abon- « dantes dans les Pyrénées. Les Basques paraissent être des descendants de cette colonie. Ils existent dans la contrée où nous « les voyons aujourd'hui depuis une suite de siècles dont le com- « mencement n'est pas connu.

« Race patriarcale, écrit M. Adrien Planté, qui, au moment

« où, du berceau de l'humanité, l'Asie, les peuples se répandirent « sur la terre, s'élança, elle aussi, de l'Orient vers l'Occident, «suivant ainsi la loi des migrations de l'Est à l'Ouest encore ,« observée de nos jours ».

Pour M. de Jaurgain il faut remonter aux Ibères-Euskariens, implantés dans le pays où ils formaient un grand nombre de tribus dans le Sud de la France et en Espagne. Bien qu'ayant eu des rapports intimes avec les Phéniciens, les Celtes et les Carthaginois, ils formaient une nation unie et homogène.

D'autres admettent une origine soit Phénicienne, soit Arienne, soit Ibérienne du Caucase.

M. D. P. Lino Munarriz y Velasco veut y voir les descendants d'une des nombreuses tribus qui vinrent de la Crimée, des rives du Don, du Dniéper et du Caucase et qui émigrèrent vers le continent hispanique dix-huit siècles avant notre ère.

On a même été jusqu'à attribuer à l'historien Josèphe l'opinion qu'ils descendaient de Tubal, fils de Japhet, en s' appuyant sur la phrase suivante : «Théobelus donna le commence- « ment aux Théobéliens qui sont aujourd'hui appelés Ibériens ». On voit, d'après le texte .lui-même, que cette phrase vise les Ibères et que pour l'appliquer aux Basques, il faudrait admettre qu'ils descendent des Ibères, ce qui est précisément l'objet du litige.

Nous n'insisterons pas davantage sur ces théories qui, en se basant sur des caractères déterminés, plus particulièrement linguistiques ou anthropblOgrques, tendent toutes à faire descendre les Basques de populations venues d'Asie à une époque et dans des circonstances qu'on ne peut déterminer.

Parmi les adversaires de cette manière de voir, le Dr Collignon se place au point de vue anthropologique. Son étude très documentée et basée sur l'examen d'un très grand nombre de Basques, au cours de tournées du Conseil de révision, conduit à la conclusion suivante : « Leur primitive patrie reste inconnue. «Toutefois nous pouvons poser au moins un jalon dans cette «recherche. Les caractères corporels proprement dits des Bas- « ques les rattachent indiscutablement au grand rameau cha- « mitique des races blanches, c'est-à-dire aux anciens Egyptiens « et à diverses races comprises par le grand public sous le terme «général de Berbères. Leur brachycéphalie, faible d'ailleurs, « ne saurait prévaloir contre l'ensemble des autres|caractères

Basques de la montagne

« qu'ils présentent. . . Cette race est Nord-Africaine ou Euroce péenne, sûrement elle n'est pas Asiatique ».

Du reste, il ne semble pas qu'on soit bien fixé sur ce qu'on entend par « populations ibériques », ni que tout le monde applique à ce terme la même signification. La même incertitude règne quand il s'agit de rapports existant entre ces populations et les Vascons. A ce sujet, M. Camille Jullian s'exprime ainsi : « Autour de ces deux puissances (l'état de Cadix et le «royaume de l'Ebre) erraient sur les plateaux et dans les «montagnes des multitudes sauvages (Indigètes dans les mon- « tagnes du Nord, Béribracès dans la région de Valence).

« C'était un déplacement continu de hordes inquiètes. Tout ce « monde était connu sous le nom d'Ibères (peuplades s' étendant « du Rhône aux Algarves). »

De son côté M. Bladé donne au terme «Ibère » le sens d'une simple expression géographique. Voici sa ' conclusion sur les Ibères et leurs rapports avec les Basques : « Les Ibères n'étaient « pas un peuple distinct, mais un ensemble de tribus diverses, «Phéniciennes, Celtiques, Grecques, Carthaginoises, et on ne «peut dire que les Vascons en viennent. Parmi les Ibères, ils « pouvaient représenter un élément étranger. En outre, au point « de vue linguistique, ils présentent une grande différence « avec les familles sémitiques ou touranieijines. Quant à rap- « procher les Basques des populations de l'Amérique ou de celles « du Nord de l'Afrique, ainsi que l'ont osé certains, c'est con- « traire aux constatations anthropologiques qui ont été faites. « La toponymie ancienne, la numismatique, le droit coutumier « et les prétendus chants héroïques ne font aucune lumière «sur le problème de l'origine des Basques. Par contre, l'his- « toire, l'anthropologie, la philologie constatent que les Basques « sont un peuple fort mélangé. Aucune découverte sérieuse ne « permet de les relier aux populations de l'Afrique ou à celles «du Nouveau Monde; ils ne présentent aucune affinité avec « les idiomes Africains, Sémites et Ariens ». Ainsi M. Bladé refuse aux Basques une origine étrangère: son ouvrage très documenté ne comporte pas d'autres conclusions.

