‹ Petite histoire du pays Basque françaisChapitre 7 sur 27 · LA NAVARRE DE SES ORIGINES AUX ROIS BÉARNAIS · texte numérisé non relu

LA NAVARRE DE SES ORIGINES AUX ROIS BÉARNAIS

Lorsque Sanche-Guillaume duc de Gascogne eut engagé à Sanche-le-Grand roi de Navarre, au commencement du XIe siècle, les pays d'Arberoue, d'Ossès, de Cize et de Baïgorry, ces terres firent partie du royaume de Navarre ; mais il s'en faut de beaucoup que cette annexion fût définitive. On est à peu près sans documents sur ce qui se passa dans cette région pendant deux siècles. Cependant des rares renseignements que l'on possède, il résulte qu'elle subit au point de vue politique diverses fluctuations.

Dès 1120 les pays d'Ossès et de Cize avaient fait retour au duc de Gascogne, ainsi qu'en fait foi un acte de donation

du duc d'Aquitaine au monastère de Sorde. Hugues de Poitiers, moine de Vézelay, écrivait qu'en 1137, Eléonore d'Aquitaine apporta à Louis-le- Jeune toute la Gascogne et la Navarre jusqu'aux monts Pyrénées. On peut en conclure que tout le pays était revenu en entier au duc de Gascogne en même temps que le Labourd. Sans qu'on puisse rien préciser, il est infiniment probable que ces terres furent restituées au roi de Navarre par Richard, Cœur de Lion, lorsqu'il épousa Bérengère sa fille en

Quelques années plus tard, en 1196, le vicomte de Tartas et de Dax, comme seigneur de Mixe et d'O.stabaret, prêta hommage au roi de Navarre ; mais ses barons ayant refusé de le faire, y furent contraints par la force et durent suivre, quelques années plus tard, en 1203, l'exemple de leur suzerain.

A partir de cette époque la partie du royaume située au Nord des Pyrénées eut sa constitution définitive et forma la sixième division du royaume de Navarre désignée sous le nom de : « ultra-puertos ».

Ces événements se passèrent sous Sanche-le- Fort, le dernier mais aussi un des plus célèbres des rois navarrais. Sariche-le- Fort, le héros de la bataille de las Navas-de-Tolosa, fut avec Sanche-le-Grand, un des fondateurs de l'unité navarraise.

Aux rois de cette dynastie succédèrent les rois de la maison de Champagne, les rois dê France, les rois de la maison d'Evreux et les rois Béarnais. Pendant ces règnes successifs l'histoire de cette région est intimement liée à celle du royaume de Navarre dont elle faisait partie.

Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de faire l'historique de cette longue période qui s'étend du commencement du IXe siècle jusqu'au milieu du XVe siècle. Nous rappellerons seulement que, bien avant les Bourbons, ce pays avait été gouverné par les rois de France, de Philippe-le*Bel, qui en hérita par sa femme, jusqu'à Philippe-de-Valois, qui le restitua à Jeanne fille de Louis-le- Hutin, sa légitime héritière. Avec elle commença la dynastie des rois de la maison d'Evreux.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur les longues luttes intérieures et extérieures de la période qui suivit et qui fut fertile en guerres. Charles II en particulier a laissé une réputation qui l'a fait connaître sous le nom de «Charles le Mauvais»: ses guerres, ses intrigues et ses trahisons sont du domaine de l'histoire générale. Aussi nous bornerons-nous à retenir les faits

principaux qui ont précédé la réunion de la Basse- Navarre au Béarn puis à La France et qui en expliquent les raisons.

Charles III, dit le Noble, fils de Charles- le Mauvais, après un règne pendant lequel le pays traversa une période de prospérité, mourut à Olite (l),en 1425, laissant sa succession ? sa fille Blanche, mariée au roi d'Aragon. Blanche eut trois enfants, le prince de Viane, Blanche princesse des Asturies et Eléonore qui épousa, en 1434, Gaston comte de Foix et vicomte de Béarn. Mais Jean d'Aragon ayant perdu sa femme en 1444, épousa en secondes noces Jeanne, fille de l'amiral de Castille, princesse ambitieuse à l'excès, sans scrupules et qui commit et fit commettre à son mari les pires iniquités.

En attendant la majorité du prince de Viane, légitime héritier de la couronne, Jean avait pris la régence de ce royaume qu'Eléonoçe ambitionnait pour son mari. Gaston ayant déjà le comté de Foix, le comté de Bigorre et la vicomte de Béarn, se serait trouvé à la tête d'un important royaume à cheval sur les Pyrénées.

Ces prétentions donnèrent lieu à des rivalités et à des luttes qui durèrent plusieurs années. La noblesse se partagea en deux camps ennemis: le comte de Lérin connétable et Jean de Beaumont son frère, grand prieur de Jérusalem, défendaient la cause du prince de Viane et étaient désignés sous le nom de « Beaumontais », tandis que les « Agramontais », sous les ordres du maréchal Pierre de Navarre et de son oncle Pierre de Peralta, prirent le parti de Jean d'Aragon qui était celui d'Eléonore. Le pays fut mis à feu et à sang pendant plusieurs années et les pires excès furent commis.

