LES HIRONDELLES
BonJoUB, chers amis. Je vais vous lire une petite poésie de Mlle Adélaïde Montgolfier que vous apprendrez par cœur. Elle a pour titre ‘ L’hirondelle.”
66 Ah! j’ai vu, j'ai vu!
Disait l’hirondelle:
Ah! j'ai vu, j’ai vul — Oiseau, qu’as-tu vu ? — J’ai vu les enfants Parcourir les champs. — Moi, je n’ai rien vu, Dis-je à l’hirondelle, Moi, je n’ai rien vu; Pauvre et dépourvu,
Je suis un enfant Encore ignorant;
Mais je veux un jour Savoir à mon tour.’
L’hirondelle a beaucoup vu, monsieur. — Oui:
dites ce qu'elle a vu. — Elle a vu les enfants parcourir les champs, elle a vu la verdure et les fleurs. —
Voilà! elle a vu les enfants aux champs. Qu'y
faisaient-ils ? — Ils jouaient au cerceau dans les chemins, aux barres dans la prairie. — Oui; et ils courraient sur les trêfles ou dans les grains, cherchant des bluets et des liserons. — Où était alors l’hirondelle ? — Elle voltigeait autour d’eux dans l'air, toujours dans l’air. — Que cherchaït-elle dans l'air ? — Sa subsistance, mon amie. —IÏl n’y à pas de grains dans l'air. — Non, il y a là des moucherons qui se balancent dans un rayon du soleil; c’est la proie de l’hirondelle. Qu'est-ce que l’hirondelle à encore vu ? — Elle a vu les oiseaux faire leurs nids. Ils font leurs nids en mai, n'est-ce pas ? — Oui; et puis ils pondent leurs œufs et couvent. — Nous ne comprenons pas couvent. — Ils couvent, c’est-à-dire ils restent sur leurs œufs nuit et jour pendant trois semaines ; ils les tiennent bien chauds sous leurs ailes et dans leurs plumes, pour appeler leurs enfants au banquet de la vie, à l’allégresse du doux printemps. — Quelle cruelle privation pour eux! sans vol et sans mouvement pendant quinze ou vingt jours | — Ils ont le bonheur dans leur âme, les joies de l’amour, la riante espérance de voir leurs fils éclore, vivre, voler dans la haie d’aubépine ou monter vers le ciel en chantant. Pensez donc, amis, aux doux rêves de la mère rossignol quand elle entend déjà dans son imagination le chant sublime de ceux qui seront comme son époux les rois de l'harmonie! Représentez-vous, si vous pouvez, les délices qui remplissent le cœur de l’alouette quand, sur ses œufs, elle écoute son ami qui délire d’amour au haut du ciel. Le zéphyr agite légèrement le grain vert sur
ss
sa tête, elle lève les yeux, elle voit l’azur du firmament, et de là haut, de bien haut, elle entend descendre la voix aimée qui lui crie dans la langue des artistes : “Tiens nos enfants bien chauds, belle et tendre compagne! Tu es ma reine, mon unique amie, c’est pour toi que je chante. . . . C’est ton amour qui m'inspire. . . , C’est de toi que je parle à Dieu, c’est pour toi que je lui porte mes cantiques, 6 ma chérie! pour toi et pour ceux que nous aimerons ensemble. . . . Mon amour, je redescends des cieux, je reviens vers toi, je te rapporte la bénédiction du Seigneur, et tout le long du chemin, depuis Dieu jusqu’à toi, je chante mon bonheur de t'aimer.
. Me voici, me voici! Je te donne un baiser.”
Vous comprenez donc la langue des oiseaux, monsieur. — Un petit peu, un rien, chers amis: ces musiciens ailés disent tant de choses à ceux qu’ils aiment ! il y a tant de poésie dans leur âme!
Les oiseaux pondent quatre œufs dans un nid, n'est-ce pas ?— Oh: le nombre varie. La plupart des oiseaux en pondent quatre, cinq ou six. Les pigeons n’en pondent que deux. Les mésanges en pondent plus de dix. — Un si grand nombre ? — Oui, je connais une histoire à ce sujet. — Dites-nous-la. — Non, j'ai peur de la gâter, elle est si belle! Vous la lirez un jour vous-mêmes. — Où est-elle ? — Elle est au second chant du poëme de Mireille. C’est l’œuvre d’un poëte provençal, une des gloires de < ce siècle, Frédéric Mistral.
Au revoir, mes amis. Demain je vous demanderai quelques anecdotes. Pensez-y.