Tel est aussi l'avis de M. Julien Vinson qui ne précise pas davantage la question d'origine. « Il est infiniment probable, « écrit-il, que les Basques n'ont jamais été, aux époques les plus « reculées, qu'une tribu peu nombreuse, cantonnée dans quel- « ques vallées des Pyrénées-Occidentales et dont l'état de civi- « libation était des plus rudimentaires. »

M. Camille Jullian, sans se prononcer bien nettement, s' ex-

prime ainsi: «H y a dans la nation basque des éléments «d'époque et de nature très différentes... Des civilisations «très séparées ont convergé vers le Pays Basque et ont pu « contribuer à lui créer un patrimoine moral. . .

« Qu'il ait existé sur cette terre une couche humaine primi- « tive, d'où sortiraient la majorité des êtres, c'est possible ; « mais si nous cherchons dans le Pays Basque le fond le plus « ancien que les textes et les noms de lieux permettent, nous «retrouvons, inévitable et banal, ce même fond Ligure que nous « avons reconnu partout, au Nord comme au Sud de l'Espagne, « de l'Italie, de la Gaule et des Iles-Britanniques. »

Et pour expliquer comment les Basques ont pu conserver et leur personnalité et leur originalité à travers les siècles, réminent membre de l'Institut de France ajoute: « Les hommes « de terre basque, également éloignés des centres de deux états « rivaux, oubliés et ménagés par l'un et par l'autre, ont pu aisé- « ment se constituer une autonomie, qui, sous des formes très « diverses, a duré jusqu'aux abords de la Révolution. Dix à «douze siècles d'existence séparée suffisent et au delà, pour «former des habitudes nationales, d'autant plus que, lorsque «leur liberté a été menacée ou supprimée, l'usage d'une langue «à eux a perpétué chez les Basques l'état d'esprit qu'ils devaient « à cette liberté même. »

Nous terminerons par quelques mots sur la théorie de M. Bosch Gimpéra qui a envisagé la question à un point de vue tout nouveau (1).

D'après lui on a eu le tort, dans la plupart des recherches sur l'origine des Basques, de lier le problème ethnique à la question de linguistique, tandis qu'il s'agit de deux domaines différents qui peuvent être étudiés séparément. S'il est incontestable que la langue basque contienne un très grand nombre d'éléments ibériques, cela ne prouve nullement que les Vascons fussent des descendants des Ibères.

Ils faisaient partie de la population pyrénéenne néolithique. Or, parmi ces nombreuses populations, il a pu se former des

(1) Bosch Gimpéra — La préhistoriea de los Ibéros y la etnologia vasca. — Revue internationale des Etudes Basques : Octobre et Décembre 1925.

groupes à part, isolés de leurs voisins et ayant subi moins que les autres les influences étrangères.

C'est sans doute ce qui s'est produit pour les Vascons qui sont nettement Européens et Pyrénéens et n'ont aucun rapport ethnique avec les Ibères, tandis que leur contact, pendant plusieurs siècles, peut expliquer les éléments ibériques de la langue, sans qu'il soit nécessaire d'admettre leur identité ethnique.

Le fond original des Vascons est quelque chose de particulièrement ancien et qui restera sans doute inexplicable, tandis que les apports de la langue ibérique constituent un épisode dans la vie de la langue basque, comme il s'en produisit plus tard, quoique à un degré moindre, avec les Celtes, les Visigoths, etc. En résumé la théorie de M. Bosch Gimpéra s'accorde avec celles de MM. Bladé, Vinson et Jullian.

Si on ajoute à l'appui de ces opinions, que les recherches de ces dernières années ont fait découvrir dans les régions occupées par les Basques- Espagnols des gisements de l'époque paléolithique qui démontrent que l'homme y est établi depuis la plus haute antiquité, on semble fondé à conclure que, dans l'état actuel de nos connaissances, les Basques doivent être considérés comme des populations fixées dans le Nord de l'Espagne depuis des temps immémoriaux ou plus probablement comme des autochtones.

§ 3i — Les Vascons depuis le début de la période historique jusqu'à leur établissement au nord des Pyrénées.