Après des alternatives de succès et de revers, le prince de Viane vint à mourir, en 1461, très probablement empoisonné. Cette mort rendait Blanche, divorcée du prince des Asturies, légitime héritière de la Navarre et c'est sur elle que furent dirigées les intrigues d'Eléonore et de ses partisans, poussés par le roi de France Louis XI, dont la sœur était mariée au fils du comte de Foix et d'Eléonore. L'infortunée princesse fut conduite à Saint- Jean-Pied-de-Port et delà à Saint-Palais, où elle fut

(l) Olite, localité située à 40 kilomètres au sud de Pampelune, ancienne résidence des rois de Navarre. On y voit de belles rainas du château construit par Charles le Noble au commencement du XVe siècle

livrée à Gaston de Béarn qui l'enferma au château d'Orthez, selon les uns et d'après les autres dans un monastère à Lescar, où elle finit sa vie dans la retraite et la prière.

Eléonore se trouva ainsi la seule héritière du royaume que le roi Jean conserva jusqu'à sa mort, le 19 janvier 1479. Par son testament il la désigna pour lui succéder. Elle fut couronnée et sacrée le 28 janvier 1479. Mais elle ne devait pas jouir longtemps de ce royaume acquis par le meurtre et les plus lâches intrigues, car elle mourait quelques jours plus tard, le 12 Février.

§ 2. — • Vicomtes de béarn rois de navarre

Gaston, le mari d'Eléonore, était mort à Roncevaux en 1479. Son fils aîné Gaston avait péri dans un tournoi, mais il laissait de son mariage avec Madeleine de France un fils, François- Phœbus et une fille nommée Catherine. Ces enfants étaient en bas âge. Aussi l'administration du royaume fut-elie confiée à la mère et au cardinal Pierre de Foix.

Les troubles recommencèrent de plus belle entre Beaumontais et Gramontais et désolèrent le royaume où François-Plio»bus parut peu. Après son couronnement à Pampelune et un voyage dans ses états, il fixa sa résidence à Pau, où il mena une vie qui convenait à ses goûts en cultivant les arts et la musique. Un jour, le 29 janvier 1483, en jouant de la flûte, il sentit un froid mortel dans ses veines et, peu après, il expirait, très probablement empoisonné.

Sa sœur Catherine lui succéda. Elle avait 13 ans et sa mère continua pour elle la régence. La jeune reine était considérée comme un des plus beaux partis de l'Europe ; aussi les prétendants ne manquèrent pas. Madeleine laissa aux Etats de Béarn le soin de choisir le mari de la princesse. La majorité de ceux-ci s'étant prononcée pour Jean d'Albret, ce choix, qui avait été encouragé par le roi de France, Louis XII, fut très mal vu par les Cortés Navarraises et un soulèvement se produisit encouragé par les factions. Aussi Jean et Catherine eurent-ils beaucoup de peine à obtenir leur couronnement à Pampelune.

Cette cérémonie ne désarma pas les partis et c'est en vain que Jean tenta de ramener la concorde dans le pays ; il ne put y parvenir. En outre des éléments de discorde qui existaient depuis si longtemps, le roi Ferdinand-le-Catholique encourageait sourdement les troubles dans le but de s'emparer de la partie de la Navarre située au Sud des Pyrénées et d'achever ainsi l'unité territoriale de l'Espagne. Jean d'Albret n'était pas

de taille à défendre sa couronne contre cet ennemi dangereux et perfide.

Ferdinand profita du moment où Louis XII occupé en Italie ne pouvait pas venir en aide à son allié pour faire envahir ses possessions par une armée sous les ordres du duc d'Albe. Ce dernier obligea le roi de Navarre à se retirer précipitamment et à regagner Pau, poursuivi par les troupes espagnoles qui, en peu de jours, avaient pris Saint- Jean-Pied-de-Port et s'étaient solidement établies aux portes du Béarn (Juillet 1512).

St-Jean-Pied-de-Port capitale de la Basse-Navarre

Jean d'Albret ne resta pas inactif. Avec des troupes envoyées par le roi de France et celles de ses états, il concentra à Sauveterre une armée de 25.000 hommes. Louis XI 1 lui avait envoyé en même temps François duc d'Angoulême et les généraux La Palice, Lautrec et Longueville.

L'armée se mit en mouvement en 3 colonnes le 24 Septembre.; mais des retards se produisirent dans certains corps. L'armée du duc d'Albe réussit à s'échapper et à gagner Pan.pelune. Le siège fut mis devant cette place ; mais il ne fut pas de longue durée.

Une armée de renfort arrivée de la Castille, contraignit Jean à le lever et à battre en retraite par les cols de Velate et de Maya.

Attaqué dans ces passages difficiles par les Guipuzcoans, il y perdit toute son artillerie et beaucoup de monde. Ces revers inclinèrent Louis XII, malgré ses succès en Italie, dans la voie des négociations. Le 1er Janvier 1513 une trêve d'un an fut signée à Urtubie ; Ferdinand délaissa Milan et les Vénitiens tandis que Louis XII abandonna d'Albret. Celui-ci ne conserva plus que la Basse-Navarre, à l'exception de Saint-Jean-Pied-de- Port (1). Après une vaine tentative pour reprendre cette place il mourut le 17 Juin 1516 et sa femme le suivit peu après dans la tombe, laissant à Henri, leur fils, les domaines de la maison d'Albret et de Foix-Béarn.

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