‹ Petites causeries (volume 3)Chapitre 16 sur 37 · LE CHAT ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE CHAT ET LE RENARD

Jouerons-nous aujourd'hui, monsieur ? — Non, mes amis. — Nous apprenons le français en jouant. — C'est vrai : mais je vous ai préparé une historiette amusante, une jolie petite fable de La Fontaine. — Oh I nous aimons La Fontaine : nous l'avons lu en anglais. •« — Connaissez-vous la fable intitulée Le Chat et le Renard? — Qui est le Chat? — Le voilai — C'est Puss. — Non : c'est Minette. — Est-ce que le Renard trompera Minette comme il a trompe le Corbeau? — Qu'en pensez-vous? — Je ne sais que penser. Le Renard est rusé, mais le Chat n'est pas bête. — Non, certes : il sera difficile à son compagnon d'être plus malin que lui. — Oui : s'il avait un fromage, le Renard ne l'aurait pas. — Tu as raison, Louis. Mais écoutons le fabuliste.

Le Chat et le Renard, comme beaux petits saints, s'en allaient en pèlerinage. C'étaient deux vrais hypocrites. Tout le long du chemin ils tuaient des poules et volaient des fromages. Puis le Renard racontait ses aventures avec l^s corbeaux, avec les coqs; le Chat parlait des rats, des souris qu'il cro-

quait, et de sa maîtresse qu'il trompait. Les deux drôles riaient : mais à la fin ils se disputèrent. "' Tu crois être habile, dit le Renard. Je suis plus rusiî que toi. J'ai cent ruses dans mon sac." — "C'est beaucoup, répond le Chat. Moi, je n'ai qu'une ruse, mais elle en vaut mille." Sur ce point ils n'étaient pas d'accord. Comment pouvaient-ils l'être ? " Non I " disait l'un ; " " Si 1 " répliquait l'autre. Ils allaient en venir aux mains quand une meute apparut. Le Chat dit au Renard : " Fouille en ton sac, ami ; prends tes cent ruses ; pour moi, voici mon stratagème." A ces mots, sur un arbre il grimpa: le voilà tout au sommet qui triomphe et qui rit dans sa moustache. Cependant le Renard fait cent tours inutiles, entre dans cent terriers. Les chasseurs l'enfument, les chiens le poursuivent et l'étranglent à la fin.

Le trop d'expédients peut gâter une affaire. N'en ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.

Avez-vous compris la fable, mes amis? — Nous avons saisi le sens, mais qu'est-ce qu'un pèlerinage et une meute? — Un pèlerinage est un voyage qu'on fait par dévotion en quelque lieu consacré. — Le Chat et le Renard sont-ils dévots? — Non, chère amie, ils sont hypocrites. Ce sont de petits saints, dit La Fontaine, c'est-à-dire de faux saints. Ils pratiquent la dévotion pour tromper. Parmi les animaux de la forêt le Renard a une grande réputation de piété. Le roi Lion lui-même croit à sa sainteté. Ecoutez.

Un jour sa Majesté était malade. Tous les méde-

cîns, tous les sujets du prince accoururent. Le Renard seul resta dans sa demeure. Le Loup parla contre lui, l'accusa d'indifférence pour la santé du roi. On va le chercher. " Sire, dit-il, j'étais en pèlerinage, je priais le ciel pour la conservation de vos jours. Dans mon voyage, j'ai rencontré des gens habiles et savants, leur ai décrit votre maladie. Vous ne manquez que de chaleur, sire. Immolez le Loup et sur votre corps appliquez sa peau toute chaude et toute fumante." Le Renard fut écouté, et le Loup servit au Lion de robe de chambre.

Pourquoi le Loup parlait-il contre le Renard? — Pour faire sa cour, pour s'élever dans la faveur royale aux dépens du premier courtisan. — Le Renard est le premier, n'est-ce pas? — Oui, certes: vous voyez qu'il n'est pas facile de lui prendre sa place. — Cependant le Chat a été plus malin que lui dans notre fable. — Oui, les plus rusés se trompent quelquefois. — Le Chat n'est jamais trompé. — Pardon 1. George : je connais une aventure oii il joue un triste rôle. — Dites-la monsieur. — Je la dirai peut-être un autre jour.

