LE CORBEAU ET LE RENARD
Voici la petite fable promise, la première fable que / nous étudions. Les fables sont agréables et instructives, n'est-ce pas, Charles? — Oui, monsieur. — Elles parlent des animaux. Les animaux domestiques sont nos amis • . . pas tous. Il y a des animaux domestiques qui sont nos amis. Pouvez-yous nommer les animaux domestiques en français? — Non. — Patience !
Nous aimons les animaux • . . Vous ne comprenez
pas ? Louis, tu aimes Paul. Paul est ton camarade.
Tu as de l'affection pour Paul, n'est-ce pas ? — Oui,
monsieur. — Aimes-tu Dieu? Regardez, mes amis.
Je lève la main, j'étends l'index et je montre Dieu.
Voilà Dieu. Aimes-tu Dieu ? — Oui, j'aime Dieu.
Eh bien I nous aimons le» animaux. Les actions
/ des animaux nous amusent-elles ? — Elles nous amu-
^ sent. — Les fables parlent des animaux, et nous intéres*
sent par conséquent.
Regardez cette gravure. Voilà un arbre, un gros oiseau, et un petit quadrupède. Voyez-vous l'arbre, le quadrupède et l'oiseau ? — Ouï. — Où est l'oiseau ? — Il est sur l'arbre. — Oui, sur une branche. Voilà une branche. Combien de branches a l'arbre ? — Je ne sais pas. — Il en a beaucoup, beaucoup. Le quadrupède est-il sur l'arbre ? — Non. — Il est sous l'arbre, mon ami : il est au pied de l'arbre. Voilà tes pieds, Louis. Voilà les pieds de la table. Combien de pieds as-tu ? — J'en ai deux. — Et l'arbre ? — L'arbre a un pied. — Et le quadrupède ? — Quatre. — Le gros oiseau en a quatre aussi. — Non, monsieur, il en a deux. — Est-ce un quadrupède ou un bipède ? — Un bipède. — Et toi ? — Je suis un jeune garçon.
Que regardez- vous, petites demoiselles? — Nous
regardons les deux animaux. — Et que regarde le
quadrupède ? — Il regarde l'oiseau. — Oui, il regarde
yen haut . . . Voyez mon geste. Je montre en haut.
y L'oiseau regarde en bas.
Savez-vous le nom de l'animal qui est au pied de l'arbre ? — Non. — C'est le renard. L'oiseau est un corbeau.
Que regarde le corbeau ? — Il regarde le renard. — En haut? — Non, en bas. — Voilà le bec du corbeau. ^Voyez-vous le bec? — Oui. — A-t-il quelque chose dans son bec? — Oui. — Quoi ? — Nous ne savons pas / quoi. — C'est un fromage. Il aime le fromage. Et le renard aime-t-îl le fromage? — Oui. — A-t-il un fromage? — Non. — Désire-t-il un fromage? — Oui. — Le fromage du corbeau ? — Oui. — Comment avoir le fromage ! Ecoutez : voici la petite fable.
Le Corbeau est perché sur un arbre ; il a un fromage dans son bec. Le Renard est au pied de Farbre. Il désire le fromage du Corbeau. Il regarde en haut, fait une révérence à l'oiseau. " Quel beau plumage vous avez ! dit-il. Vous êtes le plus charmant oiseau
' de la forêt. Je vous admire et vous présente mon compliment." Le Corbeau est sensible au eompli-
^ ment. Il est touché et joyeux. Le flatteur continue son discours. " Je suis sûr que vous avez une voix bien douce, dit-il. Oh I chantez pour mon plaisir. N'êtes-vous pas le phénix des oiseaux ? " Et voilà le Corbeau dupe de la flatterie ! Il ouvre un large bec et crie. Le fromage tombe. Le Renard le saisit et s*enfuit.
Aimez-vous ce Renard, mes amis ? — Non. — ^Vousavez raison. Il est flatteur. Les flatteurs sont détestables et dangereux. Le Renard admire-t-il le plumage du Corbeau ? — Non. — Et sa voix ? — Non. — Ne dit-il pas qu'il admire l'oiseau? — Si. — Oui; /^ il ment. C'est un menteur. Ne mentez jamais, fjeunes garçons ; soyez toujours sincères.
Qui est la dupe de notre fable? — Le Corbeau. — Croit-il qu'il est beau? — Oui. — Et qu'il a une voix douce? — Oui. — A-t-il de la vanité? — Oui, beaucoup. — Est-il puni pour sa vanité ? — Oui.
Mes amis, ne soyons ni flatteurs comme le Renard,
ni vaniteux comme le Corbeau.
y La flatterie est-elle une vertu ou un vice? — La
V^ flatterie est un vice. — Et la vanité? — La vanité
aussi. — La vanité et la flatterie sont deux vices. La
sincérité est-elle un vice? — Non. — Non: c'est une vertu. Et la modestie? — Aussi. — Aimes-tu les garçons modestes, George? — Oui. — Et les corbeaux modestes ? — Les corbeaux ne sont pas modestes. — Et les renards sincères? — Les renards ne sont pas sincères ; ils flattent les corbeaux : je n'aime pas les renards. — Tu as raison, mon ami.