‹ Petites causeriesChapitre 40 sur 56 · L’ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

L’ESCLAVAGE

JE veux vous parler aujourd’hui d’une chose horrible, odieusr, chers amis, d’une plaie sociale hideuse que votre glorieuse république a guérie. — Les États- Unis ont-ils jamais eu une plaie sociale hideuse, monsieur ? — Tous les pays ont leurs plaies, George, et ton pays a eu la sienne. (C’est une vieille plaie du reste : la brillante Grèce en fut souillée, la forte Rome

en souffrit. — Je connais la plaie, monsieur. C'est l'esclavage. — Oui. — IL n’existe plus. Mon père s’est battu contre l’esclavage. — Il a livré une noble bataille, mon garçon. — Oui : il en est fier et en parle souvent à ma mère et à ses enfants.

Eh bien! chers amis, l'esclavage existe encore dans une république que j'admirais, que je croyais irréprochable. — Est-elle en Amérique, monsieur ? — En Amérique, en Europe, dans toutes les parties du monde: cette république est partout sur la terre. Écoutez bien. Hier soir j'ai lu ces lignes dans le livre d’un de nos grands écrivains. — Où ? — Dans L'Insecte de J. Michelet. Écoutons-le.

“Quand pour la première fois j'appris que certaines fourmis ont des esclaves, je fus bien étonné, mais je fus surtout attristé et blessé.

Quoi ! je quitte l’histoire des hommes pour chercher l'innocence ; j'espère trouver tout au moins chez les bêtes la justice égale de la nature ; je la cherche chez ce peuple que jusque-là j'aimais et estimais, peuple laborieux, peuple sobre, image sévère et touchante des vertus de la république . . . et j’y trouve cette chose sans nom |

Quelle joie et quelle victoire pour les partisans de l'esclavage, pour tous les amis du mal! . .. Une tache noire s’est révélée dans la lumière de la na- Lure i ”

Dites-vous, monsieur, que les fourmis ont des esclaves ? — Oui: il y a des fourmis, espèce de fourmis grossières, paresseuses, sans distinction comme sans Âme, qui ant des esclaves, leurs sœurs, qu’elles

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