Pour le moment vous ne savez pas encore ce que c'est qu'une meute. — Qu'est-ce? — Connais-tu la chasse ? — Oui. — Les chasseurs ont un fusil, n'est-ce pas? . . . Voilà un fusil sur ce tableau et un chasseur : il a sa gibecière sur son dos. Avec son fusil le chasseur tire, il tue les lièvres, les lapins, les cailles, les perdreaux, les renards, les loups quelquefois, les ours et les lions. N'a-t-il pas un fidèle compagnon

qui chasse avec lui ? — Si, le chien. — Eh bien I les chiens dressés pour la chasse, et réunis autour du chasseur, c'est la meute. — Nous comprenons: la meute ne peut grimper sur l'arbre pour attraper le Chat. — Vous voyez que l'expédient du Chat valait mieux que cent ruses. — Oui.

Laissez-moi vous poser quelques questions. Pourquoi le Chat et le Renard allaient-ils en pèlerinage ?

— Le pèlerinage n'est-il pas une pratique de piété ? — Nos deux personnages sont-ils donc pieux ? — Y a-til des hommes qui ressemblent au Chat et au Renard ?

— Comment les appelle-t-on et qu'en pensez-vous ? — Le Chat et le Renard prièrent-ils tout le long du chemin ? — Que firent-ils et de quoi s'entretinrentils? — Leur entretien était-il édifiant? — Ne se disputèrent-ils pas ? — Quel fut le sujet de leur dispute ?

— Lequel des deux avait le plus grand nombre de ruses dans son sac ? — Lequel avait la meilleure ? — Cent mauvaises ruses valent-elles mieux qu'une bonne ruse ? — Qu'arriva-t-il pendant qu'ils se disputaient ?

— Qu'est-ce qu'une meute et un terrier? — Que fit le Chat pour échapper à la mQute ? — Etait-il hors de danger sur l'arbre ? — Pourquoi le Renard ne grimpet-il pas sur l'oirbre ? — N'as-tu jamais grimpé sur un arbre, Charles ? — Et toi, Marie ? — Etais-tu poursuivi par une meute, Charles, ou allais-tu cueillir des cerises, ou peut-être dénicher les corbeaux? — Le Renard échappa-t-il ? — Que firent les chasseurs et les chiens ? — Quelle est la morale de la fable ?

DES ANECDOTES

Jk vous salue, mes amis. Ayez-vous des questions à me faire sur notre fable d'hier ? — Non, mais je l'ai contée à ma mère et elle m'a dit une histoire à l'honneur de Minette. — Vraiment I veux-tu nous la répéter, Joséphine ? t- Oui, avec plaisir.

Minette avait trois jeunes dans une petite chambra

au bas de notre maison. Elle les porta à la mansarde.

La servante les reporta dans la petite chambre. Mi-

xuette avait son idée et n'aimait pas cette intervention.

r Elle reporta ses jeunes là-haut une fois, deux fois, trois fois, dix fois, car la servante aussi était obstinée. La pauvre Minette n'en pouvait plus, elle mourait de fatigue. Elle quitte la maison. Oii est-elle, monsieur?— Je n'en sais rien, chère amie. — Elle reste absente une heure, puis revient chez nous avec un gros chat noir que nous ne connaissons pas, lui montre ses trois petits, lui explique l'afiaire. — Elle lui explique l'affaire ?-t- Apparemment, puisque le gros chat

A- prit les jeunes un à un, les porta à la mansarde et, sa tâche finie, disparut. On ne l'a jamais revu dans notre famille.

Vous voyez que les animaux n'ont pas besoin de la parole pour communiquer leurs idées. — Comment se comprennent-ils? — Nous l'ignorons, mais il est certain qu'ils se comprennent. Un de mes amis m'a raconté une histoire semblable à celle de Minette, une histoire à Thonneur du chien. — Nous écoutons, monsieur.