Il est fait mention pour la première fois des Vascons (Jans l'histoire lorsqu'Annibal traversa la péninsule hispanique pour porter la guerre sur le territoire de la République Romaine. Après avoir infligé, sur les bords du Tage, en l'an 218, une sanglante défaite aux peuples de l'Espagne coalisés, le général carthaginois, qui avait apprécié la valeur des Vascons, leur proposa une alliance que ceux-ci s'empressèrent d'accepter. Ils furent fidèles à leurs engagements: un corps de Vascons se joignit à l'armée d'Annibal et constitua avec les Africains, d'après Polybe, la portion la plus redoutable de l'armée carthaginoise. Ce n'est que lorsque Carthage vaincue dut renoncer à la lutte, que les Vascons se considérèrent comme dégagés de leur parole de fidélité aux Carthaginois.

Plus tard, quand la domination de Rome eut été établie sur l'Espagne, les Vascons, constamment battus, jamais sou-

Groupes d'entants

mis, furent en luttes continuelles avec les armées romaines. Les généraux les plus expérimentés envoyés pour les combattre, Manlius, Varron, Scipion- Emilien, Metellus etc., essayèrent en vain, avec leurs meilleures troupes, de les soumettre et le nom de Viriathe, un de leurs chefs les plus remarquables, qui, pendant un demi-siècle, tint tête aux armées romaines, personnifie l'esprit de patriotisme et d'indépendance des Vascons de cette époque.

La lutte avait duré près de deux siècles lorsque' l'empereur Tibère comprit qu'il devait user, à l'égard de ce peuple, d'une politique autre que celle qui était appliquée aux colonies de l'Empire. Au lieu de les combattre, il rechercha leur alliance et il parvint à passer avec eux un traité par lequel il s'engageait à respecter leurs institutions, à ne pas leur demander de subsides et à ne pas mettre de garnisons dans leur pays, moyennant quoi les Vascons assuraient l'empereur de leur fidélité. Cet accord eut un excellent résultat ; car, jusqu'à l'invasion des barbares et la fin de l'Empire, la paix paraît avoir régné entre les Vascons et leurs voisins.

Après la chute de Rome ils résistèrent aux Wisigoths lorsqu'ils envahirent le Nord de l'Espagne, en 410, et les luttes soutenues contre les Romains reprirent avec les nouveaux venus. Continuellement refoulés dans les Pyrénées qui formaient des retraites inviolables et inaccessibles, ils saisissaient toutes les occasions pour en sortir et fondre sur leurs ennemis ; les plaines de l'Ebre et de l'Alava furent le théâtre des combats les plus acharnés. C'est au cours de ces luttes incessantes qu'on les voit franchir les Pyrénées.

On ne peut préciser à quelle époque se produisirent ces ptëmiers déplacements. Dès le milieu du VIe siècle on trouve quelques Vascons établis au Nord des montagnes; mais c'est notamment sous les règnes de Léovigilde et de Réccarède (586-601), qu'ils commencent à se répandre dans les Gaules. Ces déplacements n'eurent pas le caractère des grandes invasions qui ravageaient tout sur leur passage ; ce fut plutôt un courant d'émigration qui se produisit de la fin du VIe au commencement du Xe siècle. Il semble que les indigènes peu nombreux dans les vastes régions du Sud-Ouest de l'ancienne Novempopulanie, aient reçu favorablement ces nouveaux venus avec

vallée de la Bidassoa

lesquels ils avaient sans doute depuis longtemps des relations pacifiques.

Les premiers envahirent la plaine, les derniers arrivés s'établirent dans les hautes vallées en partie désertes, telles que la vallée du Saison, celles de la Nive, de l'Arbéroue et de la Haute-Bidouze. Aussi ceux-ci se mêlèrent-ils moins aux éléments étrangers et c'est ce qui explique qu'ils aient conservé, sans altération, leur caractère, leur langage, leurs traditions et qu'on trouve des différences profondes entre leur constitution et leurs coutumes et celles des autres peuples voisins.

Avec le temps il s'établit une différenciation très nette entre les Vascons de la plaine, qui furent désignés sous le terme de « Gascons » et ceux de la région montagneuse, dont le nom « Vascons » fut, dans la suite, transformé en « Basques ». Quoi qu'il en soit, au VIIe siècle, ils étaient maîtres de la région comprise entre l'Océan, la Garonne et les Pyrénées et, à partir de cette époque, ce pays fut désigné sous le nom de « Vasconia » et plus tard de « Gàsconia », d'où est venu « Gascogne ».

Cependant l'organisation politique de la région ne se fit pas sans difficultés. En 602 les deux fils de Childebert II, Théodebert II, roi d'Austrasie et Thierry II, roi de Burgondie, qui se partageaient l'Aquitaine, les vainquirent et créèrent le duché de Vasconie dont le premier duc fut Génial. A partir de cette époque, son histoire est intimement liée à celle de l'Aquitaine ; mais il semble que la suzeraineté de ses ducs ait été plus théorique que réelle et que ce duché ait joui d'une indépendance relative quoique non reconnue par son suzerain.