Il était allé en Europe oii il passa trois années. Il avait confié à son frère sa maison et deux beaux chiens qu'il possédait. Quand il revint de ^on long voyage et au moment qu'il rentra chez lui, Tun de ses chiens se précipita à sa rencontre, sautant, aboyant, fou de joie, ivre de plaisir. Tout à coup il interrompt ses démonstrations d'amitié et paraît pensif, puis s'élance hors de la porte. . . . Tu m'as demandé, Joséphine, où était allée Minette. Sais-tu pourquoi le chien de mon ami s'est en allé? Est-il fatigué de caresser son maître ? — Non, bien sûr. Dites- moi, monsieur, où est l'autre chien, et je vous dirai où celui-ci est allé. — Comment? — Il n'est pas égoïste, il pense à son camarade. — Tu as raison: il est allé au petit bois, derrière la maison, où son compagnon, couché à l'ombre des ormes, pensait sans doute à son maître et pleurait sa longue absence. Il lui communiqua la bonne nouvelle, et bientôt on vit les deux fidèles animaux revenir côte à côte au foyer pour témoigner ensemble leur affection à leur maître.

iT'admirez-vous pas l'attachement du chien pour son maître ? — Le héros de cette histoire est-il égoïste ?

— Les animaux ne sont-ils pas souvent aussi bons que les hommes ? — Quel est l'animal le plus dévoué à rhomme ? — Quel est le plus fidèle ? — Les animaux se comprennent-ils ? — Nous comprennent-ils ? — Les comprenons-nous? — Quand nous ne les comprenons pa3, h qui la faute ? — La faute est à eux, monsieur.

— Non, George : Dieu ne leur a pas donné la parole. Us nous observent, nous étudient sans cesse pour nous comprendre, et aussi pour se faire comprendre de nous. — Oui, je connais une Minette qui a sonné la cloche pour avoir son dîner. — Tu vois qu'ils sont ingénieux à se faire comprendre. — Voulez-vous, monsieur, que je dise cette histoire ? Elle est presque incroyable, mais elle est vraie. — Qui te l'a contée? — C'est ma sœur: Taventure est arrivée à Vassar Collège où ma sœur est en pension. — Tu as la parole, Marie ; commence.

Minette, le Chat de Yassar, nn chat magnifique qui est marqué de quatre couleurs, est connu au collège pour sa rare intelligence. Il y fait l'admiration des professeurs et des élèves. Aux heures des repas on sonne la cloche dans cette maison pour rassembler tout le monde à table. C'est aux mêmes heures que Minette est servie et reçoit sa nourriture. Or la pauvre bête fut un jour enfermée par hasard dans une chambre de l'établissement. La cloche sonne. Elle veut sortir, elle miaule, miaule et miaule. • • • On ne l'entend pas. Elle ne peut pas elle-même ouvrir la porte. — Pourquoi ne saute-t-elle pas par la fenêtre? — C'est vrai, la fenêtre est ouverte, mais

elle est à dix pieds du plancher. Minette reste prisonnière et les heures passent. Enfin la porte s'ouvre. Le chat s'échappe comme le vent et court à la salle où elle trouve tous les joui's son dîner. • . • Point de dîner I et elle meurt de faim I Que faire ? que devenir? comment demander sa nourriture? Ahl la cloche I se dit-elle, et aussitôt la voilà qui saute et se suspend à la corde. La cloche sonne faiblement. Elle recommence, prend son élan et saute de toutes ses forces. Cette fois la cloche retentit dans tout le collège. Les dames de la maison effirayées accourent dans la grande salle. Elles ne comprennent rien d'abord, mais bientôt Tune d'elles remarque Minette l'œil animé, et trés-agitée. Tout fut compris. Pour son esprit on lui servit un repas extraordinaire. Ne le méritait-elle pas ?

C'est incroyable, monsieur : les animaux ne raisonnent pas. — Le penses-tu, George ? Un de nos vieux écrivains, Montaigne, n'est pas d'accord avec toi. — Que dit-il ? — - Il répète cette histoire qu'il a lue dans Plutarque.

/> \J Quand les Thraces ont à passer sur la glace une rivière, ils demandent au Renard si elle est assez forte pour les porter. — Comment le Renard le sait-il? — S'il ne raisonne pas, il ne parviendra pas à le savoir. — - Et s'il raisonne que fera-t-il ? — Que ferais-tu à sa place ? —î- Je ne sais. — L'eau de la rivière bruit sous la glace, n'est-ce pas ? — OuL — Si la glace est mince, l'eau ne bruit-elle pas plus fort ? — Si. — Et elle bruit moins fort, car le bruit vient de plus loin, si la glace

est épaisse, n'est-Q pas vrai? — Si. — Eh bîenl le Renard met son oreille près de la glace et il écoute quelque temps pour savoir s'il peut ou non traverser la rivière. Je m'imagine qu'il fait le raisonnement que voici : " Ce qui fait du bruit se remue ; ce qui se remue, n'est pas gelé ; ce qui n'est pas gelé est liquide ; ce qui est liquide ne peut pas me porter."

Croyez-vous cette histoire, monsieur ? — Je la crois, et celle-ci aussi qui n'est pas moins curieuse. Elle prouve que le chien raisonne. J'ai vu moi-même plus d'une fois le fait que je vais vous raconter. . . . Mais ai-je le temps ? Quelle heure est-il, Hortense ? — Je n'ai pas ma montre. — Où est-elle ? — Sa grande aiguille est cassée, elle est en réparation. — Elle est chez l'horloger? — Oui. — Dis-moi l'heure qu'il est, Marie : tu regardes ta montre. — Il est onze heures et cinq minutes. — U faut nous séparer.

L'ESPRIT DES BÊTÉS.

Dites l'histoire du chien, monsieur. — Connaissezvous les carrefours? — Non. — Ce sont les endroits où. se croisent plusieurs rues ou plusieurs chemins. — Que signifie se croisent f — Je croise les bras sur ma poitrine. — Nous comprenons. — 11 y a des carrefours

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dans les villes, n'est-ce pas ? — Ouï, beaucoup. — N'7 en a-t-il pas dans les forêts et les bois ? — Si. — Eh bien I imaginez une chasse dans le bois. Le chien a perdu son maître ou le gibier qu'il poursuit, il est arrivé à lin carrefour. Il a trois chemins devant lui. Comment savoir quel chemin a suivi son maître ou le gibier ? — Il doit deviner. — Oh 1 non ; n'a-t-il pas son odorat, qui ne le trompe jamais ? — Il flairera donc les trois chemins. — Il le ferait s'il ne raisonnait pas. Mais il raisonne. Voyez I il essaye un chemin, puis nn second, et ensuite il s'élance dans le troisième sans marchander, sans hésiter. — Son maître est-il entré dans le troisième ? — Evidemment, puisqu'il n'a suivi aucun des deux autres. Le chien s'e^t dit : ^^ J'ai suivi mon maître jusqu'à ce carrefour. H faut nécessairement qu'il soit entré dans un de ces trois chemins. Il n'a pas passé par celui-ci ni par celui-là : infailliblement il a passé par l'autre." — Le chien raisonne, monsieur. — Oui, mes amis.

Quand le chien accompagne et conduit l'aveugle, il est sa providence ; il a pour lui des yeux, du cœur, du dévouement. — Je n'ai pas vu le chien de l'aveugle. — Non: en Europe nous le rencontrons souvent et nous nous arrêtons pour le regarder, pleins d'admiration, je voudrais dire de respect. Ce noble animal ne connaît pas l'égoïsme, il ne pense pas à lui-même un seul instant. Voyez-le venir et tenez-vous sur le bord du petit chemin pour ne pas l'obliger de s'arrêter. — Il sortira du chemin, monsieur, s'il me rencontre. — Non, mon ami. H connaît sa mission; il sait que son maître est infirme et que tu es jeune. Il

t'obligera de céder le passage. — Je le cède avec respect, comme vous dites, monsieur. — A la bonne heure I Vois comme il regarde à droite, à gauche, comme il se retourne souvent, comme il est attentif à tout, comme il veille pour celui qui est privé de la lumière, avec quel soin il évite la rencontre des voilures et des charrettes 1 Suivons-les. . . . Les voilà arrivés à un fossé. Le long du fossé il y a un beau petit chemin« Le chien y marchera facilement et sans se salir. Oui, mais le sentier est étroit et un faux pas précipiterait son maître dans le fossé. Ne craignez rien, mes amis. Le guide de l'aveugle le sait, n a raisonné et compris le danger : jamais vous ne le verrez longer de près ce périlleux passage ; il conduit son maître dans le grand chemin malgré la boue et les pierres.