De leur côté les Francs essayèrent à plusieurs reprises de soumettre ces sujets indépendants et peu dociles. C'est au cours d'une de ces expéditions que l'armée de Charlemagne revennant d'Espagne fut attaquée par les Vascons, le 15 août 778, sur les flancs de l'Altabiscar (1) et subit une sanglante défaite. La légende a transformé cet épisode et la chanson de Roland est notre chanson de gestes la plus connue et la plus populaire.

(1) Altabiscar, montagne au Sud-Est de la vallée de Val-Carlos. Elle est côtoyée par l'ancienne voie romaine qui établit, pendant tout le moyen âge, et jusqu'au siècle dernier, les communications entre les deux versants des Pyrénées.

Quelques années après cet événement, Pépin, fils de Louis le Débonnaire, fut apanagé de l'Aquitaine. Les Vascons se soulevèrent et commencèrent une lutte qui, après avoir duré plusieurs années, devait se terminer par leur défaite. Leur dernier duc, Loup- Centulle, fut exilé ; les enfants de son prédécesseur, Garcimire, tué dans la lutte, passèrent les Pyrénées et allèrent fonder les royaumes de Sobrarbe et de Pampelune, qui devinrent le royaume de Navarre.

Quant au duché de Vasconie, il fut déclaré dissous et Pépin créa à sa place le comté de Vasconie citérieure qui comprit la majeure partie de l'ancienne Novempopulanie et fut érigé en duché, en 864, sous le nom de duché de Gascogne. Au commencement du XIe siècle son dernier duc, Eudes, devint duc d'Aquitaine par le décès sans enfants de son frère aîné qui portait ce titre et le duché de Gascogne fut incorporé à l'Aquitaine.

Pendant cette période les ducs de Gascogne réorganisèrent leurs états militaires, notamment au IXe et au Xe siècles pour résister aux Normands. Chaque cité, avec le territoire qui en dépendait, fut soumise à l'autorité d'un chef. Mais, avec le temps, ces commandements se transformèrent en fiefs transmissibles, d'après les règles du droit féodal, et c'est ainsi que toute l'ancienne Vasconie se morcela en un grand nombre de comtés, vicomtés, baronnies et xseigneuries plus ou moins indépendants. La région qui devait devenir le Pays Basque Français forma trois fiefs: la Soûle, la Basse-Navarre et le Labourd.

§ 4. — Origines des trois provinces basques

La Soûle fut érigée en vicomté au XIe siècle. Elle eut pour premier vicomte Asnar-Azinarius, quatrième fils de Vandrégisille, comte de la marche de Gascogne, sous Louis le Débonnaire. Cette famille, issue des vicomtes de Lavedan, formait une branche cadette des comtes de Bigorre, sortis eux-mêmes de la famille ducale des Vascons. Les vicomtes se succédèrent sans interruption jusqu'au milieu du XIIIe siècle ; à cette époque la Soûle fut rattachée directement à la couronne d'Angleterre.

La Basse-Navarre fut constituée au XIIe siècle, avec la vicomté de Baïgorry, l'Arberoue et le pays de Cize, cédés au roi de Navarre, Sanche-le-Fort, par le roi d'Angleterre. Quelques années plus tard elle s'accrut des pays de Mixe et d'Ostabaret démembrés de la vicomté de Dax.

La vicomté de Labourd date du commencement du XIe siècle. A cette époque deux puissants états s'étendaient des deux côtés des Pyrénées-Occidentales ; au Nord, le duché de Gascogne; au Sud, le royaume de Navarre. Vers l'année 1020 le duc de Gascogne Sanche-Guillaume engagea au roi de Navarre, Sanche-le- Grand, les terres constituant le Labourd, l'Arberoue, le pays de Cize, la vallée d'Ossès et celle de Baïgorry? pour l'indemniser de son intervention dans un démêlé qu'il avait eu avec le comte de Toulouse.

Sanche-le-Grand érigea en fiefs héréditaires les terres qui lui étaient ainsi engagées et créa, vers 1023, la vicomté de Baïgorry et celle du Labourd. Il donna cette dernière à un de ses cousins, Loup-Sanche, majordome de Navarre. Quelques années plus tard, Eudes de Poitiers, successeur de Sanche- Guillaume, racheta la vicomté de Labourd qui revint ainsi dans le domaine des ducs d'Aquitaine.

Telle fut l'origine des trois provinces basques françaises, qui eurent dans la suite des destinées bien différentes.

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