Que pensez-vous du chien de l'aveugle? — Est-il égoïste ou dévoué ? — Ne l'admirez- vous pas ? — Qu'admirez- vous le plus, son cœur ou son esprit? — Le chien n'est-il pas le plus intelligent et le plus dévoué des animaux ? — C'est le plus dévoué et le plus fidèle, mais le chat est aussi intelligent. — Le pensestu, Louise ? — Oui, monsieur : voyez le chat de Vassar Collège et la Minette de Joséphine. — Oui. — Et je connais encore un conte, une histoire vraie qui prouve l'esprit extraordinaire du chat. — Dis-la.

Nous avons un chat qui a pris l'habitude de sauter sur la fenêtre du salon pour se la faire ouvrir. Quand il est li, il frappe avec sa patte jusqu'à ce qu'on ouvre. Dimanche passé ma mère et moi nous étions dans le

Balon. Minette frappe sur la fenêtre : ma mère ouvre et la laisse entrer. Aussitôt elle se fait ouvrir la porte pour sortir. Un instant après elle frappe de nouveau sur la fenêtre ; on lui ouvre, elle saute dans la chambre et demande encore à sortir. Elle répète ce jeu neuf ou dix fois comme si elle voulait pousser à bout notre patience. A la fin ma mère lui dit: "Vos passetemps ne m'amusent pas, Minette, il faut y mettre fin : je n'ouvrirai plus la fenêtre." Et la drôlesse miaule et nous regarde en faisant le gros dos pour nous flatter et recevoir une caresse. Je fais glisser ma main sur sa jolie fourrure, et elle sort toute fière et levant en l'air sa longue* queue blanche. Deux minutes après la voilà qui frappe encore à la fenêtre. Ma mère n'ouvre pas. Minette frappe, elle frappe longtemps en vain. A la fin elle semble avoir renoncé à son entreprise et part.

Ne reviendra-t-elle plus croyez- vous ? — Je devine que non, chère amie. Elle a compris que ta mère est sa maîtresse et qu'éUe doit obéir. — Vous devinez mal, monsieur. Minette est revenue. Pensez-vous que ma mère ouvrira la fenêtre cette fois ? — J'espère que non : elle ne doit pas gâter son chat. Les animaux sont comme les enfants : ils ont des caprices. — Oui, oui, monsieur. Mais si vous aviez été au salon avec nous, vous eussiez vous-même ouvert la fenêtre. — Je suis sûr que non, et j'eusse conseillé à madame ta mère de chasser Minette. — Vous ne savez donc pas que Minette a quatre petits jeunes dans notre chambre de derrière, qui est au bout du corridor. — Eh bien I — Eh bien I Minette est revenue à la

fenêtre avec une souris dans sa gueule. — Pour ses jeunes ? — Vous le pensez ? — Sans doute. — Ma . mère le pensa aussi, et vite elle courut à la fenêtre, disant : " O pauvre chère Minette 1 tu as une souris pour tes enfants. Viens, viens, bonne mère ! " Et la voilà dans le salon. • • . Ma mère ouvre bien vite la porte. . . . Que fait Minette ? — Elle court auprès de ses jeunes. — Pas du tout : elle dépose la souris au milieu du salon et se couche devant le feu, nous regardant d'un air de triomphe qui disait : j'ai fait mon idée.

Les chats ne sont-ils pas malins, monsieur ? — Si, très-malins. — Vous avez dit l'autre jour que le chat est quelquefois attrapé. Je suis curieuse d'enteûdre votre histoire. — Je vais vous la dire.

Un jour il était couché au coin du feu avec le Singe son camarade. Ik regardaient rôtir des marrons. ** Frère, lui dit le Singe, tire-moi ces marrons du feu. Nous ferons un bon déjeuner." Minette avec sa patte, d'une manière délicate, écarte un peu la cendre et retire les doigts bien vite, puis recommence et recommence encore. Les marrons tombaient et le Singe les croquait. Minette n'eut rien : elle n'était pas contente. — Le singe est un voleur, monsieur. — Oui, mais pourquoi Minette fut-elle si bête? — C'est incroyable. — C'est vrai, puisque La Fontaine l'a raconté. — Je suis certaine que c'était un jeune chat. — Sans expérience, n'est-ce pas? — Oui. — Je le crois aussi.

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